Faire des gardes : est-ce bon pour le moral ?

Ah le sau, son sdf parfum la villageoise hurlant des insanités, son externe Erasmus prêt à massacrer la moindre plaie par ses sutures inspirées par Gaud´i*, son bip à la mélodie de douce torture… si les gardes ne jalonnaient pas l’existence des médecins, peut-être en rêverions-nous ?

Car, si pour les profanes abreuvés de séries TV médicales, « garde » rime avec « partie de jambes en l’air », avec (ou sans) George Clooney, la réalité est bien différente. La plupart du temps ça se finit plutôt en tête-à-tête avec un morceau de caoutchouc couleur salade et son pain rassis, à partager avec des rongeurs.

Cependant, d’autres confrères/ soeurs placent stratégiquement leurs gardes dans le Google Agenda afin d’esquiver tout devoir conjugal/ familial/amical (« désolé pour la soirée Escape Game avec tes potes/ la 4e communion de l’arrière-petit-cousin germain/ l’EVJF à Vaux-sur- Mer du 11 novembre, je suis de garde », et le tout dit du bout des lèvres tel/le Mère Teresa donnant l’ultime becquée à ses lépreux).

Alors les gardes, amies ou ennemies (« Au fil de la mélodie, Être amies ennemies, Le temps nous a désunies, Is it right or wrong » [1]) ?

Travailleurs, travailleuses (de nuit)

Breaking News, les médecins ne sont pas les seuls à battre le pavé une fois le soleil couché : ouvriers au « 3 × 8 », autres professionnels de santé ou du tertiaire… Ce qui a des conséquences sur la santé, la leur comme la nôtre, puisque cela nous empêche de dormir sur nos deux oreilles ! Accident de la route lié à la fatigue, diabète de type 2, prise de poids, insuffisance coronarienne, AVC, cancer… N’en jetez plus [2] ! La santé de ceux qui travaillent de nuit dans la santé est loin de faire rêver !

Boire ou dormir, il faut choisir

Les études chez les docs montrent que les gardes – et la réduction du temps de sommeil qui y est associée – entraîne un déficit cognitif semblable à une augmentation d’alcoolémie de 0,4 g/L par heure travaillée au-delà de 14 heures d’éveil [3]. Soit l’équivalent d’une sacrée nouba au bout de la nuit ! La gueule de bois en moins – quoique –, l’haleine post-garde et le visage bouffi façon « Adjani », les lendemains n’ont parfois rien à envier à une bonne cuite au Malibu… La différence avec l’alcool ?

Dans la grande majorité des cas, on retrouve ses esprits – voire parfois le prénom de la personne qui est dans le lit – le lendemain matin. Tandis que la sleep deprivation, quand elle se chronicise, donne des troubles cognitifs en plateau, qui empêchent le sujet de réaliser que depuis sa 100e garde, son QI est en asymptote avec celui de Nabilla.

Allô Maman Bobo

Comme l’égérie d’NRJ 12, on peut dire qu’en astreinte « Mon téléphone c’est comme mon string, je l’ai toujours sur moi ». Pourtant, la surcharge de travail ne donne pas tant de swag. En effet, le nombre de gardes, ne pas avoir de repos compensateur et un long intervalle sans week-end chômé est associé à plus de symptômes de dépression (de même que s’être engueulé avec une infirmière, NDLR) [4].

To do/Not to do special night

Alors, comment faire pour ne pas finir le moral dans les Croc’s avec la mine de Morticia Adams ? Des confrères autrichiens filent des tips à l’oeil : faire des siestes dès que possible, plus ou moins potentialisées au café, et s’exposer la journée à des lumières bleues (de luminothérapie – non, scroller sur Facebook et Tinder ne fonctionne pas –) permettent de redonner un petit coup de peps ! Le lendemain, c’est ambiance tamisée mais glamour quand même, puisque l’équipe teutonne conseille le port de lunettes de soleil à la sortie du service afin d’éviter la stimulation rétinienne directe et ainsi favoriser la sécrétion de mélatonine [5]. Ambiance Festival de Cannes garantie, surtout si vous gardez votre paire de Ray Ban pour aller exiger votre repos de sécurité au patron ! Car la conclusion de nos confrères autrichiens, magnanimes, reste le laconique : « La fatigue liée au manque de sommeil ne peut être traitée que par le sommeil »…

*Antoni Gaudí, le célèbre architecte catalan

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Sources

[1] Nâdiya, Amies-Ennemies, Columbia, oct. 2006. [2] Kecklund et al, Health consequences of shift work and insufficient sleep. BMJ. 2016 Nov.

[3] Mansukhani et al. Sleep deprivation in resident physicians, work hour limitations, and related outcomes: a systematic review of the literature. Postgrad Med. 2012 Jul.

[4] Embriaco N. et al. Symptoms of depression in ICU physicians. Ann Intensive Care. 2012 Jul 27;2(1):34.

[5] Schlafer et al. Sleep disorders among physicians on shift work. Anaesthesist. 2014 Nov.

Portrait de Jean-Victor Blanc
article du WUD 33

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