Etre son propre médecin, c’est non !

Nous ne sommes pas des super-héros !

Le Collège français des anesthésistes-réanimateurs et une trentaine de partenaires veulent inciter les praticiens à recourir à un médecin traitant plutôt que de se soigner eux-mêmes. Une campagne en ce sens a été lancée la semaine dernière. Son nom : « Dis, doc, t’as ton doc ? ».

80 %. C’est d’après le Collège français des anesthésistes réanimateurs (CFAR) la proportion de praticiens qui n’ont pas de médecin traitant. Pour l’écrasante majorité de la profession, se soigner signifie donc recourir à l’auto-diagnostic ou à l’auto-prescription. Voilà qui n’est pas loin de constituer un problème de santé publique. C’est pourquoi le CFAR a lancé la semaine dernière avec une trentaine de partenaires (dont What’s up Doc fait partie) une campagne intitulée « Dis, doc, t’as ton doc ? ». L’objectif : alerter les médecins sur un sujet qu’ils négligent trop souvent.

Pour comprendre le problème, le mieux est encore de prendre un exemple. « Imaginons que j’aie des lombalgies », expliquait vendredi dernier lors du lancement de la campagne le Dr Max-André Doppia, secrétaire général adjoint du CFAR et accessoirement président de l’intersyndicale Avenir hospitalier. « En tant qu’anesthésiste, je sais traiter cette douleur sans problème… mais je ne peux pas me faire un toucher rectal ! Je ne peux donc pas savoir tout seul si mes lombalgies viennent d’un cancer de la prostate, par exemple. »

Le médecin est un patient comme les autres

Mais au-delà des gestes techniques, le recours à un confrère est indispensable dans cette profession qui, culturellement, est habituée à peu s’écouter. « On a honte d’être malade quand on est médecin », avouait lors de la présentation de la campagne le Pr Pierre-Louis Druais, président du Collège de médecine générale (une institution elle aussi associée à « Dis, doc, t’as ton doc ? »). Voilà qui n’incite pas à surveiller correctement sa santé pour détecter les éventuels signes de maladie.

Conclusion : le changement, c’est maintenant, car il y a péril en la demeure. « Il faut modifier le modèle culturel des médecins pour ce qui touche à leur propre santé », alerte Max-André Doppia. Et pour amorcer la révolution, l’anesthésiste compte largement sur les jeunes générations : il juge que la transformation pourrait prendre « une dizaine ou une quinzaine d’années ».

Il serait d'ailleurs peut-être souhaitable que les choses bougent un peu plus rapidement : en définitive, ce sont les patients qui paient les pots cassé quand le médecin ne prend pas soin de lui. Car comme le résume Pierre-Louis Druais, « un médecin qui se soigne est un médecin qui soignera mieux ».

Et sinon, vous, c’est qui votre médecin traitant ?

 

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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