L’arme inattendue contre les infections nosocomiales

Défense de se serrer la main

Pour réduire la transmission des germes à l’hôpital, un praticien américain a instauré des « zones sans poignée de mains » dans deux établissements californiens. Une initiative qui pose plus de questions qu’elle n’en résout.

« Zone sans poignée de mains. » Voilà ce qu’on peut lire sur les drôles de panneaux que le Dr Mark Sklansky, professeur de pédiatrie à UCLA, a fait afficher dans deux unités californiennes de soins intensifs en néonatologie. L’idée est simple : si on limite les contacts, on limite la transmission des germes.

« A l’hôpital, on fait tout pour réduire les infections nosocomiales, sauf ce qui est d’après moi le plus évident et le plus facile : arrêter de se serrer la main », explique Mark Sklansky à nos confrères du site américain NPR. Pour appuyer son argumentation, le pédiatre a mené une étude publiée en mars dernier dans l’American Journal of Medical Control. Il y comparait le comportement des professionnels et des familles avant et après l’établissement de la « zone sans poignée de mains ».

Résultat : les actions de sensibilisation et l’affichage des panneaux ont bel et bien fait diminuer la fréquence des traditionnelles salutations manuelles. Mais ces mesures ont-elles fait baisser les infections nosocomiales ? « D’autres études seront nécessaires pour le démontrer », écrivent Mark Sklansky et ses co-auteurs dans l’American Journal of Medical Control.

Serrez-vous les mains… mais surtout lavez les !

Pas besoin de se précipiter pour réclamer l’instauration d’une « zone sans poignée de mains » dans son service, donc. D’autant plus que si l’on en croit le Dr Hervé Blanchard, directeur adjoint du Centre de coordination de la lutte contre les infections associées aux soins (CClin) pour Paris et le Nord de la France, de telles initiatives détournent l’attention de ce qui devrait selon lui être le sujet principal en matière de lutte contre les infections nosocomiales.

« Bien sûr qu’on ne vit pas dans un monde stérile et que les téléphones, les poignées de porte, les claviers sur lesquels courent nos doigts sont contaminés », s’exclame ce microbiologiste. « Mais la vraie question, c’est le statut de nos mains quand on va soigner quelqu’un. » Il rappelle donc que si on s’est frictionné les mains avant et après chaque soin selon les recommandations en vigueur, il n’y a aucun problème pour se comporter de manière naturelle et toucher le patient.

« Ca ne prend que 30 secondes », insiste Hervé Blanchard. Certainement moins de temps qu’il n’en faudrait pour expliquer au patient pourquoi on ne va pas serrer la main qu’il tend…

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Adrien Renaud

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