Le rapport sur la santé mentale vivement critiqué par le SPH

Le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) critique vivement les conclusions du récent rapport sur l'organisation territoriale de la santé mentale. Et a profité de son assemblée générale le week-end dernier pour prendre position sur la politique de santé en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ou les mesures d’attractivité pour les praticiens hospitaliers.

La semaine dernière, nous interrogions le Pr Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, sur le récent rapport sur l'organisation territoriale de la santé mentale. Celui-ci nous affirmait qu’une « très grande majorité des préconisations qui se trouvent dans le rapport se retrouvent dans la feuille de route de la santé mentale et de la psychiatrie ».
 
Lors des journées nationales du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) qui se déroulées à Metz du 1er au 5 octobre, ce fut au tour du député Brahim Hammouche (Mouvement Démocrate), président de la mission d’information sur l’organisation de la santé mentale, de s’exprimer sur le sujet.
 
Celui-ci aurait « réfuté les critiques des professionnels sur ce énième rapport qui charge l’image de la psychiatrie (« prise en charge des patients catastrophique » selon la page 27), sans apporter de solution concrète à la crise dénoncée par les soignants depuis de longs mois », déplore le SPH dans un communiqué daté du 6 octobre. 

Divergences et confusions

Et de reprocher au député de ne pas avoir apporté d’éclaircissements sur les divergences de conclusions entre les deux rapporteures du rapport, les députées Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (LFI). Pour le SPH, ces divergences « s’ajoutent aux contradictions d’analyses, liées pour partie aux confusions entre ce qui relèverait de la part sociale de la santé mentale, et de la psychiatrie comme discipline médicale : le reproche fait à la psychiatrie sur son cloisonnement historique à l’hôpital paraît ignorer que les GHT accentuent l’hospitalocentrisme ».
 
Le syndicat critique également vivement le rapport, qui propose une nouvelle organisation territoriale de la santé mentale, sur le point suivant : « l’organisation imaginée avec des niveaux supplémentaires de pilotage (coordonnateurs territoriaux, délégué interministériel, agence nationale) ajoute de la complexité, en méconnaissant les rôles des instances qui existent déjà: CPT, comité de pilotage de la psychiatrie, délégué ministériel santé mentale et psychiatrie, comité stratégique de santé mentale. »
 
Enfin, le SPH épingle les auteures du rapport qui désirent accélérer le virage ambulatoire en redéployant 80% du personnel de l’hôpital psychiatrique sur l’ambulatoire à l’horizon 2030… : « L’accent mis sur l’insuffisance de soins ambulatoires, alors que plus de 80% des patients sont déjà suivis en ambulatoire, méconnaît la concentration de cas complexes dans les services suroccupés, et n’apporte pas de solutions pour les patients en attente d’orientation médico-sociale pour lesquels les foyers de vie en Belgique restent encore la seule perspective de quitter les hôpitaux », tacle le communiqué.

La situation de la PEA oubliée ?

Et d’accuser le rapport de ne pas traiter de la situation critique de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, mais aussi d’ajouter « du catastrophisme pour une discipline qui peine à recruter et dont 17% des postes offerts n’ont pas été choisis par les internes, il ne suggère rien sur les moyens à apporter face à des files actives de patients qui augmentent de 5% chaque année alors que le gouvernement ne prévoit une progression de l’ONDAM pour les établissements de santé que de 2,1%. »
 
Sur la question de la politique de santé en psychiatrie de l’enfant, le SPH a pris position lors de son assemblée générale le week-end dernier. Pour faire face à la chute démographique des pédopsychiatres, il a fait notamment les propositions suivantes : promouvoir l’enseignement de la Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (PEA) via la nomination d’un professeur de PEA par l’université ou la création de postes de chefs de clinique et d’assistants.
 
Il demande également une « adéquation des postes avec les besoins et les capacités de formation à l’échelle nationale », tout en exigeant que les commissions locales et régionales de répartition des internes respectent les besoins nationaux de la pédopsychiatrie. Le syndicat milite également pour que les pédopsychiatres soient les interlocuteurs directs des tutelles pour les questions concernant la santé mentale des enfants et adolescents.

Plus de moyens

Le SPH demande aussi que la pédopsychiatrie puisse bénéficier des moyens nécessaires pour remplir ses missions et répondre aux missions suivantes : prendre en charge les populations les plus vulnérables, les troubles complexes (dans le cadre d’un parcours de soin gradué et coordonné) et les troubles neuro-développementaux), mais aussi développer la psychiatrie périnatale.
 
En outre, au regard de l’augmentation de la population et de la prévalence des troubles mentaux des mineurs, il estime qu’il faut « accroitre les capacités d’accueil des CMP, pour réduire les délais d’attente pour un premier rendez-vous et assurer l’accueil des situations non programmées ».

Mesures d’attractivité

 Par ailleurs, le SPH exige des mesures d’attractivité pour les praticiens hospitaliers (PH). Et demande notamment : l’inscription de la psychiatrie sur la liste des spécialités déficitaires au plan national ; la mise en œuvre de mesures d’amélioration des conditions de travail des médecins hospitaliers, de renforcement de la sécurité́ et de la qualité des soins ; la prise en compte de la pénibilité spécifique aux conditions de travail en psychiatrie.
 
Enfin, le syndicat exige l’ouverture de négociations sur les mesures statutaires, tout en militant pour un statut unique de PH titulaire, temps plein ou temps partiel, hospitalier ou hospitalo-universitaire. Pour renforcer l’attractivité du statut, il fait notamment les propositions suivantes :
 
– carrière allant de 5000 € à 10000 € mensuel net
– progression linéaire (500 € mensuel par échelon, soit 11 échelons)
–  indemnité d'engagement de service public exclusif (IESPE) à 20% du salaire de base
– revalorisation de l’indemnité de sujétion (gardes) à 650 €
– activité libérale possible pour ceux qui le souhaitent dans les limites statutaires.
 
Et de revendiquer une clarification de l’organisation du temps de travail : définition précise du temps de travail ; décompte horaire du temps de travail dans le cadre des 5 demi-journées sur 24h ; décompte et rémunération du temps passé en astreinte considéré comme temps à disposition de l’employeur ; temps de télétravail intégré au temps de travail…
 
Des mesures concrètes qui offrent un nouvel éclairage aux priorités de la feuille de route et aux conclusions du récent rapport sur l'organisation territoriale de la santé mentale.
 

Portrait de Julien Moschetti

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