Dors, je le veux

L’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) et le réseau Morphée ont lancé une grande enquête sur le sommeil des soignants. Un système d’aide anonyme et gratuit en ligne pour évaluer et orienter les professionnels de santé souffrant de troubles du sommeil. 

« Je me souviens d’un stage où ma chef de clinique, lorsque je l’interrogeais, me posait trois questions en retour…sans répondre à la mienne. Cela me rendait fou et angoissé, jusqu’au jour où j’ai compris qu’elle était hyper stressée et harcelait son entourage professionnel. » Paul, interne au moment des faits, n’a pas immédiatement relié le comportement de sa supérieure à ses troubles du sommeil. Une alerte (trop) discrète avant l’arrivée d’autres symptômes et un vrai épisode dépressif. C’est précisément le schéma que souhaite prévenir l’association SPS et le réseau Morphée qui ont mis en ligne à destination des soignants  http://reseau-morphee.fr/vous-etes-un-professionnel-de-sante/enquete-sommeil-soignants une enquête anonyme d’évaluation des troubles du sommeil, considéré comme le premier indicateur de santé mentale. « « L’idée est d’alerter les soignants, explique Éric Henry, médecin généraliste et président de SPS : s’ils ont un trouble du sommeil, il ne faut pas le traiter à la légère. Peut-être est-il en train de se mettre en place un mécanisme qui va les conduire au burn out ou à la dépression. Or les soignants se pensent souvent invincibles, négligeant pour eux-mêmes les signes qu’ils relieraient à une pathologie chez leurs patients. »

Changer les habitudes pédagogiques

Des signes peut-être encore moins pris au sérieux chez les étudiants : « Le stress pendant les études a été banalisé, poursuit Éric Henry, notamment par les jeunes qui estiment normal de subir des pressions psychologiques et de ne pas toujours se sentir toujours à la hauteur. Les troubles du sommeil sont ignorés, vécus comme la conséquence de leur prétendue incompétence ». Et c’est bien ce rapport qu’il faut inverser, remettant à sa place enseignant et élève : « un étudiant à l’hôpital reste un étudiant avant d’être soignant ou médecin. Il n’y arrive pas en sachant et doit pouvoir demander de l’aide à ses seniors. Lesquels doivent prendre le temps des explications et permettre à l’étudiant de redescendre en pression et qu’il puisse dormir tranquille. » Le praticien dénonce un système pédagogique immuable : « il a été convenu tacitement qu’il est normal d’apprendre dans la souffrance et la difficulté, et ce, en silence, sans se plaindre, puisque nos prédécesseurs l’ont éprouvées aussi ». Et de prôner un nouveau modèle pédagogique où l’on inculque une « hauteur d’esprit à nos étudiants, formateurs de demain. » C’est le sens premier de cette étude, faire prendre conscience aux étudiants, cliniciens inexpérimentés : « qu’ils doivent dormir normalement et qu’il n’y a pas de raison qu’ils fassent des insomnies ».

Portrait de La rédaction

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