Reportage : les pisseurs de glyphosate portent plainte à Nantes  

25 plaintes ont été déposées ce matin à Nantes par des « pisseurs involontaires de glyphosate », qui veulent accélérer son interdiction. Sur la France entière, environ 3000 plaintes ont été déposées à l’appel du collectif « Nous voulons des coquelicots ». Un mouvement soutenu par « Alerte Médecins Pesticides », pour qui le glyphosate est « mort » car génotoxique avéré.

Sur le col de leurs manteaux, un joli coquelicot en feutrine. En ce vendredi 24 janvier, ils sont 25 plaignants, entourés de sympathisants du collectif « Nous voulons des coquelicots » (1) réunis sur le parvis du palais de justice nantais. Après avoir procédé en septembre 2019 à un prélèvement d’urines devant huissier, ils connaissent désormais chacun le taux de glyphosate dans leurs urines. Le brandissent (pas fiers du tout) sur leur petite pancarte. Et ne comptent pas en rester là. « Depuis la création du collectif en 2018, nous en sommes à environ 3000 plaintes déposées dans toutes les régions de France », indiquent les porte-paroles régionaux du collectif. Pour les 25 plaignants présents, les résultats sont très variables. Ils s’échelonnent de 0,37 à 3,52 microgrammes/litre de glyphosate. Méthodologie utilisée : le test ELISA réalisé par l’entreprise Biocheck. Un test critiqué par les agriculteurs, qui le jugent inefficace comparé au test basé sur la chromatographie, qu’ils utilisent pour eux-mêmes. Un débat d’initiés qui a pris l’allure d’une controverse (2).
 

« Une majorité de la population a du glyphosate dans les urines »

Comment expliquer de tels écarts ? Plusieurs hypothèses sont évoquées par les personnes présentes, dont les aliments et boissons absorbées avant le recueil d’urines, le fait de boire de l’eau du robinet ou en bouteilles, le fait de manger bio ou pas. Mais sans aucune certitude scientifique. « Ces variations ne sont pas le fond du sujet. Quand bien même le test ELISA utilisé ne serait pas archi-fiable, quand bien même il y aurait de fortes variations d’un individu à l’autre, ce mouvement des pisseurs de glyphosate révèle qu’une large partie de la population a du glyphosate dans les urines ! », gronde le Dr Pierre-Michel Périnaud, médecin généraliste à Limoges et président du collectif « Alerte Médecins Pesticides ». Ce collectif fondé en 2013 dans le Limousin, autour de la question de la culture des pommes et de l’utilisation des fongicides, a immédiatement reçu un fort soutien des médecins. À ce jour, 1700 médecins de toutes spécialité ont signé l’appel (3) lancé en septembre 2013 pour que l’État assure la protection des populations face à l’exposition à de multiples substances chimiques, dont les pesticides. « Cela peut paraître peu mais c’est en réalité beaucoup car les médecins ne sont pas très mobilisés jusqu’à présent sur les questions environnementales », souligne le Dr Périnaud.
 

« Le glyphosate est mort ! »

« Il n’y a pas de controverse scientifique sur les dangers du glyphosate. Le Circ a classé le glyphosate cancérogène probable et surtout, il a reconnu son caractère génotoxique (4). Or, lorsqu’un produit est toxique pour l’ADN, il n’y a pas de seuil d’exposition. On sait qu’il y a et qu’il y aura des problèmes pour la santé humaine », martèle le médecin. Il ne s’agit donc pas d’un problème de santé individuel mais de santé publique. À l’échelle individuelle, on sait néanmoins déjà que le glyphosate augmente de plus de 40% le risque de lymphome non-hodgkinien en milieu professionnel (5).
Alors que l’Union européenne a maintenu l’autorisation d’utiliser le glyphosate jusqu’en 2022, date à laquelle une nouvelle évaluation décidera de la suite, le collectif veut faire bouger les lignes rapidement. « Notre objectif est de démontrer qu’il y a mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée des consommateurs, et d’accélérer l’interdiction du glyphosate et d’autres pesticides toxiques pour l’homme, la faune et la flore », exposent les porte-parole coquelicots.  
Pour le moment, seul le taux de glyphosate dans l’eau potable est reconnu comme indicateur pertinent par les autorités sanitaires, la limite étant fixée à 0,10 microgramme par litre par substance pesticide individuelle, conformément à une circulaire de 1998 (6). Mais cela ne signifie pas qu’au-delà de ce seuil l’eau ne peut plus être distribuée. « Ce seuil de 0,10µg/L est clairement dépassé dans plusieurs communes périphériques de Nantes (Treillières, Grandchamps-des-Fontaines…) . Et pas que pour le glyphosate ! Dans ces communes, on retrouve aussi beaucoup de nitrates et triazines dans l’eau, ainsi que leurs métabolites », insiste Anne Mousseau, infirmière en santé publique et membre du collectif. Le Dr Périnaud estime que l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) n’a plus d’autre alternative que de reconnaitre par écrit le caractère génotoxique du glyphosate. Une reconnaissance qui mettrait fin à cette « fausse controverse » et protégerait enfin les populations actuelles et futures.
 
Pour en savoir plus :

1-https://nousvoulonsdescoquelicots.org/
2- https://www.liberation.fr/checknews/2019/09/14/les-tests-urinaires-utilises-par-les-pisseurs-de-glyphosate-sont-ils-fiables_1749204

3-* https://www.alerte-medecins-pesticides.fr/?page_id=544

4- https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/15/glyphosate-la-cacophonie-persiste-sur-l-herbicide-controverse_5409076_3244.html
5-https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/02/18/glyphosate-une-etude-montre-une-nette-augmentation-du-risque-de-lymphome_5424747_3244.html).
6-https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CONSLEG:1998L0083:20090807:FR:PDF
 
 
 
 

Portrait de Sophie Cousin

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