Dr Julien Pourcel : « Les plateformes comme Doctolib favorisent le nomadisme médical, avec MadeForMed, nous voulons préserver la relation médecin-patient dans la durée »

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Avec MadeForMed, Julien Pourcel veut redonner aux médecins la maîtrise de leur organisation et de leur relation avec les patients. Site internet, assistant téléphonique, agenda, dossier patient et facturation… l’ancien généraliste détaille les ambitions de cette alternative française aux grandes plateformes, pensée pour moderniser la médecine de famille. 

Dr Julien Pourcel :  « Les plateformes comme Doctolib favorisent le nomadisme médical, avec MadeForMed, nous voulons préserver la relation médecin-patient dans la durée »

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À l’origine de MadeForMed se trouve un jeune généraliste installé seul, sans les moyens d’embaucher une secrétaire et débordé par son téléphone. Passionné d’informatique, Julien Pourcel développe, avec un ami ingénieur, un premier outil adapté à son propre cabinet. Le dispositif séduit rapidement ses patients comme ses confrères. En 2014, les deux hommes décident d’en faire une entreprise. 
Douze ans plus tard, MadeForMed revendique environ 4 000 médecins clients et propose un écosystème complet pour « bien communiquer, bien s’organiser et bien soigner » : site internet personnel, assistant téléphonique, messagerie sécurisée, agenda médical, logiciel de gestion du dossier patient, mais aussi solution de facturation et outil de téléconsultation. 

 

What’s up Doc : Comment est née MadeForMed ?

Julien Pourcel : Lorsque je me suis installé comme médecin généraliste en Seine-et-Marne, j’exerçais seul et je n’avais pas les moyens d’embaucher une secrétaire. J’ai donc développé, avec mon ami ingénieur, un premier outil pour mieux gérer les appels et l’organisation de mon cabinet. Je voulais pratiquer une médecine proche de l’ancien modèle du médecin de famille : ne pas être interchangeable et construire une relation durable avec mes patients. L’outil fonctionnait tellement bien que mes confrères ont commencé à me demander comment adopter la même organisation. Nous avons alors décidé de ne pas le garder pour nous et de créer MadeForMed en 2014. 

 

Vous avez arrêté d’exercer très rapidement après la création de l’entreprise. Était-ce nécessaire ?

JP. : Oui. J’ai cessé d’exercer à la fin de cette même année, après avoir organisé la transition pour mes patients. Ça a été une décision difficile. J’avais peur de leur réaction, car certains étaient heureux d’avoir trouvé un jeune médecin susceptible de les suivre longtemps. Mais ils m’ont beaucoup soutenu et encouragé à franchir le pas. Ils me disaient qu’ils aimeraient que tous les médecins puissent fonctionner de cette façon.

 

Quelle est aujourd’hui l’objectif de MadeForMed ?

JP. : Nous sommes devenus une entreprise à mission avec un objectif : moderniser la médecine de famille. Nous voulons nous appuyer sur une relation de confiance entre le médecin et le patient, construite dans la durée. Notre action repose sur trois dimensions : aider les patients à mieux prendre en main leur santé, apaiser les conditions de travail des médecins et contribuer à préserver l’indépendance de la profession, aujourd’hui menacée à la fois sur le plan budgétaire et réglementaire. 

 

« On fournit une suite logicielle qui repose sur trois piliers : bien communiquer, bien s’organiser et bien soigner »

 

Combien de médecins utilisent vos solutions ?

JP. : Nous accompagnons environ 4 000 médecins, répartis dans 88 départements, qui suivent au total près de 10 millions de patients. Nous vendons nos solutions aux médecins, pas directement aux patients. Les praticiens disposent ainsi d’outils qu’ils peuvent ensuite proposer à leur patientèle.

 

Que comprend concrètement votre offre ?

JP. : Le produit fourni est une suite logicielle qui repose sur trois piliers : bien communiquer, bien s’organiser et bien soigner.
Pour la communication, nous proposons notamment à l’utilisateur d’avoir son propre site internet au nom du cabinet, avec une prise de rendez-vous en ligne, une messagerie sécurisée et un assistant téléphonique intelligent appelé Alice.
Pour l’organisation, nous fournissons un agenda médical sur-mesure, développé spécifiquement pour la médecine générale, ainsi qu’un gestionnaire de tâches permettant de coordonner le travail au sein du cabinet.
Enfin, nous proposons un logiciel de gestion du dossier patient, une solution de facturation, un outil de téléconsultation et des fonctions permettant de mener des campagnes ciblées de prévention ou de dépistage.

 

Comment fonctionne Alice, votre assistante téléphonique ?

JP. : Il faut la considérer comme un système de filtrage et d’aiguillage. Elle cherche à comprendre qui appelle et pour quelle raison : prendre rendez-vous, laisser un message, transmettre un résultat ou joindre rapidement le médecin en cas d’urgence ressentie. La réponse peut être adaptée au profil du patient. Une personne autonome peut se laisser guider pour obtenir un rendez-vous en quelques minutes. Pour une personne âgée ou peu à l’aise avec un automate, l’appel peut être transféré à une secrétaire, orienté vers un télésecrétariat ou donner lieu à une demande de rappel. Lorsqu’un appelant souhaite parler au médecin, le système lui indique que celui-ci est en consultation. Il peut alors demander à l’interrompre si la situation est urgente ou lui laisser un message.

