« Je serai interne à 45 ans et installée à 49 ans »

Les passerelliens, kezako ? Ce sont des étudiants en médecine un peu à part. Sélectionnés sur dossier, ils ont commencé une carrière ailleurs, puis se sont ravisés pour reprendre leurs études en médecine. Aujourd’hui, portrait d’Hélène Garreau, ex-directrice d’un hôpital local. 

Pour Hélène Garreau, devenir médecin était un rêve d’enfant. Une vocation qu’elle a dû abandonner, après avoir échoué à deux reprises au concours de PCEM1. Sans trop s’éloigner, du reste, de la médecine, puisqu’elle est devenue directrice d’établissement sanitaire et médicosociale, sur les bons conseils… d’un médecin. La crise de la quarantaine aidant, elle pense se réorienter, et déterre ce vieux rêve d’enfant. Devenir médecin. En faisant ses recherches sur Internet, elle découvre cette procédure, la passerelle, qui permet à certains diplômés de l’enseignement supérieur de commencer des études de médecine en deuxième ou troisième année (cf. encadré). Banco ! Elle décide de déposer son dossier.

Soutien du CNG

La procédure a été assez rapide. Après avoir déposé un dossier en mars 2015, elle apprend en juin de la même année qu’elle est reçue. Si elle n’en a parlé qu’à son époux, dans sa sphère intime, elle a évoqué son projet avec sa responsable hiérarchique de l’époque, la directrice adjointe de l’ARS Pays-de-la-Loire, qui l’a soutenue. Côté institutionnel, elle a aussi reçu le soutien du centre national de gestion (CNG), avec qui elle a fait son bilan de compétences et préparé son entretien oral. Pour financer sa reprise d’études, Hélène Garreau a pu bénéficier des avantages du statut de fonctionnaire : « Pendant trois ans, parce que j’étais dans la fonction publique, j’ai pu bénéficier d’un congé de formation professionnelle (CFP). Cela me permettait de continuer à cotiser pour ma retraite et pour ma sécurité sociale. Et durant les deux premières années, j’étais indemnisée, ce qui correspondait au tiers de mon revenu à peu près. À partir de la troisième année, j’ai pu signer un contrat d’engagement de service public (CESP). Contre une mensualité de 1050 euros par mois, je m’engage à m’installer dans une zone déserte pendant la même durée de financement de mes études. »

Vient enfin la rentrée. « Pour la première journée c’était assez amusant car nous étions quatre passerelliens. Il y avait trois garçons et moi-même, dont deux garçons qui étaient plus jeunes, qui avaient repris leurs études dans la foulée de leur master ou presque. Donc, nous étions deux dinosaures, et cela a intrigué les autres étudiants. Mais je ne suis pas solitaire du tout, j’aime travailler en groupe, et au bout de 18 mois un sympathique groupe de 12 étudiants m’avait finalement intégrée et considérée comme une des leurs. »

Connaissances colossales

Hélène Garreau a l’impression de vivre un rêve éveillé. Même si le bachotage permanent est épuisant : « Les connaissances à acquérir sont absolument colossales. C’est vrai que c’est très difficile, c’est beaucoup de travail, des notes pas toujours à la hauteur de l’énergie consacrée mais finalement une validation de chaque semestre sans rattrapage ! Mais la médecine ce n’est pas uniquement ce que l’on va me mettre dans la tête. C’est aussi l’attitude que j’aurai avec les patients, comment je vais les aider à avancer dans le système de santé, etc. Je mise sur plusieurs choses. » Quoi qu’il en soit, Hélène Garreau a du mal à dire que la reprise des études a été difficile : « Les premiers stages ont été extras, je me sentais bien avec les patients, tout cela m’a paru tout à fait naturel. » Prochaine étape : la préparation des ECN en 2020. « Je serai interne à 45 ans et installée à 49 ans. »

D’ores et déjà, elle sait qu’elle choisira la médecine générale : « Je souhaite m’investir en médecine générale. C’était déjà le cas il y a 20 ans, Martin Winckler* m’avait beaucoup inspiré, et j’ai toujours voulu devenir médecin de famille. Avec un petit plus si je peux m’occuper davantage des femmes à tous les âges de la vie. » Si c’était à refaire, Hélène Garreau n’hésiterait pas un instant. 

* Martin Winckler est un médecin et romancier français. Il a notamment écrit La Maladie de Sachs
 

La passerelle, les textes 

Initiée en 1993, la possibilité pour des étudiants d’accéder à des études de médecine, d’odontologie, de pharmacie, ou de sages-femmes a été remaniée moult fois. Le dernier texte en vigueur est un arrêté de mars 2017, qui abroge l’arrêté du 26 juillet 2010. « Ses dispositions ouvrent l'accès de ces deux passerelles (2e et 3 e année, NDLR) à de nouveaux publics, notamment aux professionnels paramédicaux », stipule le texte. Ce décret liste les diplômes qui ouvrent droit aux passerelles, la date de dépôt de dossier, la composition du jury, la procédure de sélection des candidats. 

 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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