Une généraliste pas comme les autres : elle parle au lieu de prescrire !

Marion Monti a passé sa thèse de médecine générale en mars 2016, mais elle a choisi la voie du dialogue et de la pédagogie pour améliorer la santé de ses patients. Parcours d’une généraliste atypique qui veut remettre l’humain au cœur du soin.

What's up Doc. Quelle a été ta formation ?

Marion Monti. J’ai fait mon externat à Créteil, et mon internat de médecine gé à Toulouse. En deuxième année d’internat j’ai fait un premier DU Communication et journalisme médical à Créteil, et l’année suivante j’ai fait deux autres DU en parallèle de la rédaction de ma thèse : Prévention et réduction des inégalités sociales de santé à Bobigny et Éducation thérapeutique à Rouen. C’était une année chargée, mais passionnante !

WUD. Pourquoi avoir choisi Toulouse pour faire ton internat ?

MM. À Toulouse, l’internat de médecine gé est réputé très orienté vers la médecine de ville. Quasiment tout le monde fait deux stages en ambulatoire : le stage praticien et le Saspas (stage autonome en soins primaires ambulatoires supervisé, en fin d'internat, ndlr).  Cela peut aller jusqu’à quatre, notamment avec la gynéco et la pédiatrie en PMI (protection maternelle et infantile, ndlr). Alors que dans certaines facs, il est même difficile d’avoir accès à un deuxième Saspas.

WUD. Quand as-tu réalisé que la médecine générale traditionnelle ne te convenait pas ?

MM : J’ai fait mon premier stage chez le praticien en deuxième année, et je me suis rendu compte que le curatif me satisfaisait de moins en moins. Je trouvais qu’il y avait un problème dans le fait de rajouter un autre anti-diabétique oral à un patient qui ne comprenait pas sa maladie par exemple. J’ai discuté avec un médecin du département de médecine générale de mon mal-être. Grâce à son aide, j’ai pu aménager mon stage en CHU pour être à mi-temps en consultation « pied diabétique », qui comprenait beaucoup d’éducation, et dans un service de médecine préventive universitaire le reste du temps. Je me suis beaucoup plus reconnue dans ces prises en charge.

WUD. Quelle est ta pratique aujourd’hui ?

MM. Après ma thèse j’ai fait une candidature spontanée en médecine préventive universitaire à Rouen, où je travaillais au début une journée par semaine environ. En cherchant des offres de poste sur le site du Cdom 76, j’ai trouvé un CDD dans un centre de prévention Bien Vieillir géré par une caisse de vieillesse, l’Agirc-Arrco. J’ai une heure de consultation par patient, ce qui permet de laisser parler les gens, et de faire émerger des choses qui ne sortent pas chez le médecin traitant, par manque de temps le plus souvent. À côté, je rédige des fiches médicales expliquant les pathologies et les traitements, médicamenteux ou non, pour des startups.

WUD. Financièrement, ta pratique est-elle viable ?

MM. La médecine universitaire est malheureusement très mal payée, environ 15 euros de l’heure, et j’ai dû réduire mes vacations pour travailler plus dans le centre de prévention vieillesse, où je gagne environ 2 500 euros nets par mois pour 3 jours par semaine. J’ai réussi à négocier un CDI d’une journée par semaine avec la startup H4P, pour laquelle je rédige des fiches régulièrement. J’ai également un statut d’auto-entrepreneur pour la rédaction avec une autre startup, assez compliqué à gérer et dont j’aimerais me débarrasser à terme.

WUD. Tu ne regrettes pas d'avoir choisi cette voie ?

MM. Non ! Entre le dépistage, la prévention et l’information médicale, j’ai trouvé une pratique très épanouissante qui me permet de tisser de vrais rapports humains, et qui correspond à mon envie de mettre le patient au centre du soin. Je ne suis pas frustrée de ne pas prescrire comme on me le demande parfois, mais j’ai un peu peur de perdre mon sens clinique et thérapeutique si je poursuis uniquement ces activités. Je me pose la question de m’orienter vers la gériatrie, milieu où la prescription reste « raisonnée », pour devenir médecin coordonnateur d’Ehpad par exemple.

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