Dr Ilana Arcis : « Nous voulons permettre aux jeunes médecins de s’installer sans les contraintes du libéral »

Article Article

Salariat, liberté d’organisation, travail en équipe et afterworks… Les centres médicaux 38.2 veulent proposer aux jeunes médecins un autre mode d’exercice, conjuguant les avantages du salariat avec l’autonomie du libéral. La Dr Ilana Arcis, médecin généraliste et associée du réseau, en détaille le fonctionnement. 

Dr Ilana Arcis : « Nous voulons permettre aux jeunes médecins de s’installer sans les contraintes du libéral »

© DR

Le 38.2 - « comme la température de la fièvre » - est un réseau de centres de santé parisien fondé en 2023 qui réunit médecins généralistes, pédiatres, sage-femmes et échographistes exerçant en secteur 1, sous statut salarié. 

Le concept mise sur des structures à taille humaine, le travail collectif et une prise en charge totale des tâches administratives, tout en laissant aux praticiens une large autonomie dans l’organisation de leur agenda.

Médecin généraliste avec une pratique orientée vers la pédiatrie et la gynécologie, la Dr Ilana Arcis a rejoint l’aventure 38.2 dès ses débuts, en 2023, après plusieurs expériences en libéral, en structures pluriprofessionnelles et à l’hôpital. Aujourd’hui associée, elle partage son temps entre consultations et gestion du réseau, qui poursuit son développement à Paris et sa banlieue.

 

What’s up Doc. Comment êtes-vous arrivée au sein du cabinet médical 38.2 ?

Ilana Arcis : J’ai terminé mon internat il y a trois ans et demi. Ensuite, j’ai effectué des remplacements dans différentes structures : maisons de santé, cabinets libéraux, mais aussi à l’hôpital. Je voulais expérimenter plusieurs modes d’exercice pour voir ce qui me convenait. J’ai commencé à remplacer au 38.2 l’ouverture du premier centre, en mai 2023, puis cela est devenu mon activité principale. Je me suis rapidement impliquée dans le recrutement, la gestion du réseau et la vie de l’équipe. Au moment d’ouvrir un deuxième centre, j’ai continué à me charger de ces sujets, ainsi que celui la formation des internes. Aujourd’hui, j’ai donc une double casquette : médecin généraliste, avec une activité de médecin traitant, et partie prenante de l’équipe fondatrice, avec des journées dédiées à la gestion.

 

À quels problèmes de l’exercice de la médecine générale le 38.2 cherche-t-il à répondre ?

IA. : D’abord, au fait d’être un jeune médecin et d’avoir des difficultés à s’installer ou à s’engager quelque part. Nous sommes finalement assez peu préparés à cette étape. De plus, l’exercice libéral isolé attire moins les jeunes générations : beaucoup ont envie de travailler en équipe. Et lorsqu’on arrive dans un territoire que l’on connaît peu, sans réseau professionnel, l’installation peut être compliquée.
Notre mantra est : « Pour prendre soin du patient, il faut d’abord prendre soin des praticiens. » L’idée est que si le soignant travaille dans de bonnes conditions et se sent épanoui, il restera et exercera correctement. Nous proposons donc un travail en équipe, une prise en charge intégrale de l’administratif, du matériel de qualité et une vraie vie collective dans un cadre chaleureux.

 

« Les médecins ont le choix entre un salariat fixe ou en rétrocession » 

 

Pourquoi avoir choisi le modèle centre de santé (salariat) plutôt que maison de santé pluriprofessionnelle (libéral) ?

IA. : Dans le libéral classique, une partie importante de ce que l’on perçoit doit ensuite être mise de côté pour régler notamment l’Urssaf et la CARMF plusieurs mois plus tard. Ici, les médecins ont le choix entre un salariat fixe, ou un salariat en rétrocession d’honoraires, qui dépend de l’activité réalisée. Le médecin reçoit directement une fiche de paie et n’a pas à anticiper ses charges. Il bénéficie aussi des avantages liés au salariat : pas d’administratif, une mutuelle, des tickets-restaurant ou encore l’accès à des salles de sport. C’est un fonctionnement très confortable qui plaît beaucoup aux jeunes médecins.

 

Y-a-t-il une grille de salaire évolutive comme dans le salariat classique ?

IA. : Oui, les primes des forfaits médecin traitant (ex-ROSP) sont redistribuées à l’équipe en prenant en compte l’ancienneté et le temps de travail effectif sur l’année. 
Nous disposons aussi du matériel permettant de pratiquer des actes de gynécologie ou de pédiatrie, des ECG, des frottis, des IVG médicamenteuses, des suivis de grossesse, des échographies obstétricales ou encore des suivis de nouveau-nés. Ces actes peuvent être cotés et permettent de valoriser la consultation selon l’activité exercée.
Les assistantes médicales prennent par ailleurs en charge toute la facturation, la télétransmission et le tiers payant. Le médecin n’a pas à gérer directement l’aspect financier avec le patient et peut consacrer 100% de son temps au côté médical.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/souplesse-horaires-fixes-exercice-diversifie-la-vie-en-centre-de-sante-0

Quelle liberté conserve alors le médecin dans l’organisation de sa journée ?

IA. : Elle est très importante. Nous utilisons Doctolib pour l’agenda et le logiciel médical, et, comme en libéral, le médecin reste maître de son emploi du temps. Il choisit ses créneaux, peut prévoir des téléconsultations en fin de journée, conserver des plages pour les urgences ou bloquer du temps pour des contraintes personnelles. Le centre n’impose pas d’horaires. 
Le médecin peut également faire évoluer ses motifs de consultation à mesure qu’il se forme ou qu’il gagne en aisance sur certains gestes, par exemple la pose d’un stérilet ou d’un implant.

