Tribune d’universitaires pour le maintien du PASS-LAS : « Le retour à une voie unique refermerait la porte entrouverte vers une plus grande diversité sociale »

Article Article

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Gérald Chanques, vice-président de l’université de Montpellier et d’autres universitaires, alertent sur les risques d’un retour à une sélection unique dans les études de santé, qu’ils jugent socialement discriminante.

Tribune d’universitaires pour le maintien du PASS-LAS : « Le retour à une voie unique refermerait la porte entrouverte vers une plus grande diversité sociale »

© Midjourney x What's up Doc

La formation des futurs médecins interroge : est-elle adaptée à la diversité des territoires et des populations ? Pour les auteurs de cette tribune publiée dans Le Monde, cette question se joue dès l’entrée dans les études de santé, où s’opère une première sélection déterminante.

Ils dénoncent un modèle historiquement fondé sur une compétition intense, proche des classes préparatoires, mais reposant sur une sélection en une seule année. Un système qu’ils estiment socialement et géographiquement injuste.

La réforme de 2020 en question

Jusqu’en 2020, l’accès aux études de santé reposait sur une voie unique, régulée par le numerus clausus instauré en 1971. Sa suppression et la réforme qui a suivi visaient notamment à corriger la pénurie de médecins et à limiter le « gâchis humain » des étudiants recalés.

Deux parcours ont alors été instaurés : le « Pass », proche de l’ancien modèle, et la « LAS », qui combine une licence disciplinaire avec une option santé.

Mais un rapport de la Cour des comptes publié fin 2024 critique la complexité du dispositif et évoque un sentiment d’iniquité, ouvrant la voie à une possible réforme visant à revenir à un système unique.

Deux voies, deux profils

Les auteurs contestent ce diagnostic. Selon leur étude menée à Montpellier-Nîmes et publiée en 2025, « ce n’est pas la réforme qui a échoué, mais plutôt la persistance d’un ancien modèle resté majoritaire ».

Ils observent que la voie « Pass » reste marquée par une forte sélection sociale et géographique, attirant majoritairement des étudiants issus de milieux favorisés et de grandes métropoles, où les préparations privées sont concentrées.

À l’inverse, les parcours « LAS », plus répartis sur le territoire et moins dépendants de ces préparations, favorisent une plus grande diversité sociale et de genre. Ils permettent aussi à des profils moins formatés pour le bachotage de réussir, grâce à des épreuves plus variées.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/pr-marie-essig-doyenne-de-la-faculte-de-versailles-sexplique-sur-le-tout-las-lobjectif-cest

Des résultats académiques équivalents

Contrairement à certaines idées reçues, les étudiants issus des licences réussissent aussi bien que ceux du parcours classique. Les auteurs soulignent qu’un suivi sur cinq ans montre des performances similaires aux examens.

Ils insistent : « la seconde voie ne produit pas des seconds choix mais des soignants tout aussi compétents et plus divers par leurs trajectoires ».

Préserver la diversité

Dans ce contexte, revenir à une voie unique constituerait, selon eux, une erreur majeure. Une telle décision risquerait de refermer une dynamique d’ouverture encore fragile.

Ils plaident au contraire pour renforcer la pluralité des modes de sélection et s’attaquer aux inégalités en amont, notamment en développant des alternatives gratuites aux préparations privées.

Pour les signataires, seule cette diversité permettra de former des professionnels de santé à la fois compétents et représentatifs de la société : « une pluralité réelle des modes de sélection et de formation permettra de constituer un corps de professionnels de santé compétents scientifiquement et riches de trajectoires humaines multiples ».

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers