Participer à une CPTS : les top et les flop, selon une jeune généraliste

Dr Hélène Bellanger Urbanczyk

Le Dr Hélène Bellanger Urbanczyk, 35 ans, installée en maison de santé à Brétignolles-sur-mer (85) a participé au montage de la CPTS « Vendée Littoral » et en est désormais la présidente. Elle raconte tout (ou presque) à WUD.

CPTS Vendée Littoral, Sables-d’Olonnes (85). Sur ce territoire de 88 000 habitants, avec fort afflux saisonnier, le projet de Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) a été porté à bout de bras par 8 professionnels de santé très actifs, dont le Dr Hélène Bellanger Urbanczyk. Validé par l’ARS au printemps 2019, il regroupe désormais 130 adhérents et la signature de l’accord conventionnel interprofessionnel* est imminente. Pas mal d’idées reçues sur les CPTS circulent au sein de la communauté soignante, estime le Dr Bellanger, qui répond aux questions de WUD avec toute son expérience de « CPTSienne »
 

Les + :

-Un exercice encore plus coordonné
« Je me suis installée en 2014 en cabinet de groupe. Mais à un moment, on s’est retrouvés à deux médecins seulement et on a eu le projet de monter une maison de santé pluridisciplinaire. Cette structure, réunissant 20 professionnels de santé, a ouvert en 2019.  En parallèle, je me suis investie dans ce projet de CPTS pour avoir un exercice encore plus coordonné »

-Améliorer le parcours de soins pour les patients
« On s’est vite rendu compte que la maison de santé, c’était un peu trop limité en terme de territoire. Ca ne réglait pas toutes les difficultés pour les patients, qui décrivent tous un parcours du combattant pour décrocher des rendez-vous médicaux et se faire soigner »

-Se faire un bon réseau plus vite
« C’est le même parcours du combattant pour les soignants, dès qu’ils ont besoin de quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes. Négocier des examens complémentaires, trouver un professionnel paramédical adapté aux besoins de leurs patients : tout cela est très compliqué et prend beaucoup de temps. Il n’y a rien de répertorié en ambulatoire. Quand les patients sortent de l’hôpital vers la ville, il y a une grosse perte d’informations. Il faut une meilleure communication et sécurisation des données interprofessionnelles. Pourtant, j’avais fait mon internat pas loin, à la Roche-sur-Yon (85), mais j’ai quand même beaucoup peiné là-dessus.  J’imagine que c’est l’enfer pour un médecin qui arrive d’une autre région. Ce réseau est un point fondamental si l’on veut que les jeunes médecins arrêtent de fuir à l’hôpital et s’installent en libéral ! »
 
-Faire du lien
« Ma pratique a déjà bénéficié du fait que nous ayons tous pu nous rencontrer sur le secteur. Ces réunions ont permis de mettre des visages sur des noms, de faire du lien. Aujourd’hui, je n’adresse plus mes patients à des personnes anonymes »

-Des logements et des assistants médicaux
« Pour inciter les étudiants à choisir l’internat de la Roche-sur-Yon, et à s’installer ensuite sur notre territoire, nous allons les faire bénéficier d’aides au logement pour trouver plus facilement un appartement »
« Pour augmenter notre temps médical, nous allons utiliser en partie les aides versées par l’assurance maladie pour créer des postes d’assistant médical »
 

Les - :

-Un montage éprouvant
« Notre mission première est d’assurer les soins, pas de les organiser ! Clairement, depuis les premières réunions en juin 2018, le montage a été chronophage et a retenti sur nos activités. On a dû bloquer quelques demi-journées, mais surtout des soirées (20h30-23h) pour les réunions. C’est beaucoup de fatigue et de charge mentale supplémentaire. »

-Du temps passé non indemnisé au départ
« Au départ, nous ne pouvions pas nous indemniser le temps de réunion. Puis on a réussi à le faire un peu, environ 75€ pour une soirée de réunion, mais c’est moins que ce que prévoient les grilles URPS. Clairement, ça peut être un frein pour certains médecins de venir travailler le soir gratuitement »

-Un accompagnement URPS trop limité dans le temps
« L’accompagnement par un chargé de mission URPS a été parfait au départ. Mais dès que nous avons été constitués en CPTS, nous n’avons plus eu droit à ce suivi. Or, entre ce moment et la signature de l’accord conventionnel interprofessionnel (ACI*) avec l’assurance maladie - qui est le point de départ pour le recrutement d’un coordonnateur - nous avons eu encore un an de travail sans accompagnement. Si les autorités visent une pérennisation des CPTS, il faut un accompagnement tout au long du processus. »

-Des relations à améliorer avec l’hôpital
« Dans le cadre de notre projet de santé, qui doit notamment améliorer la prise en charge de soins non programmés, les médecins généralistes du territoire avaient fait un planning pour le Samu-Centre 15 l’été dernier, en indiquant les rendez-vous qui restaient libres au dernier moment. Cela répondait à la forte affluence estivale, étant donné que nous sommes en zone côtière. Le problème c’est que la régulation hospitalière n’a pas pu assurer la régulation de ces créneaux de médecine de ville. Nous sommes donc en train d’organiser notre propre régulation libérale, avec notre numéro d’appel, etc. Mais cela va prendre un certain temps. »
 
Pour en savoir plus sur l’ACI :
*https://www.ameli.fr/medecin/actualites/communautes-professionnelles-territoriales-de-sante-decryptage-de-laccord-signe
 

Portrait de Sophie Cousin

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