 

« Lorsqu’un médecin référent est absent, les collègues peuvent prendre le relais et assurer le suivi »

 

Cette flexibilité est-elle compatible avec la médecine de suivi ?

IA. : Oui, notamment parce que les dossiers médicaux sont partagés au sein de chaque cabinet. L’ensemble de l’historique et des antécédents est accessible aux praticiens de l’équipe. Lorsqu’un médecin est absent pour des vacances, une formation ou un congé maternité, les collègues peuvent prendre le relais. Le patient garde son médecin traitant référent, mais s’il a besoin d’une consultation rapidement pendant une absence, son suivi peut être assuré au sein de la même structure.
Cela rend aussi l’installation moins engageante pour les jeunes médecins qui hésitent encore à se fixer définitivement. Ils peuvent avoir des jours réguliers en CDI tout en sachant qu’en cas de départ ou d’absence, l’équipe assure la continuité.

 

Pourquoi avoir réuni médecins généralistes, sage-femmes et échographistes ?

IA. : Nous ne voulions pas multiplier les spécialités, mais plutôt créer une complémentarité autour de la médecine générale, de la pédiatrie et de la gynécologie. Pour une IVG, par exemple, l’information, la prise du médicament et l’échographie de contrôle peuvent être réalisées au même endroit, sans devoir envoyer la patiente dans un cabinet de radiologie extérieur. Cette complémentarité fonctionne également entre praticiens : si un médecin est à l’aise pour le retrait d’un implant mais pas pour sa pose, un collègue dans le bureau voisin peut prendre le relais.
Nous travaillons aussi avec les CPTS, les cabinets infirmiers, les kinésithérapeutes ou les PMI du quartier afin d’adresser facilement les patients vers des professionnels identifiés.

 

 

Comment ce modèle est-il économiquement viable en secteur 1 ?

IA. : Il fonctionne de manière optimale avec des structures d’environ neuf à dix cabinets de consultation. Notre premier site, à la Porte de Clichy (17e arrondissement), n’en comptait que quatre. La mairie nous a ensuite proposé un local plus grand, avec dix cabinets, et c’est ce format que nous reproduisons désormais, notamment à Asnières (Hauts-de-Seine) et – prochainement - dans le 13e arrondissement de Paris. 
À cette échelle, nous pouvons mutualiser le secrétariat, le matériel et le loyer. En tant que structure de secteur 1, nous bénéficions également de subventions, notamment de l’ARS et des collectivités. Toute la gestion administrative et financière est assurée par nos cofondateurs, les médecins en sont complètement déchargés.

 

« Nous ouvrons un quatrième centre parisien en octobre »

 

La nécessité de remplir les cabinets du centre n'entraîne-t-elle pas une pression sur l’activité des médecins ?

IA. : Non. Nous avons développé avec un ingénieur de données une plateforme interne qui permet surtout d’organiser les remplacements. Lorsqu’un médecin fixe est absent, ses créneaux sont publiés sur la plateforme et les médecins remplaçants ou les internes peuvent se positionner. Cela permet d’assurer la continuité des soins et de maintenir l’occupation des cabinets sans exercer de pression sur les praticiens fixes.

 

Pourquoi limiter les centres à une dizaine de cabinets chacun ?

IA. : Parce que nous tenons à garder une dimension humaine avec une réelle vie d’équipe. Par exemple, entre 13 heures et 14 heures, le centre ferme et toute l’équipe déjeune ensemble dans la salle de repos. Nous organisons également des topos médicaux mensuels avec des intervenants extérieurs, ainsi que des afterworks et des activités d’équipe toutes les six semaines. Au-delà de dix ou douze cabinets, nous pensons que nous commencerions à perdre cet esprit d’équipe et cette convivialité.

 

Quel est le profil des professionnels vous rejoignent ?

IA. : La moyenne d’âge est d’environ 30 ans. Certaines sage-femmes débutent dès 23 ou 25 ans et les médecins ont jusqu’45 ans. Certains reviennent d’un internat dans une autre ville et recherchent à la fois du lien social, un travail collectif et la sécurité qu’apporte un réseau professionnel déjà structuré.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/chez-nous-il-y-deux-consultations-une-au-cafe-et-une-chez-le-medecin-la-generale-un-tiers

Le réseau va donc encore s’étendre ?

IA. : Tout à fait. Une ouverture dans le 13e arrondissement de Paris est prévue le mois prochain. De plus, nous développons également l’accueil des étudiants en médecine. Nous avons des maîtres de stage universitaires affiliés à La Sorbonne Université, accueillons des internes et allons également recevoir des docteurs juniors. L’objectif est aussi de permettre aux futurs médecins de découvrir ce type d’exercice.

1 commentaire(s)
Frédérique L Cardiologie et maladie vasculaire 11 septembre 2026 14:13

Dans ma ville (<10000 habitants) 80% des médecins généralistes sont salariés. Moi qui suis proche de la retraite je regarde avec stupeur leur façon d’exercer. À 17 h tout est fermé, très peu de visites à domicile, certains ne veulent pas prendre d’enfants en consultation, aucun ne travaille à plein temps (de 35h) etc …. C’est pratique pour les médecins d’appartenir à un pool mais les patients eux ne voient quasiment jamais le même médecin dans ces centres. 
La notion même de médecin traitant n’existe plus Mais pourquoi avoir choisi cette profession ?

Les gros dossiers

+ De gros dossiers