Conflit d’intérêts à l'AP-HP : c’est plus subtil que ca en a l’air

Martin Hirsch et l'intérêt de définir le conflit

Ce lundi de Pâques, les médecins de l'AP-HP ont reçu, en plus des habituels chocolats, le résultat de l'enquête de douze experts du milieu hospitalier pour la régulation des conflits d'intérêts. Des clarifications nécessaires.

 

On choisit ses conflits d’intérêt. C’est en substance ce qui se dégage de la lettre adressée par Martin Hirsch hier aux représentants des médecins de l’AP-HP pour leur présenter le rapport et les propositions du groupe de travail qu'il avait mis en place sur le sujet.

Un document qui préconise six grandes réformes dont l'essentiel tient en quelques mots : mieux encadrer les déclarations d'intérêts, le cumul d'activités, les congrès, et laisser sa chance à chaque laboratoire, de façon égale.

Un terrain délicat

Car la Cour des comptes l'a récemment rappelé : les médecins doivent mettre de l'ordre dans leurs liens d'intérêt. Sachant qu'il s'agit d'un sujet complexe. Pour Arthur*, jeune médecin universitaire contacté par la rédaction, il ne faut en effet pas mettre tout le monde dans le même panier.

« Tout n’est pas binaire, un conflit d’intérêt, ce n’est pas soit tout noir, soit tout blanc », explique-t-il. « Il faut bien distinguer le laboratoire qui va financer la recherche fondamentale et grâce auquel on pourra mettre sur le marché un nouveau traitement et améliorer le vie du patient, du laboratoire dont le seul but est de promouvoir un produit dont l’efficacité est toute relative ».

Former pour réguler

Les liens d’intérêt ne seraient donc pas un mal absolu, mais un compromis parfois nécessaire. « Formation continue ne veut pas dire prescription continue », précise Arthur. « Une formation continue est là pour permettre une remise en cause de l’efficacité des médicaments prescrits, pas pour laisser la place à des molécules inefficaces »

Comment faire confiance au médecin pour qu'il trie entre le bon grain de la recherche et l'ivraie du profit ? La question peut avoir quelque chose du dilemme cornélien. « C’est l’un des enjeux les plus centraux et les plus difficiles de cette réflexion », reconnaît Martin Hirsh dans sa lettre. « Un CHU, pour bien accomplir la totalité de ses missions, a besoin de relations avec l’industrie ».

Reste à savoir si le mesures envisagées sont à même d'éviter à l'AP-HP de revivre une nouvelle affaire Michel Aubier.

* Le prénom a été modifié.

Source: 

Johana Hallmann

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