La médecine, une histoire qui s'écrit en famille

Alexandre Guy est médecin, fils de médecin et neveu de médecin. Ah oui et mari de médecin aussi. Et deux cousines complètent la dynastie. Avec sa mère, Catherine Devidal, et son oncle, Bruno Marinthe, ils nous racontent la genèse de cette histoire d’amour familiale pour la blouse blanche.

C’est avec Bruno Marinthe que commence à se tisser la toile médicofamiliale. Pourtant, quand on questionne ce réanimateur de 67 ans sur les raisons qui l’ont poussé à ouvrir ce chapitre, il semble de prime abord ne pas vraiment savoir quoi répondre. « Je ne me suis jamais posé la question, cela me paraissait une évidence », entame-t-il posément. Avant de poursuivre : « Il n’y avait certes pas de médecin dans la famille avant, mais notre mère avait une certaine idolâtrie pour le corps médical », poursuit-il. « Oh, je confirme ! », renchérit dans un sourire sa sœur Catherine Devidal, qui s’est, elle, épanouie dans la médecine scolaire.

« Sans nous pousser, elle en parlait, et il faut se replacer à l’époque, dans les années 70, la fonction médicale avait un certain prestige », continue Bruno. « À cela s’ajoute le fait que notre père est décédé à mes 15 ans, donc nous n’avions qu’un seul discours parental », poursuit la médecin de 64 ans. Ce à quoi Bruno ajoute : « Peut-être qu’inconsciemment le décès de notre père, d’un cancer, et qui est survenu à la maison, a joué dans la volonté de soigner, guérir, essayer de sauver ». Dans la fratrie, il n’y a que la sœur jumelle de Catherine qui résistera au chant des sirènes. C’est donc Bruno qui ouvre le bal, très vite rejoint par sa sœur sur les bancs de la fac. « Il a doublé sa première année, donc ça m’a semblé une évidence de m’inscrire avec lui à la faculté de Dijon, pour le rejoindre, c’était rassurant de le retrouver », se souvient Catherine.

Et le duo dépote ! « L’arrivée de ma sœur m’a incité à travailler d’arrache-pied. Sa présence m’a motivé, mais j’y voyais également une invitation à la coacher, la mettre en garde contre les erreurs à ne pas commettre. Je me sentais investi d’une responsabilité. À la fac, on nous appelait "Grégoire et Oberlin", car on se baladait tout le temps avec le livre sous le bras », se souvient-il en riant. « Il n’y a jamais eu de compétition entre nous, c’était plus une symbiose, une émulation », précise Catherine.

Quant à Alexandre, comme pour sa mère et son oncle le chemin jusqu’à la fac se fait presque en pilote automatique. « Je ne me rappelle pas comment j’ai fait mon choix. J’ai toujours eu une seule idée en tête : la médecine, je ne me voyais pas faire autre chose. On ne parlait pas médecine à la maison. Mais j’ai baigné dans cet univers depuis tout petit, ça a probablement joué », se souvient cet homme de 41 ans. Et en désignant Catherine et Bruno : « C’était amusant, j’ai suivi leur chemin, jusqu’à côtoyer le même amphithéâtre, rien n’avait changé, c’était toujours l’amphi Aristote, ce même amphi délabré ». À ce souvenir, le visage de Catherine s’illumine d’un sourire complice.

« Si j’avais dit que je voulais faire du droit ou une école de commerce, on en aurait sûrement discuté. Mais mon choix de faire médecine n’a pas appelé de commentaire particulier. J’étais l’aîné, je voulais être médecin, c’était tout naturel », se rappelle Alexandre qui est le seul des enfants de Catherine à avoir embrassé cette carrière.

AVOIR LES CODES, ÇA AIDE ?

« À la fac, oui ça aide. Pour la première année (j’ai aussi eu les fameux « Grégoire et Oberlin » !), ils ont pu me dire comment travailler, les erreurs à ne pas faire, me donner des conseils pratiques : arriver tôt, prendre la première place... Pour l’externat ensuite, ça aide car on sait à quoi s’attendre. Bruno connaît bien l’hôpital, il a pu me renseigner », ajoute Alexandre.

