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Cette consultation, « pas médicale » mais bien limitée au « champ de compétences infirmier », est la grande thématique cette année du « salon infirmier », qui se tient actuellement à Paris.
Inscrite dans la réforme du métier de juin 2025, elle deviendra réalité dès la publication de deux arrêtés listant les soins et prescriptions confiés à ces soignantes. Soit en juin, promet le gouvernement.
La consultation consistera « à recueillir des données sur l’état de santé, réaliser un examen clinique, poser un diagnostic infirmier », puis à prescrire des soins, produits de santé ou examens complémentaires, a résumé en ouverture du salon le président de l’Ordre professionnel, Alain Desbouchages.
L’infirmier mènera aussi « des actions de prévention, d’éducation thérapeutique », en « informera toujours » le médecin et saura si nécessaire lui réadresser le malade, a-t-il ajouté.
Un rôle élargi sur le terrain
Demain, face à un patient souffrant de plaies, l’infirmier sera accessible sans prescription médicale. Elle prescrira les produits nécessaires aux pansements, possiblement des antalgiques, et préviendra d’éventuelles complications, permettant « un gain de temps » pour tous, explique Alain Desbouchages.
Profession « de proximité », l’infirmier est plus largement une « porte d’entrée vers le soin », qui sait « repérer des situations » problématiques, poursuit-il.
Une infirmière scolaire ou d’un centre de santé sexuelle, par exemple, pourra identifier des comportements à risque, prescrire et réaliser une prise de sang pour dépister des maladies sexuellement transmissibles, « et éduquer à la santé », poursuit-il.
Une pratique déjà existante
Sur le terrain, « la consultation existe déjà », assurent les professionnels. Mais sans « cadre légal » ni « temps dédié », elle est « incomplète », « non rémunérée », diluée au fil des passages au domicile, dans les chambres d’hôpital, d’Ehpad…
En crèche ou PMI, les infirmières-puéricultrices « analysent comment l’enfant s’alimente, apprend à parler, se mouvoir » ; à l’hôpital, les professionnelles « analysent les impacts physiques, psychosociaux de la maladie » et « bientôt tout cela sera valorisé », s’enthousiasme Christelle Galvez, directrice des soins dans un établissement lyonnais.
Depuis six mois, le service d’anesthésie du CHRU de Nancy l’expérimente : « on va voir les patients en sortie d’opération, on évalue la prise en charge de la douleur, on réadapte les traitements », a témoigné lors d’une conférence l’infirmière-anesthésiste Céline Babel.
Elle aimerait suivre à l’avenir des patients souffrant de « douleurs chroniques », les délais pour voir un spécialiste atteignant « un an et demi ». Mais les hôpitaux sont à l’os et dégager des moyens est difficile : « on doit démontrer le gain financier », observe-t-elle.
Grâce à un « entretien long » au domicile d’une patiente au diabète instable, Malcolm Orozco, infirmier libéral à Avignon, s’est, lui, « rendu compte qu’elle passait son insuline au micro-ondes », cause de l’échec du traitement. « On est les seuls à voir ce genre de détails », mais ce travail doit être payé, plaide-t-il.
Des tensions sur le financement
Jeudi, l’Assurance maladie et les syndicats représentatifs doivent justement conclure des mois de négociations sur l’application de la loi infirmière et des revalorisations attendues.
Dans un contexte financier tendu, le périmètre des consultations remboursées sera restreint. Les syndicats espèrent en décrocher trois types : une dédiée aux plaies, une centrée sur l’éducation à la santé après un « bilan prévention », et une pour les patients diabétiques nouvellement placés sous insuline.
Les tarifs sont encore inconnus et l’entrée en vigueur n’interviendrait qu’en 2027, selon des sources syndicales.
Une profession divisée
Une partie de la profession se dit « très déçue », comme Gaëlle Cannat, représentante du collectif des infirmiers libéraux en colère.
« Ces trois items ne suffisent pas : tous les jours je prescris des vaccins, des substituts nicotiniques, sans être payée », dit-elle, évoquant entre autres « l’accompagnement psychologique » des patients, ou la « prévention notamment des phlébites », lorsqu’elle injecte des anticoagulants.
Ces limitations révèlent « un pilotage avant tout financier », qui risque « d’étouffer l’espoir d’une profession en quête d’autonomie » et contreviendrait à « l’esprit de la loi », juge Grégory Caumes, juriste spécialisé en droit de la santé.
Il pointe le risque de « soins à deux vitesses » : « en établissement les infirmiers auront le plein exercice » mais en ville « leur autonomie sera ultra-réduite ».
Avec AFP