Lors de l’installation, l'enfer c’est les autres

Dans une salle sombre, face à une quinzaine de professionnel.le.s de santé, plusieurs médecins décrivent leurs difficultés d'installation, lors des rencontres nationales du syndicat ReAGJIR, vendredi 8 novembre. 

Pantalon rouge et bébé en bandoulière. Clément Drubay, 34 ans, détaille son parcours. Ce généraliste a commencé en 2011 comme remplaçant. “Ça s'est fait à l'arrache. Et très vite, je savais ce que je ne voulais pas faire.” Parmi ses exigences, se libérer du temps pour fonder une famille, “ne pas travailler là où je vis” et ne recevoir que sur rendez-vous. “Je voulais être en semi-ruralité, dans le genre d’endroit petit-village où tout le monde se connaît”. Mais sans l’angoisse de pouvoir croiser des patient.e.s au magasin du coin.

Âme de leader

Quatre ans plus tard, en 2016, il prend la place d’un médecin généraliste au sein d’un cabinet avec deux autres associés de 48 ans et 63 ans. “Les deux étaient assez suiveurs, ce qui m’allait bien parce que j’ai plus une âme de leader.” Entre temps, le médecin du cabinet voisin tombe malade. “Son arrêt de travail a été si long qu’il a été obligé de déplaquer.” Résultat, dans le cabinet médical de Clément, la charge de travail explose. “J’ai commencé à essayer de faire bouger mes associés pour chercher un quatrième collaborateur”. Après un périple de plusieurs mois, ils réussissent à se mettre d’accord et arrivent à débaucher une collaboratrice. “Sauf que rapidement, il y a eu une incompatibilité d’humeur.” Depuis, une remplaçante a pris le relais et va devenir la quatrième associée. Aujourd’hui, Clément raconte gagner 2500 euros net par mois pour 3 jours et demi par semaine devant les patient.e.s. “J’essaie d’organiser ma vie pour mon second enfant”, souligne-t-il entre deux pleurs, avant d’ajouter avoir mis en place au sein de son cabinet, des séances d’accompagnement pour tous les collaborateurs. “Pour éviter le burn-out, il était plus que nécessaire d’avoir une professionnelle à notre écoute.”

"Motivée par l'argent"

Stéphanie Monteragioni, elle, s’est tournée vers le libéral après un an à l'hôpital. Cette kiné, qui gagnait 1360 euros net par mois, explique avoir été “motivé par l’argent et la volonté de créer des projets”. Après un an de remplacement, elle s’installe seule. Cinq ans plus tard, elle prend un associé. “Personne ne travaille de 8 heures à 20 heures, 5 jours par semaine, même pas la caissière de chez Leclerc. Mon associé a été une bouffée d’air et m’a permis d’alléger mes horaires de travail.”
Pour Lucie Gasc, en revanche, la collaboration s’est terminée par des lettres d’avocats. “Il est important de bien définir les termes d’une collaboration.” Quelle structure ? Quelles charges, etc. La généraliste raconte qu’après un remplacement, des médecins lui ont proposé de devenir associée dans une maison de santé. Mais peu à peu, des différences apparaissent. À tel point que trois des médecins, dont Lucie, décident de quitter la structure. “Je pense que j’étais trop idéaliste, je leur ai fait une confiance aveugle. Mais à un moment, nos divergences étaient trop fortes.” Le cabinet se déchire et l’ensemble des professionnel.le.s de santé annonce ne plus vouloir travailler avec deux des médecins restants. “De fait, ils ont été poussés à partir.” Après plusieurs lettres d’avocats, les deux groupes de médecins ont finalement réussi à trouver un accord pour mettre un point final à cette collaboration.

Portrait de Elodie HERVE

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