Le SNJMG présente… son désaveu de l’Ordre des médecins pour 2020 !

Le SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes) a profité de la cérémonie des vœux du Cnom pour présenter son désaveu de l’Ordre des médecins pour 2020 ! Et demander son démantèlement complet ou "une réforme structurelle profonde".

Un invité « surprise » (enfin, plusieurs) attendait (enfin « aient ») les personnes conviées à la cérémonie des vœux du Conseil national de l'Ordre national des médecins, jeudi 9 janvier, dans le 17ème arrondissement de Paris : les membres du SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes) qui avaient fait le déplacement pour présenter leur désaveu de l’Ordre des médecins pour 2020 !
 
Oui, oui, vous avez bien lu : un désaveu de l’Ordre pour 2020 ! Car « l’année 2019 a été marquée par plusieurs événements qui remettent fortement en question la pertinence de l’Ordre des médecins », a expliqué dans une vidéo diffusée sur Twitter Benoit Blaes, le président du SNJMG.

Et d’évoquer les raisons de ce qui s’apparente pour le syndicat à une perte de légitimité. Premièrement, les accusations de « pédocriminalité » à l’encontre du Dr Le Scouarnec. Un dossier dans lequel l’Ordre « a brillé pour son inaction », considère le SNJMG qui a profité de la cérémonie des vœux pour interpeller les personnes présentes à propos de l’affaire Le Scouarnec et d’autres dossiers, façon Le Petit Journal ou Quotidien.
 
Deuxièmement, dans l’affaire du Divan des médecins, le SNJMG a regretté le fait que « les propos racistes, sexistes, homophobes qui ont été tenus par des centaines de soignants sur un groupe Facebook privé » aient simplement fait l’objet d’une « réponse très timorée » de la part de l’Ordre.

Rapport de la Cour des comptes "accablant"

Troisièmement, le SNJMG a évoqué le rapport au vitriol de la Cour des comptes sur la gestion du conseil de l’Ordre des médecins. Un rapport « accablant », selon le syndicat, car il pointait « des disfonctionnements graves dans la gestion des plaintes des patients, dans la gestion financière, et dans la façon dont l’Ordre assure ses missions ».
 
Le SNJMG n’en est pas resté là, puisqu’il a interrogé à l’issue de la cérémonie des vœux, une dame, dont l’identité n’est pas précisée, qui a fait à chaud un compte rendu du discours du Dr Patrick Bouet, le président du Cnom.
 
Selon elle, le Dr Patrick Bouet se serait contenté de « défendre l’utilité de son institution », sans parler des « questions centrales » : « la violence faite aux femmes », « la couverture de la pédocriminalité », les plaintes et les doléances des usagers non prises en compte….
 
Et la femme d’ajouter : « C’est très triste car ces gens-là (le Cnom ; NDLR) veulent nous faire croire qu’ils s’occupent du bien public. Et de fait, ils s’occupent du bien-être des médecins qui sont dans les quartiers chics ». Selon elle, le « changement » ne serait pas près d’arriver car l’Ordre essayerait de faire du « toilettage », sans faire des « changements de fonds ».

Double discours ? 

Peut-être… Sauf qu’à la lecture du discours du Patrick Bouet lors de la cérémonie des vœux du Cnom, on s’aperçoit que le médecin s’est largement exprimé sur « la violence faite aux femmes », contrairement à ce que dit cette bonne dame.
 
Le président du Cnom a notamment dit que l’Ordre était engagée depuis de nombreuses années sur la question des violences conjugales, qu’il avait pris part au Grenelle sur les violences conjugales. Et d’ajouter : « Nous nous sommes inspirés de ce qui a été bâti et qui fonctionne notamment pour les mineurs. Nous avons largement consulté des médecins experts. J’ai pu rencontrer le Premier ministre, la ministre de la Santé, et la Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. »

C’est ce travail qui aurait amené l’Ordre « à soutenir une évolution du Code pénal. Il instaure d’ores et déjà des dérogations permissives, auxquelles nous avons proposé d’ajouter la possibilité pour le médecin de procéder à un signalement auprès du procureur de la République dans les situations de danger vital et immédiat », a poursuivi Patrick Bouet.

Modernisation de l'Ordre

Par ailleurs, le président du Cnom est revenu durant son discours sur le rapport de la Cour des comptes qu’il a vivement critiqué (lire encadré ci-dessous).  Avant de faire un laïus sur les efforts menés depuis plusieurs années pour moderniser l’Ordre des médecins.

Des efforts qui n’auraient pas étaient évoqués par la Cour des comptes : refonte du règlement de trésorerie ; instauration d’un dispositif contraignant de contrôle de la gestion des conseils départementaux et régionaux ; élargissement de la composition de notre commission de contrôle des comptes ; dispositif de combinaison de l’ensemble des comptes de tous les conseils de l’Ordre, certifiée par un commissaire aux comptes…
 
Durant son discours, Patrick Bouet a aussi parlé de la poursuite et de l’intensification de la modernisation de son institution dans le futur : « clarifier et harmoniser » le traitement des signalements et des doléances par les conseils départementaux, harmonisation des dossiers ordinaux des médecins, quantifier le phénomène du refus de soins, permanence des soins (étude sur la pertinence des maisons médicales de garde)…
 
Des projets insuffisants pour le SNJMG qui estime que l’Ordre des médecins traverse une « crise grave ». Et propose deux solutions pour en sortir : le démantèlement complet de l’Ordre ou « une réforme structurelle profonde avec l’implication des usagers de santé dans la gouvernance de l’Ordre des médecins ».
 

Le Cnom conteste le rapport de la Cour des comptes
Dans son discours, Patrick Bouet a contesté « fermement » un certain nombre d’affirmations contenues dans le rapport de la Cour des comptes. Contestation « sur la forme » tout d’abord, « car nous avons eu le sentiment d’un contrôle à charge, durant lequel nous n’avons jamais été réellement écoutés, tant au niveau national que local ». Mais aussi contestation « sur le fond » car « nous avons été heurtés par le choix de la Cour d’ignorer les nombreuses missions que remplit l’Ordre aujourd’hui. Par la volonté de faire de l’Ordre le bouc émissaire d’échecs collectifs, sur des sujets où nous avons pourtant su être moteurs. Sur les relations médecin-industrie par exemple, ou sur le DPC. Je rappelle que nous ne faisons qu’appliquer la loi. Nous refusons sur ces sujets d’endosser seuls une responsabilité collective. » Et de réfuter « les critiques inacceptables sur le traitement par l’Ordre des plaintes, doléances et signalements qui lui parviennent ». Avant de conclure que la présidente de la chambre disciplinaire nationale a elle-même a « répondu à la Cour des comptes que le rapport traduisait « une méconnaissance inquiétante de cette juridiction. » ».

 

Portrait de Julien Moschetti

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