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Grâce aux réponses de 143 professionnels - parfois chefs - de services d'urgences, Samu-SAS et Smur (équipes mobiles) dans 80 départements, le syndicat Samu-Urgences de France (SUdF) a documenté « la réalité vécue » par les soignants et « les conséquences concrètes » des canicules, « superposées » cette année aux tensions estivales devenues chroniques, explique le syndicat dans un communiqué.
Cet « état des lieux », déclaratif, ne « prétend pas fournir une mesure exhaustive » de l’ensemble des services d'urgences, précise-t-il. Car la France compte 700 points d'accueil des urgences et une centaine de Samu-SAS, selon la Drees, service statistique des ministères sociaux.
Dans les Samu-SAS ayant mesuré leur activité, la quasi-totalité (95 sur 98) des répondants ont constaté une hausse du nombre d'appels au « 15 » pendant les épisodes caniculaires, d'au moins 20 % dans plus de la moitié des cas, et de 50 % ou plus dans onze structures.
Les renforts sont restés « insuffisants », « inégaux » selon les territoires, contraignant à un « recours massif » aux heures supplémentaires, selon SUdF.
Les effectifs d'assistants de régulation médicale notamment (ARM, premiers à décrocher) sont « structurellement insuffisants » : huit répondants sur dix ne les jugent pas adaptés. La même proportion assure que les médecins régulateurs n'ont « pas été renforcés », ou seulement partiellement.
Jusqu'à trois jours d'attente
Malaises, déshydratations, décompensations, hyperthermies : 125 structures (87 %) ont constaté une augmentation des demandes de soins liées aux chaleurs.
À renfort de dispositifs variés (cellules de gestion des lits, places supplémentaires, plans « hôpital en tension »...), les établissements ont cherché, mais pas toujours réussi, à absorber le flux, grippé essentiellement par le manque de places d'hospitalisation en « aval » des urgences, analyse le syndicat.
Les patients se sont, comme chaque été, accumulés sur des brancards : parmi 58 services ayant réalisé des comptages, 43 % ont déclaré au moins 20 « patients-brancards » quotidiens, c'est-à-dire restés la nuit faute de places ailleurs.
La moitié des répondants ont eu au moins un patient resté en attente 48 heures ou plus. Dans 32 structures, cette durée maximale d'attente a atteint, voire dépassé trois jours.
Plus de 35°C dans les services
Vingt-six structures ont, elles, déclaré « au moins un décès » de patient « pris en charge ou en attente sur un brancard ». L'enquête « ne permet pas de déterminer les causes » ni de « mesurer une éventuelle surmortalité », mais ces décès constituent « un signal », méritant « une investigation », plaide SUdF.
L'enquête de SUdF documente aussi le manque de climatisation, dénoncé tout l'été par les soignants : elle était « absente ou partielle » pour plus de la moitié des 143 professionnels interrogés, dont 21 ont travaillé sans « aucune climatisation ».
Parmi 35 structures ayant réalisé des relevés, la moitié ont enregistré 32 degrés ou plus, avec, pour certaines, des pics supérieurs à 38 °C, « un véritable facteur d'aggravation » pour les malades, selon les représentants d'urgentistes.
Crises simultanées
La quasi-totalité des Samu ont aussi peiné - souvent ou ponctuellement - à trouver des ambulanciers privés disponibles, et parfois des véhicules de pompiers, souligne SUdF, qui réclame « un renforcement des capacités et du maillage ».
Vingt-trois structures ont même enregistré « un événement indésirable grave » (pouvant provoquer le décès ou des séquelles) associé à des difficultés de transport, observe SUdF, même si ce baromètre ne peut pas « établir de lien de causalité ».
Les feux de forêt « ont ajouté une pression supplémentaire » dans les zones touchées, et dans les dizaines d'établissements ayant envoyé des renforts.
Cet été a imposé une « nouvelle réalité » : la gestion de « plusieurs crises en simultané » sur fond « de tensions permanentes », note le syndicat. Ce « choc » révèle, « une fois de plus », les « fragilités chroniques du système » et « l’urgence de conduire des changements profonds », plaide-t-il.
Outre les mesures d'organisation internes aux services, « le principal goulot d’étranglement » est bien le manque de lits dans « l’ensemble de l’hôpital », conclut-il.
Un rapport remis cet été au gouvernement pointait aussi le manque de « solutions d'aval » pour les malades (lits d'hospitalisation, en Ehpad...), jugeant le système de santé « inadapté » au vieillissement de la population.
Avec AFP
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