Comment lutter contre le suicide des jeunes, s'interroge la fondation Ramsay santé

Avec la crise sanitaire actuelle, la santé mentale revient dans les discussions. L’occasion de se pencher sur les actions mises en place.

Le constat est sévère. Face au cyberharcèlement, à l’isolement et au stress ambiant, nombre d’adolescents ont des pensées suicidaires ou passent à l’acte. Comment agir ? Comment mieux prendre en charge ? Comment aider et conseiller ? Pour tenter d’apporter des pistes de réflexion, la Fondation Ramsay santé organisait, ce mardi, sa troisième rencontre prévention santé sur le suicide des jeunes, deuxième cause de mortalité après les accidents de la route des moins de 25 ans. En cause : une mauvaise prise en compte, par les pouvoirs publics, de la prévention et plus globalement de la santé mentale.
 
“Dans un monde ultra-connecté, une partie des jeunes se retrouve dans une situation hyper solitaire”, constate Dorothée de Tregomain, vice-présidente de SOS Amitié Paris Ile-de France. Pour elle, ce paradoxe s’explique par l’utilisation des réseaux sociaux, comme d’une vitrine de soi-même. Une façon de se raconter qui peut être assez loin de la réalité. Résultat, 50% des jeunes gardent leur souffrance pour eux quand ils ne vont pas bien, ajoute-t-elle. “La plupart du temps on arrive à calmer les angoisses, mais quand il y a un passage à acte très grave, nous ne pouvons intervenir que si la personne accepte de nous donner ses coordonnées. On manque de lien entre les alertes et le système de santé pour la prise en charge. ”

Délais d'attente trop longs pour une consultation

D'autant plus, ajoute le pédopsychiatre Marcel Rufo, que les délais d’attente pour un premier rendez-vous sont très longs, et qu’il manque une structure intermédiaire entre les mineurs et les majeurs qui permettrait de mieux accompagner les jeunes adultes. “Les pédopsychiatres n’ont pas encore intégré cette culture de l’urgence. Mettre en place une téléconsultation d’urgence pourrait être une piste pour éviter un passage à l’acte”, souligne-t-il. 
 
À ces côtés, tous les professionnels de santé parlent d’une véritable urgence. La santé mentale, qui a été très impactée par le premier confinement, l’est encore plus aujourd’hui. Peut-être est-ce que l’on pourrait commencer par former aux gestes de secours en santé mentale, tente Caroline Jeanpierre, coordinatrice de l'association Premiers secours en santé mentale. “Nous organisons une formation de 14 heures pour apprendre à repérer les signes, à agir ou réagir et à orienter les personnes aussi”, explique-t-elle avant de donner quelques conseils pour mieux réagir face à ce type de situation. “On sait qu’il ne faut pas discuter de moralité lors d’une crise, qu’il est nécessaire de garder ses opinions en retrait. Et puis surtout, d’être à l’écoute. Enfin en cas de péril imminent : n’hésitez pas à contacter les services de soins les plus proches.” 
Sofian Berrouiguet, psychiatre au CHU de Brest, ajoute qu’une fois la personne orientée dans un parcours de soins, il est aussi possible de mettre en place un système de SMS. “Au moment de la prise en charge, on annonce que pendant six mois, on va recontacter le patient de façon régulière pour prendre des nouvelles”. Une façon de dire “je pense à toi”, de briser l’isolement et de pouvoir agir en cas d’urgence.

Portrait de Elodie HERVE

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