Mathieu Bansard, 31 ans, MG dans un pôle de santé de la Manche

Médecin généraliste de 31 ans, Mathieu Bansard s’est installé dans le Pôle Santé Ouest-Cotentin, pour "contribuer au développement d’un projet d’offre de soins complet et coordonné pour les patients". Il est aussi président de la Plateforme Territoriale d’Appui (PTA) et chef de clinique universitaire à la Faculté de Caen. Portrait d’un jeune médecin multi-casquettes et particulièrement engagé.

« Pourquoi tu vas te paumer là-bas ? » Cette question revenait régulièrement sur les lèvres des amis de Mathieu Bansard. Ceux-ci avaient en effet du mal à comprendre pourquoi il avait décidé de faire son premier stage d’internat aux urgences du Centre Hospitalier Public du Cotentin (CHPC) à Cherbourg-en-Cotentin, dans le département de la Manche (Normandie).
 
Comme la plupart de ses petits camarades, le jeune médecin généraliste de 31 ans avoue qu’il avait également des a priori sur la région. Il imaginait à l’époque que c’était « loin de tout », qu’il n’y avait « pas grand chose à faire là-bas », lui qui était pourtant originaire de Normandie, dans un département limitrophe (l'Orne). Mais il a quand même choisi de faire confiance à son instinct en faisant son stage là-bas, ce qui a fini par lui sourire.
 
Mathieu Bansard a ensuite participé avec d’autres internes à l’opération « Les Paradis de Cherbourg », un week-end « découverte » à destination des étudiants en médecine organisé par l’agglomération du Cotentin, afin de leur faire connaitre les atouts du département et attirer de nouveaux talents.

Déclic 

Ce week-end lui a permis de découvrir des événements culturels et la beauté de la région, mais aussi « les structures de soin qui sont existantes ou émergentes sur lesquelles on peut se projeter pour construire son projet professionnel ». Et, « avec moi, cela a plutôt pas mal marché ! », plaisante le médecin qui a fini par avoir le déclic définitif quand il a découvert l’ouverture prochaine du Pôle Santé Ouest-Cotentin.

 « C'était une opportunité quasi unique de contribuer au développement d’un projet d’offre de soins complet et coordonné pour les patients. Le projet avait l’air vraiment bien sur le papier. Cela faisait 10 ans que les professionnels de santé du coin commençaient à s’organiser pour anticiper la pénurie de praticiens et essayer d’être plus attractifs pour faire venir les médecins ».
 
Si Mathieu Bansard a pris cette décision, c’est aussi parce qu’il fait partie de cette génération de médecins qui ont appris à « travailler en pluriprofessionnnalité » et « de façon coordonnée » dès leur internat. « Donc je ne me voyais pas exercer tout seul. Ce n’est pas comme ça qu’on m’a appris à faire de la médecine, et pas comme ça que je me vois rendre service aux gens. Je voyais mon installation dans un pôle de santé ou une structure similaire. »
 
Le pôle n’était pas encore ouvert quand il s’est installé dans la région en février 2017. Mathieu Bansard a donc fait des remplacements à proximité de Cherbourg-en-Cotentin pour se faire une idée de « la dynamique de la région », de la manière dont il pourrait travailler dans un futur proche.

Débuts difficiles

Puis, il s’est mis en collaboration avec les deux seuls médecins généralistes qui restaient dans le bassin de population « qui doit faire entre 12 000 et 15 000 personnes ». Si les débuts ont été un peu difficiles concède le jeune homme, les professionnels ont finalement réussi à construire une belle équipe.
 
« On a réussi à être attractifs, en utilisant beaucoup la formation, explique Mathieu Bansard. Mes deux collègues étaient maîtres de stage, et moi, j’étais, et je suis d’ailleurs toujours, chef de clinique au département de médecine générale de Caen, donc cela nous permettait de garder le contact avec les jeunes. » Résultat : deux jeunes passés en stage dans la structure ont décidé d’y rester, tandis qu’un « autre va probablement bientôt nous rejoindre dans l’équipe ».
 
