Se former à la communication non violente

Pas toujours facile de savoir comment s’adresser à certains patients, ou d’annoncer une maladie grave. Pourtant, renforcer le climat de confiance est essentiel tant pour les soignants que pour les soignés. Le Dr Pascale Molho, médecin et formatrice certifiée en communication non-violente (CNV), en explique les grands principes à What’s up doc.

What's up Doc. Comment la communication non violente (CNV) peut-elle aider les médecins dans leurs relations avec leurs patients, notamment ceux qui sont parfois agressifs ?

Dr Pascale Molho. En tant que médecin, nous sommes supposés être neutre face à nos patients. Mais en réalité, nous sommes humains et nous allons avoir une réactivité spécifique face à tel ou tel patient. Le premier abord de la CNV est d’être au clair sur ses propres émotions et d’identifier ce qui me fait réagir face à tel patient. Accorder de l’attention à cette réaction permet de prendre de la distance. Deuxième point fondamental : ne pas prendre cette agressivité pour soi mais comprendre que ce patient a besoin d’être rassuré et entendu. Troisième point : prendre le temps de reformuler ce que dit le patient, au lieu de s’expliquer. Par exemple, si un patient se plaint de l’inefficacité de son traitement, au lieu de répondre : « en effet votre traitement ne marche pas encore très bien, mais c’est normal, ça prend du temps et peut-être n’avez-vous pas bien suivi votre régime », il serait plus intéressant de dire : « êtes-vous déçu car vous vous attendiez à une amélioration plus rapide ? ; avez-vous des doutes sur votre traitement ? ». Se saisir du ressenti du patient permet de mieux répondre à ses besoins.
 

WUD. Comment la CNV peut-elle aider le médecin à faire l’annonce d’une maladie grave à un patient ? Et quelles sont les erreurs ?

Dr P. M. Il n’y a pas de formule magique pour que cette annonce ne soit pas rude, elle le sera de toute façon. Mais elle le sera moins si le médecin a déjà apprivoisé sa propre émotivité face à la mort et à la maladie grave. Au contraire, si le médecin lui-même en a peur, c’est cette émotion qu’il va transmettre à son patient. L’autre clé est d’accompagner la réaction du patient et de s’adresser à lui avec une certaine équivalence, c’est-à-dire d’être humain à être humain. A contrario, ce n’est pas une bonne chose pour le patient lorsque son médecin ne lui dit pas les choses clairement et tourne autour du pot. Minimiser ou avoir une annonce très froide du type : « Voilà, vous avez un cancer. Voyez avec ma secrétaire pour vos prochains rendez-vous » est aussi très déstabilisant pour le patient. Mais heureusement, les annonces ne se passent pas comme ça aujourd’hui en cancérologie !
 

WUD. Comment se former à la CNV ?

Dr P. M. Les médecins intéressés peuvent s’inscrire à des modules de base, qui se trouvent sur le site des formateurs certifiés en CNV (1). L’idéal est de suivre 3 modules mais pour les médecins qui n’ont pas trop de temps, un module de deux jours, c’est déjà pas mal. Il s’agit d’un travail en groupe, de 12 à 15 participants, avec 2 animateurs. Nous alternons les apports théoriques sur ce qui se joue dans les relations, les freins, notamment au niveau du langage, et beaucoup de pratique à deux ou en sous-groupes. Le point fort est d’être entendu, et de se rendre compte que l’on n’est pas seul à éprouver le même type de difficultés. Des mises en situation permettent ensuite de s’exercer à dire les choses mêmes délicates et à faire face à des messages difficiles. En complément, en distanciel, il est intéressant de participer à des cercles d’empathie et de partage, via Cap CNV santé (2). Nous avons créé aussi un service Doctolib gratuit de soignants formés à la CNV qui écoutent des soignants.  

 (1) : https://www.cnvformations.fr/
(2) : capcnvsante@gmail.com
 
 

Portrait de Sophie Cousin

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