Dr Marion Hacquard, légiste

Médecin généraliste à L’Etrat (Loire), expert médicojudiciaire au TGI de Saint-Étienne et à la cour d’appel de Lyon, PH attaché dans le service de médecine légale de Saint-Étienne, elle se souvient…

 

Quel est ton premier souvenir d’interne ?

Le service de psychiatrie dans lequel j'avais fait un stage d'externe m'a proposé un poste de FFI pour le semestre d'été de D4, car il leur manquait un interne. Comme ils avaient apprécié mon travail, ils ont pensé à moi et… j'ai accepté. Au final, ce premier semestre avant l’heure a été validé comptant pour un stage de plus dans ma formation !

 

Pas banal en effet, et ton premier semestre officiel d’internat alors ?

J’étais aux urgences pédiatriques. Mes chefs me disaient « trop passionnée ». On récupérait en réalité pas mal d’erreurs de diagnostic… et comme je suis plutôt grande gueule, quand on me demandait pourquoi une fracture n’avait pas été décelée, je répondais que la radio du patient n’avait probablement pas été vue ! Mes chefs m’ont conseillé d’arrêter de faire du médicolégal en tant qu’urgentiste… Sur un plan plus perso, ma meilleure copine était alors avec moi en stage. Une chance, ça s’est donc très bien passé au fond.

 

Du coup, quand as-tu choisi la médecine légale ?

J’ai fait beaucoup d’urgences. Je devais passer la CAMU. J’ai alors fait un stage de gériatrie… horrible ! J’ai fait 86 gardes sur le semestre pour éviter d’aller en stage… Après ça, mon patron m’a finalement dit : « Va faire du médicolégal, ils ont plus besoin de toi que nous aux urgences. Je te souhaite bonne chance, parce que tu vas avoir un patron difficile mais qui s’est avéré un véritable mentor pour moi ».

 

Tu as vécu vraiment à l’internat pendant des années, qu’est-ce que tu as le plus préféré au fond ?

L’ambiance, qui était vraiment excellente : bonnes soirées, bon internat, bons chirurgiens, bonne cohorte d’internes… J’ai eu quelque part un internat très long, parce que j’ai commencé d’y habiter dès la P2.

 

Et, pour le reste, côté boulot hospitalier, l’ambiance était-elle là aussi au rendez-vous ?

Ah ça non ! L’hôpital un vrai panier de crabes. Tout le monde se tire dans les pattes ! Pour des putatifs postes de chef et de PH … J’ai toujours trouvé ça malsain et me sentais finalement très bien dans mon service, dans mon univers, à faire des expertises médico-légales  et soigner ma patientèle.

 

Un patient t’a-t-il marqué dans ton exercice initial ?

Oui, un patient que j’avais reçu aux urgences et… que j’ai finalement dû autopsier moi-même.

Pas banal ça, c’est évidemment marquant ! Il s’agissait d’une autopsie à visée scientifique pour des analyses anapath d'une tumeur rare, très évoluée, du psoas.

À l’origine, il était quand même admis aux urgences pour une sciatique ! Dans ce genre de cas, quand t’es interne aux urgences et en légale, tu fais l’entrée et la sortie. La situation est parfois bizarre. Ça m’est d’ailleurs encore arrivé il y a deux semaines, pour une patiente que j’avais vue à domicile quelques jours plus tôt.

 

As-tu un message pour les plus jeunes qui se posent des questions sur la vie d’un légiste ?

La médecine légale, c’est un internat très particulier : on n’est pas certain de tenir et peu sûr d’avoir un poste parce qu’ils sont rares.

C’est quand même un métier « costaud », il faut s’y engager par goût ! Après, beaucoup de chemins mènent au légal ; mais quelle que soit la spé, chirurgie, psychiatrie, médecine gé’ ou une autre, il est très important de faire celle qu’on aime, et non d’en prendre une juste pour faire ensuite médecine légale. C’est probablement mon meilleur conseil !

Portrait de Lisa Camus
article du WUD 17

 

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