Aujourd’hui, le Pôle Santé Ouest-Cotentin, c’est 6 médecins dont 4 associés. Mais aussi des sages-femmes et professionnels paramédicaux (infirmiers, psychologues, diététicienne, sages-femmes, neuropsychologue, psychomotricien, orthophonistes, podologues et orthoptiste). Un exercice pluriprofessionnel qui a séduit notre jeune médecin :
 
« Chacun apporte ses compétences, par exemple, il y a des choses que les infirmiers font et que je ne sais pas faire. Elles ont un contact avec le patient au domicile très régulier qui peut être très intéressant dans la prise en charge de patients. » Sans oublier les expertises spécifiques de la diététicienne, des sages-femmes, des podologues…

Plus-value sur la prise en charge

Toutes ces personnes « nous apportent une plus-value sur la prise en charge des patients. Et puis, elles nous libèrent d’une partie de nos activités. Le médecin généraliste ne sait pas tout et ne peut pas tout faire tout seul, donc il y a des choses qui peuvent être expertisées par d’autres personnes », plaide Mathieu Bansard qui estime que cette multi-expertise est à l’avantage des patients qui bénéficient « d’une prise en charge globale qui est plus organisée, mieux coordonnée ».
 
Par ailleurs, les professionnels sont soutenus par une coordonnatrice, qui n’est pas soignante, et s’occupe de mettre de l’huile dans les rouages : appui administratif, organisation de réunions pluriprofessionnelles, rédaction de protocoles…
 
En parallèle, Mathieu Bansard est président de la Plateforme Territoriale d’Appui (PTA) du Cotentin qui a été créée en juillet 2017. Ces plateformes offrent un soutien aux professionnels, et en particulier aux médecins traitants, dans la prise en charge des situations complexes.
 
Le médecin généraliste est « un bon détecteur de situations à risque ou de fragilité ou d’instabilité pour certains patients : enfants, travailleurs en situation de handicap, personnes âgées en difficulté… Nous connaissons les patients, mais parfois pas assez le maillage social ou médico-social, parfois médical d’un territoire. »
 
 L’idée était donc de créer une entité « qui connait ça mieux que nous. Une espèce de super annuaire qui peut permettre d’accompagner les gens quand c’est trop compliqué de faire les démarches, quand cela nous demande trop de temps… »

Libèrer du temps médical ?

Avantages principaux ? « Cela libère du temps médical et cela permet d’orienter vers les bonnes structures les patients en situation de difficulté ou de fragilité. Et cela assure qu’il soient stabilisés dans leurs structures ou dans leurs situations de vie sans que les médecins généralistes investissent beaucoup de temps », précise le jeune médecin.
 
Médecin généraliste, président de la Plateforme Territoriale d’Appui (PTA), clinicat (tous les mercredis, il se rend à la faculté de médecine de Caen pour former les internes et les externes)… Mais comment Mathieu Bansard fait-t-il pour trouver le temps et l’énergie de cumuler toutes ces activités ?
 
« Cela ne me coûte pas trop parce que tout ce que je fais m’intéresse, répond-il du tac au tac. Pour moi, c’est aussi un loisir de participer à tout ça, c’est stimulant. Pour l’instant, je ne suis pas père de famille mais j’espère que cela le sera un jour. Si tel est le cas, peut-être que je réduirai un peu la voilure. »
 
En attendant, l’important est d’abord pour lui de « travailler sur la passation, de trouver des personnes pour prendre le relais, de transmettre tout ce savoir-faire, pour que cela ne s’arrête pas… Car, si je réussis à faire une transition de qualité, cela sera d’autant plus facile pour les personnes qui prendront ensuite le relais. »
 

Portrait de Julien Moschetti

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