
© MANDARIN & COMPAGNIE / KALLOUCHE CINEMA / FRAKAS PRODUCTIONS / FRANCE 3 CINÉMA
La Palme d’Or accordée à Julia Ducournau venait consacrer un talent prometteur plus qu’une œuvre solide. À la récompense Titane a hélas succédé la punition Alpha.
Julia Ducournau file un mauvais coton autant que de mauvaises métaphores. C’est un peu ce que l’on est tenté de se dire au sortir du visionnage de son film, qui pourrait se résumer ainsi : une épreuve pénible.
Il serait trop facile de se dire que c’est avant tout lié à son incapacité - et à son entêtement - à écrire seule ses scénarios, qui constituaient la grande faiblesse de ses deux premiers films. Mais, plus les jours passent et plus l’histoire, terriblement brouillonne au premier abord, nous apparaît limpide, peut-être même plus profonde et plus riche qu’il ne nous paraissait. Et s’il est vrai qu’un twist final qui aggrave la confusion du récit est de l’ordre du gold standard pour juger de la mauvaise qualité d’une narration, il nous semble qu'Alpha est indéniablement raté, principalement en raison de sa mise en scène.
Ducournau ne réussit en effet à aucun moment à installer ses lieux et son histoire, à laquelle il est impossible de croire et d’adhérer. Elle échoue à restituer une ambiance, illustrer des liens, faire évoluer des relations, conférer une cohérence et surtout donner chair à ses personnages, représenter la famille au cœur de son récit mais quasi-absente à l’écran ; et c’est pour cela que rien ne fait vraiment sens. Elle use jusqu’à la corde une allégorie douteuse pour évoquer l’anxiété croissante d’une mère à l’idée d’une possible contagion de sa fille, se servant de la période de l’émergence du SIDA et des ravages de la toxicomanie, en ayant tellement peu bossé son sujet que l’entreprise en devient coupable. L’esbrouffe de la mise en scène, où l’exhibition complaisante du corps supplicié de Tahar Rahim, constamment accompagnée d’une bande-son à la fois tonitruante et larmoyante, vire à l’argument publicitaire, étouffe la moindre émotion qui aurait pu naître de cette histoire de famille brisée et des conséquences sur les survivants et les générations suivantes.
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Mais parce que Ducournau ne filme jamais l’adolescence, jamais le deuil, jamais la terreur, et parce qu’elle a choisi de remiser l’ingrédient qui constituait l’audace de ses deux premiers films, un humour discordant ; son film ne devient qu’un lourd agglomérat qui se voudrait sentimental mais qui, trop indigeste et trop confus, ne passe pas notre barrière méningée ni même notre estomac, régurgité d’emblée.