 

L’essor de ce type d’assistant ne menace-t-il pas les secrétaires médicales ?

JP. : Non. J’ai développé l’outil à l’origine parce que je n’avais pas les moyens d’engager une secrétaire, mais il n’a pas été pensé pour les remplacer. Les secrétaires remplissent d’autres missions que la simple gestion du standard et beaucoup de médecins souhaitent conserver cette présence humaine. En revanche, dans certains cabinets, l’assistant permet toutefois de soulager la secrétaire, notamment lors des pics d’appels du lundi matin, ou de prendre le relais en cas d’absence. De plus, lors du départ à la retraite d’une secrétaire, certains médecins choisissent également de réorganiser ses missions ou de ne pas remplacer le poste à l’identique. Notre solution répond à ce type de situations. 

 

Comment vous y prenez-vous pour éviter d’exclure les personnes âgées ou peu à l’aise avec le numérique ?

JP. : Des échecs de parcours existent tous les jours. Certains patients raccrochent, demandent de l’aide à un proche, se déplacent au cabinet ou laissent un message. Mais le médecin peut adapter très précisément le parcours de ses patients : modifier les consignes qui lui sont proposées, prévoir un rappel ou l’orienter systématiquement vers une personne. L’objectif est que le système s’ajuste progressivement à la patientèle de chaque cabinet. Il n’existe pas de solution universelle.

 

« Nous fournissons nos services en marque blanche, MadeforMed ne s'interpose pas dans la relation »

 

Vous vous présentez comme un concurrent de Doctolib. Quelle est votre différence ?

JP. : Notre principale singularité est de fournir nos services en marque blanche. Le patient utilise le site et les outils de son médecin, pas une plateforme portant le nom MadeForMed. Nous ne voulons pas que notre marque s’interpose dans la relation. Le médecin reste notamment propriétaire de son nom de domaine. S’il quitte MadeForMed, il peut le réutiliser avec un autre prestataire. Pour le patient, la porte d’entrée reste la même.
Nous estimons que les plateformes de type annuaire peuvent favoriser une forme de nomadisme médical : lorsqu’un médecin n’est pas disponible, le patient est incité à consulter immédiatement un autre praticien. Cela peut être utile pour répondre à un besoin ponctuel, mais moins favorable au suivi dans la durée. C’est ce que nous voulons éviter. 

 

MadeForMed a la particularité d’ouvrir son capital à des médecins. Pourquoi ?

JP. : Nous voulons que les professionnels de terrain ne soient pas seulement consultés comme utilisateurs, mais qu’ils participent aux grandes orientations de l’entreprise. Environ 400 médecins généralistes clients sont aujourd’hui actionnaires (10% du total). Ils détiennent collectivement 8 % du capital. À terme, notre ambition est de faire évoluer ce modèle vers une gouvernance plus coopérative, afin que l’outil puisse appartenir davantage à la profession.

 

« Les médecins découvrent un niveau de confort qu’ils n’imaginaient pas »

 

Vous avez récemment renforcé la partie consacrée au dossier patient, expliquez-nous. 

JP. : Nous avons récemment intégré l’assistant IA Heidi au sein de notre logiciel médical. Mais surtout, nous avons obtenu une validation pour notre logiciel de facturation, qui intègre une aide à la cotation. L’objectif est de faire gagner du temps au médecin, mais aussi de l’aider à mieux valoriser les actes qu’il réalise. Lorsqu’on exerce, il arrive que l’on facture une consultation simple faute de temps pour rechercher la cotation correspondant précisément à un acte.

 

Quels retours recevez-vous des utilisateurs ?

JP. : Le bouche-à-oreille joue un rôle très important. Beaucoup de médecins nous disent qu’ils regrettent d’avoir attendu avant de changer d’outils, car ils découvrent un niveau de confort qu’ils n’imaginaient pas. Certains nous disent qu'on leur a changé la vie, d'autres qu'ils se sentent plus proches de leurs patients. Notre difficulté principale reste la notoriété. Peu de médecins connaissent spontanément MadeForMed. Nous avons encore du travail pour faire connaître la solution.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/dr-adrien-serey-medcopilot-redonne-de-la-lisibilite-aux-medecins-et-remet-de-lordre-dans

Combien coûte votre offre ?

JP. : La partie consacrée à la communication et à l’organisation est proposée sous la forme d’un package à 300€ par mois. La partie « bien soigner », comprenant notamment le logiciel métier et la facturation, coûte 120€ par mois, auxquels s’ajoute un abonnement Vidal d’une trentaine d’euros. Cette organisation tarifaire pourra évoluer. Nous pensions qu’un médecin de famille a intérêt à disposer d’un écosystème complet, mais qu'il peut commencer par l’un des deux ensembles avant de migrer progressivement vers l’ensemble de la suite.

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