Avant de glisser dans un sourire : « Après il y a des codes plus festifs aussi, comment faire les meilleures soirées... Bruno m’a donné beaucoup de tuyaux pour les fêtes en médecine, au moins je savais à quoi m’attendre ! », ricane Alexandre. « Si on ne parlait pas forcément de médecine en famille, les histoires de carabins ont animé nos repas à chaque Noël, je m’en souviens très bien. »

LA DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE : LE CHOIX DES SPÉS

Alexandre a commencé sa carrière en tant qu’urgentiste, après nous avoir avoué (non sans une petite pointe d’embarras amusé) que c’est bien la série Urgences qui a éveillé cette vocation. Et la fiction s’est transformée en réalité. « J’ai fait 6 mois en cabinet, mais je n’ai pas aimé le côté chronique. Aux urgences on voit les patients une fois, ils ont un problème, on le résout et on passe à autre chose. Au départ, le fait d’avoir des horaires décalés m’a également attiré, même si aujourd’hui c’est plus compliqué. » Depuis quelques mois, il a amorcé un virage et exerce désormais chez SOS Médecins à Lyon.

Voir un patient et ne plus le suivre n’est absolument pas la vision de la médecine de sa mère Catherine. Elle a d’abord choisi la médecine générale, fait des remplacements en cabinet pendant ses premières années mais n’y a pas trouvé son compte. « Je trouvais cela inintéressant ». Jusqu’à ce qu’elle découvre la médecine scolaire.

« Là j’ai pu vraiment prendre mon temps pour accompagner les patients, qu’on appelle d’ailleurs élèves, car c’est de la prévention, et leurs proches. Autant j’ai fait médecine pour suivre mon frère, autant la médecine scolaire a été un vrai choix personnel. »

L’histoire de Bruno et de sa spé est un peu plus atypique. « J’ai été thésé en 86 à Dijon. Je n’avais pas d’idée particulière en quittant la 6 année. J’ai fait mon service militaire. En revenant, je suis allé voir ce qui traînait comme CES, mais je m’y prenais très tard et quasiment tous les postes étaient pourvus ! » C’est ainsi qu’il a atterri à Saint-Dizier dans la Haute-Marne, où il restait un poste en réa. Et ce fut le coup de foudre : il y exerce depuis 1988 et s’apprête à prendre sa retraite l’été prochain. Il y a parfois des petits coups de pouce du destin.

DOC TALK, UN LIEN QUI SE TISSE À COUPS D’ORDONNANCES FAMILIALES

Estampillés « médecins de la tribu » pour les renouvellements d’ordonnances et les certificats médicaux, leur profession les rapproche. « Dès que je vois Bruno, naturellement, on parle médecine et vie d’hôpital, et avec grand plaisir. Avec les autres membres on parle mais plus de la vie de médecins, ce qu’on entend à la radio », raconte Alexandre.

Avec sa mère, il parle aussi du métier. « Maintenant que je suis médecin généraliste à SOS, on peut parler de cas qui font réfléchir, ou d’autres qui font sourire mais on en parle à deux, pas en public autour de la table en famille », confie-t-il. « Je me reconnais plus dans cette pratique de la médecine », renchérit Catherine, qui s’est sentie à plusieurs reprises confortée par le fait de pouvoir se tourner vers son fils pour des conseils médicaux face à certains cas complexes qu’elle a rencontrés dans sa carrière.

GÉNÉRATIONS FUTURES

Sur ses cinq enfants, Bruno a deux filles qui ont suivi ses pas de médecin ; et quand ce sera au tour des petits-enfants, il n’est pas contre le fait de les voir assurer la relève médicale. « Je n’y vois personnellement pas d’inconvénient, c’est un métier où on rend service. L’instrument de travail est l’être humain, c’est exceptionnel, il y a une grosse responsabilité et c’est un métier noble quand il est fait avec conscience. Je ne pousse ni dans un sens ni dans l’autre mais c’est une belle profession », explique Bruno.

Hasard ou non (si vous avez lu attentivement le reste de notre Gros Dossier, vous pencherez plutôt pour le non), Alexandre a épousé une femme médecin, chirurgienne au centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard à Lyon. L’avenir de leurs deux enfants, ils ne l’ont pas tracé d’avance. « Je ne les décourage pas, mais ne les encourage pas non plus, je serais content s’ils faisaient autre chose, et ma femme aussi. On souhaite essayer de les amener à se questionner pour savoir ce qu’ils veulent vraiment. Cela vient sûrement un peu aussi de la manière dont on voit la profession évoluer, où les efforts sont mal récompensés. »

À 7 et 5 ans, les deux enfants sont pourtant bien en immersion. « À la maison ils nous entendent parler, ils nous voient, ils sont déjà venus sur notre lieu de travail. À leur âge, entrer dans un service d’urgences ou de chirurgie, c’est plus un parc d’attractions. Ils en reparlent mais avec une vision d’enfant. »

Tremper dans la potion depuis petits les amènera- t-il à poursuivre l’histoire familiale, ou le livre se refermera-t-il avant la fin de ce troisième tome ? Comme toute bonne saga, il faut savoir manier l’art du suspense.

 

Portrait de Constance Maria

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