Ethiopie : au Tigré, le système de santé à l'agonie

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En Ethiopie dans la région du Tigré, les structures de soins sont les cibles d'attaques de soldats et les ambulances deviennent un précieux trésor. Entretien avec Kate Nolan, coordinatrice d'urgences pour MSF, de retour du Tigré. 

Ethiopie : au Tigré, le système de santé à l'agonie

La carcasse d’une ambulance, vitres brisées, pneus enlevés et pièces mécaniques démontées, accueille les équipes de MSF à l’entrée du centre de santé de la ville d'Abiy Addi. Fenêtres et portes du bâtiment sont également endommagées. « Il a été pillé au début des combat », raconte Kate Nolan. Dans un autre village, le centre de santé a été le théâtre d’affrontements armés et des impacts de balles sont visibles sur les murs. Les fenêtres sont brisées et les médicaments, détruits, jonchent le sol aux côtés des dossiers médicaux éparpillés.

© MSF 

Dans la région meurtrie par des combats depuis maintenant 4 mois, les centres de soins sont les cibles de pillages, réquisitionnés ou saccagés. « Sur les 106 établissements de santé visités, près de 70% ont été pillés, 30 % endommagés et seuls 13% étaient intacts », rappelle Kate Nolan. « MSF est très préoccupé par la situation humanitaire, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées à cause des combats selon l’ONU. Plus de 60 000 personnes ont traversé la frontière vers le Soudan. Il y a beaucoup de déplacés à l’intérieur de la région, dans des villes ou zones isolées, coincées entre des zones de combats, qui ont très peu d’accès aux services essentiels, confrontés à des pénuries de nourritures, des interruptions d’accès à l’électricité ou aux soins médicaux », poursuit cette Irlandaise de 34 ans.

© MSF 

Pourtant, la région du Tigré était celle disposant du système sanitaire le plus important du pays. Pourquoi attaquer les établissements de santé ? « Bonne question. Malheureusement, MSF a fait une évaluation de ces centres et nous sommes profondément préoccupés par l’ampleur des destructions ». Les missions organisées permettent d'assurer autant que possible la continuité des soins. Mais face à une telle situation, les besoins de renforts sont accrus. 

© MSF 

Les ambulances sont particulièrement visées, rendant très difficile l’accès de la population aux soins. Pourtant, même dans l’horreur et la violence, le bon peut prospérer. Comme une fleur qui pousserait dans le bitume. « Je me rappelle d’un moment fort de ma mission à Abiy Addi. Auparavant, le centre de santé avait deux ambulances, toutes deux détruites pendant les combats. Un soir, peu après notre installation, quelqu’un a frappé à la porte de notre maison. Il a dit qu’il était le chauffeur d'une ambulance, qui appartenait à un district de l’ouest de la ville. Au début des combats, il a caché son véhicule sous un arbre en forêt. Il a entendu dire que MSF avait besoin d’ambulances. Il souhaitait nous la donner. Peu après on a été informé que 3 autres ont été cachées. Elles étaient auparavant attribuées à un district au sud du pays. On a visité le centre de santé et on les a trouvé cachées. Avec l’approbation des communautés locales on a pu les utiliser, notamment pour mettre en place des cliniques mobiles », se remémore Kate Nolan

« C’est une source d’inspiration pour moi, j’ai été très touchée par l’incroyable engagement des chauffeurs envers leur communauté et leur courage. Cela montre également la valeur que les gens accordent à l’accès aux soins de santé en Ethiopie ».  

 

Source:

  • Entretien avec Kate Nolan, coordinatrice d'urgence MSF dans le Tigré. 
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