IVG : l’Église argentine au centre du village

Les militants passent du vert à l’orange

Le Sénat argentin a voté contre la loi légalisant l’avortement. Les militants pro-IVG dénoncent les manœuvres de l’Église, qui a pesé de tout son poids dans le résultat. Ils ont lancé une vague d’apostasie publique.

Un mois et demi. L’espoir n’aura pas duré plus longtemps en Argentine. Le 14 juin, un projet de loi visant à légaliser l’IVG était passé à la Chambre des députés, laissant entrevoir une éclaircie. Le 8 août, le Sénat a répondu : vous ne passerez pas.

La mobilisation de quelques milliers de militants n’aura pas suffi. En face, l’Église catholique argentine et les évangélistes on su convaincre, dans la rue comme dans les couloirs du pouvoir. Après les admonestations, des évêques étaient allés jusqu’à menacer d’excommunication les parlementaires tentés par un vote pro-IVG.

Dieu est mort

Revers de la médaille : puisqu’elle s’y est placée toute seule, l’Église se retrouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Elle est devenue la cible des militants qui ont organisé des rassemblements à travers le pays pour manifester leur colère. Des rassemblements à thème : l’apostasie. Les Argentins qui ne se sentiraient plus en accord avec les positions politiques des responsables religieux pouvaient venir déposer un dossier visant à annuler leurs sacrements.

Près de 4000 demandes auraient ainsi été récoltées, avant d’être remises le 24 août à l’épiscopat de Buenos Aires. Pour certains, il ne s’agissait que de renoncer à un baptême qu’ils n’ont pas choisi, et qui ne correspond en rien avec leur foi. Pour d’autres, croyants, cette démarche publique revêt un caractère sacrificiel.

C’est par exemple le cas de Nora Cortinas, 88 ans, personnalité respectée par la population pour son combat contre la dictature militaire des années 1970-80. « Cette décision est un déchirement pour moi », a-t-elle déclaré lors d'un rassemblement. « Je suis croyante et je le resterai, mais je refuse de continuer à m’associer à une institution malhonnête. Je vais leur renvoyer mon certificat de baptême, de communion, de confirmation, et même de mariage, si c’est nécessaire ! »

Les militants voient orange

Vent de changement en Argentine, où la religion est très politisée, et vice-versa. L’éducation dans les écoles religieuses et les salaires des évêques y sont encore financés par l’État. Une situation favorisant le conservatisme, que les militants pro-IVG dénoncent. Depuis le refus du Sénat, ils ont troqué le vert de leur foulard, symbole de la lutte pour la légalisation, pour de l’orange, qui représente celle pour la séparation de l’Église et de l’État.

Un mouvement est donc lancé, mais le calendrier politique n’est pas favorable à l’IVG. La loi ne pourra pas être à nouveau proposée aux débats avant un an. Et les élections présidentielles prévues pour octobre 2019 devraient mettre de côté un sujet aussi brûlant, dans un pays qui compte 75 % de catholiques de tous bords politiques. La vague de contestation se concentrera peut-être, en attendant, sur cette Église du Pape national, que certains aimeraient bien voir perdre un peu de pouvoir politique.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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