L’imagerie par fluorescence, alliée des chirurgiens au bloc

Un système permet au chirurgien de visualiser les cellules tumorales par injection d’un marqueur fluorescent. Assisté d’une caméra et d’un laser, le praticien gagne en confort et en sécurité lors de ses interventions. Encore un bel exemple de l’aide apportée par toutes ces nouvelles technologies qui s’invitent dans les blocs !

 

C’est un fait : au bloc opératoire, les smart techno facilitent le quotidien des chirurgiens. Conçues pour assister les médecins, sécuriser leurs gestes, leurs observations, leurs décisions, et optimiser la prise en charge des patients, elles s’avèrent être de précieux outils. En la matière, une technique émergente commence à faire son nid : l’imagerie par fluorescence.

De plus en plus de dispositifs permettent en effet de visualiser les tissus biologiques - cellules, ganglions, vaisseaux lymphatiques… - grâce à l’injection, avant ou pendant l’opération, d’un marqueur fluorescent qui vient se fixer sur eux. Avec un laser infrarouge et une caméra, on peut alors observer les tissus ciblés, qui s’« illuminent ».

 

Un large champ d’application 

« Par exemple, on peut utiliser du vert d'indocyanine pour avoir un suivi du flux sanguin à travers la peau du patient. Dans ce cas, le vert d’indo est injecté dans la circulation sanguine du patient, et le dispositif permet de vérifier que le patient a un bon flux sanguin au niveau de la zone à opérer. Ces utilisations sont fréquentes en chirurgie plastique et générale », explique Alex Chanin, ingénieur à l’origine d’un dispositif de visualisation par fluorescence.

Autre exemple d’utilisation : en oncologie gynécologique. « Dans ces interventions, le chirurgien a besoin d’identifier et de faire une biopsie des ganglions lymphatiques situés tout près de la tumeur. Le marqueur fluorescent est alors injecté près du nodule et le dispositif aide le chirurgien à visualiser les voies lymphatiques et les ganglions lymphatiques ».

A ce jour, on a recours à cette technologie en chirurgie générale, en chirurgie plastique, gynécologique, colorectale, ORL, en neurochirurgie… Elle peut être utilisé en laparoscopie pour une chirurgie mini-invasive, ou bien avec une caméra externe pour une chirurgie ouverte. Bref, le champ d’application est large !

 

« Plus en confiance »

Pour les chirurgiens, c’est un atout considérable. « Ce dispositif leur permet de voir et de mettre en évidence des structures qu’ils avaient beaucoup de mal à visualiser avec les techniques actuelles. Cette nouvelle possibilité leur offre un certain nombre d’avantages. Ils peuvent être plus en confiance dans leurs opérations, car ils connaissent le flux sanguin du tissu et sa viabilité. Ils peuvent aussi intervenir en cas de pression sanguine inadaptée. Avec ce dispositif, les chirurgiens ont la capacité de localiser des ganglions très spécifiques et de réaliser des biopsies pour évaluer de manière plus précise le stade de la maladie du patient. Même pour des procédures de routine comme les cholécystectomies, ils peuvent voir l’anatomie biliaire « s’illuminer », dans le but d’opérer de manière beaucoup plus sécurisante », poursuit Alex Chanin.

Côté patient, les bénéfices sont aussi au rendez-vous. Cette technologie a fait l’objet de plusieurs études démontrant sa faisabilité et sa sécurité d’utilisation dans l’évaluation de la micro-perfusion en chirurgie1, elle permettrait également de réduire le risque de fistules anastomotiques post-opératoires et pourrait diminuer le taux de réinterventions2. En fin de compte, tout le monde y gagne !

 

Quand l’idée germe…

L’idée de ce dispositif s’est formée dans l’esprit des ingénieurs de manière empirique, en observant un cas de neurochirurgie. « Le chirurgien utilisait un endoscope par voie trans-nasale de 4mm pour retirer une tumeur située dans la base du crâne du patient. Il était alors difficile de voir la tumeur et le chirurgien avait du mal à dire si tous les tissus tumoraux avaient été retirés et si la marge chirurgicale était tout à fait nettoyée. Partant de là, nous nous sommes dits qu’il devrait y avoir un moyen d’« illuminer » la tumeur au moment de son ablation », se souvient l’ingénieur.

Lors de la phase préclinique, le concept a été testé sur des souris atteintes de tumeur au niveau du flanc… avec succès ! La tumeur était effectivement visible grâce à l’injection du vert d’indo, à l’aide de la caméra et de la lumière infrarouge. La technologie venait de passer une nouvelle étape décisive : trois ans plus tard, elle sortira du labo pour faire son entrée dans les blocs opératoires aux États-Unis et en Europe.

Aujourd’hui, l’imagerie par fluorescence est relativement nouvelle  dans le monde ; le recours à cette smart techno est encore peu répandu. « Mais c’est de plus en plus populaire. Je crois sincèrement qu’à l’avenir, cela deviendra un standard dans de nombreuses spécialités chirurgicales », estime Alex Chanin. D’ici là, des développements sont en cours pour visualiser d’autres tissus complexes, tels que l’urètre ou les nerfs. Affaire à suivre !

 

 

Une immersion dans les smart techno signée Medtronic et What’s up Doc 

 

Source: 

1. Jafari MD, Wexner SD, Martz JE, et al. Perfusion assessment in laparoscopic left-sided/anterior resection (PILLAR II): a multi-institutional study. J Am Coll Surg. 2015; 220(1):82–92e1 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25451666/ 

2. Kudszus S, Roesel C, Schachtrupp A, Höer JJ. Intraoperative laser fluorescence angiography in colorectal surgery: a noninvasive analysis to reduce the rate of anastomotic leakage. Langenbecks Arch Surg. 2010 Nov;395(8):1025-30. doi: 10.1007/s00423-010-0699-x. Epub 2010 Aug 12. PMID: 20700603. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20700603/

Portrait de La rédac'

Vous aimerez aussi

Le Covid-19, qui a bouleversé la planète et fait émerger de nouveaux besoins sanitaires, a-t-il causé un grand chambardement pour les laboratoires...

Répondre aux besoins des patients. S’octroyer un complément d’activité. Élargir son champ d’action. Contribuer à l’amélioration des parcours de santé...

5,5 millions : c'est le nombre de téléconsultations remboursées entre mars et avril 2020 par l'Assurance Maladie.  Depuis, on compte 400 000...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.