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Publiée dans la revue New England Journal of Medicine et présentée lors de la 26e Conférence internationale sur le sida à Rio de Janeiro (26-31 juillet), cette étude remet en question les modalités actuelles d'anticipation des pandémies.
« Pendant des décennies, le degré de préparation d'un pays à une pandémie s'est mesuré à ses stocks stratégiques, ses plans d'intervention et au nombre de ses laboratoires », a rapporté le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, co-auteur de l'étude, dans un communiqué.
« L'étude montre que cela ne suffit pas », estime-t-il. Car « un niveau élevé d'inégalités de revenus peut rendre dangereusement vulnérables des pays riches et bien équipés » comme les États-Unis et le Royaume-Uni, où le Covid-19 a fait un nombre de morts bien supérieur à la moyenne mondiale, ou le Brésil et l'Afrique du Sud, censés être les mieux préparés de leur région respective.
À l'inverse, des pays jugés moins préparés, mais aux niveaux d'inégalités plus faibles - Vietnam, île Maurice, Éthiopie, Uruguay, Norvège - ont beaucoup mieux résisté.
Le lien entre niveau d'inégalités de revenus et capacités à faire face s'est avéré clair et constant. Et plus ces inégalités sont marquées dans un pays, « plus la pandémie y sera sévère », a résumé pour l'AFP Matthew Kavanagh, principal auteur de l'étude et chercheur à l'université de Georgetown (Etats-Unis).
Réduire les inégalités, une priorité
« La bonne nouvelle, c'est que les inégalités ne sont pas une fatalité : elles résultent de choix politiques, et on sait les réduire », fait valoir Joseph Stiglitz.
Les chercheurs exhortent les gouvernements à intégrer la réduction des inégalités à leur stratégie, et à renforcer la protection sociale (congés maladie rémunérés, allocations chômage, aides financières...) qui en cas de pandémie permet aux gens de rester chez eux « sans avoir à se demander : vais-je pouvoir nourrir ma famille ? », a expliqué Matthew Kavanagh.
Ils appellent aussi à attribuer des aides d'urgence aux pays à faible revenu et à alléger leur dette, lorsqu'une pandémie est déclarée, ainsi qu'à rendre accessibles à toute la planète les innovations médicales qui sauvent des vies. Pendant le Covid-19, les pays riches se sont appropriés la majorité des premières doses de vaccins, au détriment des pays en développement.
C'est d'ailleurs sur le partage des futurs vaccins, traitements et tests que les négociations visant à finaliser le traité mondial sur les pandémies, adopté en mai 2025, ont achoppé le 20 juillet.
Bataille des génériques
Pendant la 26e Conférence internationale sur le sida cette semaine, des manifestants ont demandé que davantage de pays d'Amérique latine - où les taux d'infection par le Sida augmentent - puissent accéder aux versions génériques d'un médicament antirétroviral, le Lénacapavir.
Ces travaux recommandent en outre de substituer aux brevets un système de récompenses permettant à la fois de rémunérer les chercheurs et de fabriquer les nouveaux médicaments et vaccins dans le monde entier, car laisser les groupes pharmaceutiques décider qui y accède ou pas est « la recette pour de nouvelles pandémies », selon Matthew Kavanagh.
Plusieurs points de cette étude sont « très pertinents », malgré « l'absence de méthodes quantitatives (modélisation, analyse des risques) pour étayer certaines de ses hypothèses », a jugé auprès de l'AFP Raina MacIntyre, professeure de biosécurité mondiale à l'université de Nouvelle-Galles du Sud.
Quelque 1,3 million de vies auraient pu être sauvées si les vaccins contre le Covid-19 avaient été distribués de manière plus équitable, affirme une étude de modélisation publiée dans la revue Nature, présentée jeudi à Rio et menée par le Global Council on Inequality, AIDS and Pandemics.
Avec AFP
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