Le médecin de demain lira dans les data

Marqueur, mon beau marqueur, dis-moi qui sera le plus malade ?

Comme tous les ans depuis 2009, le festival Futur en Seine s’intéresse à l’innovation et à la culture numérique. L'événement dont What’s up Doc est partenaire donne aussi l’occasion à de nombreuses start-up françaises d’être mises à l’honneur. Et une chose est sûre, la santé de demain ne se fera pas sans médecins.

La médecine prédictive bouleversera-t-elle notre manière de soigner ? C’est l’une des questions qui a titillé les organisateurs de l’édition 2017 du festival Futur en Seine organisée du 8 au 10 juin à la Grande Halle de la Villette (Paris). Et pour cause ; meilleure connaissance des maladies, prise en charge des patients améliorée, puissante alliée de la recherche… la médecine prédictive cristallise de nombreux espoirs. Mais sans médecin, elle n’ira pas très loin.

Avant tout, petit rappel. Basée sur les statistiques, la médecine prédictive entend prévoir à l’avance les maladies qui toucheront les patients d’après leurs biomarqueurs et leur généalogie génétique. Elle fait partie de l’ère de la « médecine des 5P », à savoir : prédictive, préventive, personnalisée, participative et de précision.

La médecine prédictive fait déjà partie intégrante de notre société. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a, par exemple, récemment autorisé deux nouvelles technologies pour faciliter le suivi et la prise en charge du diabète. Ces outils ajustent le traitement en fonction des données renseignées par le patient et son médecin.

L’intelligence artificielle comme moteur

La médecine prédictive se fonde en grande partie sur l’intelligence artificielle. « En santé, l’intelligence artificielle permet de mieux connaître les maladies et d’aider la pratique médicale », note Isabelle Vitali. Et la directrice Innovation et Business à Sanofi France de citer, Watson, le programme informatique d’intelligence artificielle conçu par IBM dont 99 % des prévisions seraient correctes. Mieux, dans 30 % des cas, l’IA aurait réussi à identifier des alternatives thérapeutiques contre le cancer non perçues par les médecins. « En cancérologie, il y a 160 000 publications par an. Les médecins ne peuvent pas tout lire », ajoute-t-elle.

De son côté, Google Brain, le projet de recherche d’apprentissage en profondeur de Google, collecte actuellement les données génétiques et biomarqueurs de 100 000 patients pour comprendre la maladie du cerveau.

Mais les Américains ne sont pas les seuls à se lancer dans la médecine du futur. « Des chercheurs basés à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris tentent de comprendre la maladie d’Alzheimer à partir de l’imagerie médicale et de données cliniques », raconte Isabelle Vitali.

Quantité ET qualité

Néanmoins, l’intelligence artificielle suscite des craintes. En effet, l’IA n’est pas figée et, pour croître, se nourrit de données, voire dans le cas de Watson, de publications scientifiques. « Le problème, c’est que de plus en plus de papiers sont de mauvaise qualité. Les humains sont capables de déterminer la valeur d’une donnée, mais qu’en est-il de l’IA ? », questionne une personne dans la salle.

Et puis surtout, comment vérifier la fiabilité des données et des dispositifs utilisés dans l’IA ? « Sur le plan des données, la réglementation européenne est très stricte », rappelle Marguerite Brac de La Perrière, avocate et directrice du département santé numérique du Cabinet Alain Bensoussan. « Les responsables de traitements doivent prouver que leurs données sont fiables de la collecte au transfert. »

Le médecin, un acteur majeur

Et le médecin dans tout ça ? « La place du médecin est essentielle. Certains disent qu’il va disparaître mais je n’y crois pas du tout », affirme Isabelle Vitali. Après tout, malgré toutes les prouesses technologiques, à la fin c’est bien le médecin qui décidera du traitement.

« Son métier va évoluer. Cela ne signifie pas qu’il deviendra obligatoirement un spécialiste de la data mais il faudra qu’il apprenne à interpréter les données. Aujourd’hui, peu de médecins savent le faire. » Pour finir, elle rappelle que le médecin d’il y a 15 ans n’a rien à voir avec celui d'aujourd’hui. Thucydide ne disait-il pas que l'histoire est un perpétuel recommencement ? Les data veulent prouver le contraire. 

Source: 

Im`ene Hamchiche

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