Quel blessé orienter vers quel hôpital ?

Dans la foulée des attentats qui ont ensanglanté Paris et Saint-Denis il y a 10 jours, de nombreux hôpitaux parisiens ont été mobilisés, et leurs blocs ont tourné à plein régime. Mais d’autres sont restés en dehors de la tourmente. Ce qui n’a pas été sans susciter une certaine incompréhension. Explications par le Pr. Benoît Vivien, chef de service adjoint du Samu de Paris.


« On en parle de la "régule" acoquinée avec les chefs des urgences ? », pouvait-on lire sur Facebook dans les jours qui ont suivi les attaques terroristes du 13 novembre dernier. « Les blocs du Kremlin-Bicêtre étaient sur le qui-vive, mais personne n’y a été amené ou transféré. On a préféré saturer Saint-Louis, Pompidou et Lariboisière ». Les réseaux sociaux relayaient également des témoignages de praticiens exerçant en clinique, qui auraient pu prendre en charge des blessés mais qui n’ont pas été sollicités.

La frustration de ceux qui ont dû rester l’arme au pied en ces moments dramatiques peut se comprendre, mais elle est à relativiser. « Dans ce genre de situation, il faut distinguer deux catégories : les urgences absolues et les urgences relatives », explique le Pr. Benoît Vivien, chef de service adjoint du Samu de Paris qui a à ce titre été en première ligne dans l’orientation des blessés le 13 novembre. « Les urgences absolues vont vers les grands centres de traumatologie, ceux qui prennent au quotidien les accidents graves de la voie publique, par exemple. Les urgences relatives vont vers des services d’urgence ».

« On garde certains établissements en deuxième main »

Outre le critère de la gravité des blessures, celui de la distance entre également en ligne de compte. Ainsi, Bicêtre, qui est un grand centre de traumatologie, n’a pas été particulièrement sollicité en raison de son éloignement relatif des sites des attentats. « En revanche, Saint-Louis, qui n’est pas un centre de traumatologie, a tout de même accueilli des urgences absolues par la force des choses », tempère Benoît Vivien. « L’un de ses murs d’enceinte jouxte le site de l’une des fusillades ».

Autre raison pour laquelle des établissements tels que le Kremlin-Bicêtre n’ont pas été davantage mobilisés : il faut garder de la ressource en cas d’autres attentats. « On garde certains établissements en deuxième main, s’il se passe à nouveau quelque chose », explique Benoît Vivien. Si de nouvelles fusillades avaient éclaté plus tard dans la soirée, Bicêtre et d’autres hôpitaux auraient certainement été mobilisés.

« On ne va pas envoyer des blessés par balle vers un centre de chirurgie cardiaque »

Quant à la question de la mobilisation du privé, elle est évacuée d’un revers de main par le chef de service adjoint du Samu. « Le 13 novembre, nous n’avons utilisé que 60% des ressources hospitalières publiques mises à notre disposition. Ce qu’il faut se demander, c’est si les établissements vers lesquels nous envoyons les blessés font de la traumatologie au quotidien », tranche-t-il avant d’ajouter, lapidaire : « on ne va pas envoyer des blessés par balle vers un centre de chirurgie cardiaque ».

En cas d’attentat comme en temps normal, la « régule » ne fait donc pas de sentiment : elle oriente les blessés en fonction des ressources et des besoins… et c’est tant mieux !

Portrait de La rédaction

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