Bernard Accoyer : « Je n’avais pas la vocation »

Médecins en politique, épisode 3

Dans la série des médecins en politique, je demande le plus titré. Le Dr Bernard Accoyer, ancien président de l’Assemblée nationale, a été le quatrième personnage de l’Etat. Il a reçu What’s up Doc au Palais Bourbon.

La poignée de main est cordiale, le sourire permanent et le propos vif. Le doute n’est pas permis : c’est un vieux routier de la politique qui reçoit What’s up Doc dans son beau bureau de l’Assemblée nationale. Le Dr Bernard Accoyer siège au Palais Bourbon depuis 23 ans, et il s’y trouve comme à la maison.

Cet ORL haut-savoyard a même présidé la chambre basse du Parlement entre 2007 et 2012. C’est une fonction prestigieuse : celui qui l’occupe est le quatrième personnage de l’Etat. Quand Bernard Accoyer en parle, il dresse fièrement quatre doigts de sa main droite. On sent que c’est important pour lui.

« Je suis le premier médecin à avoir occupé le perchoir », insiste-t-il. « La presse professionnelle n’en a pas trop parlé, à l’époque. »  C’était pourtant un événement. Et pour en arriver là, Bernard Accoyer a dû travailler « comme un fou », selon ses propres termes.

Si tu ne viens pas à la médecine, la médecine vient à toi

Petit flash-back. Adolescent, il veut devenir designer. Ou expert-comptable. « Je n’avais pas la vocation », s’excuse-t-il presque aujourd’hui. Mais son beau-frère lui conseille de faire médecine. Il devient donc carabin, et c'est la révélation. « C’est le plus beau métier du monde », affirme-t-il. Tout à ses souvenirs, le député ne semble pas se rendre compte de la banalité de son propos. Mais il est visiblement sincère.

Jeune interne, Bernard Accoyer se verrait bien ophtalmo, mais les postes sont rares. Il tente donc d’emprunter des chemins de traverse, et choisit des stages d’ORL. « Je me disais que ça me permettrait de bien connaître l’anatomie autour de l’orbite », se souvient-t-il. « Finalement, j’ai été séduit par cette spécialité ». Il publie, notamment sur les implants cochléaires, s’installe en clinique mais garde une activité à l’hôpital. Et ne touche pas à la politique jusqu’en 1981.

Si tu ne viens pas à la politique, la politique vient à toi

« Je suis issu d’une famille gaulliste, et j’avais très peur du communisme », raconte-t-il. « Quand j’ai vu arriver la gauche, je me suis dit que le pays allait souffrir. J’ai donc pris une carte au RPR, qui me semblait être le mouvement politique le plus organisé pour résister au collectivisme ».

Au début, il est accaparé par ses patients et se contente de vivre son engagement politique de loin. Puis Pierre Mazeaud, député de Haute-Savoie qui deviendra par la suite président du Conseil constitutionnel, l’engage à s’impliquer davantage. « Il est venu me chercher parce que je connaissais énormément de monde », explique l’ORL.

On peut être député et avoir de bonnes lectures…

Au début, il n’est pas vraiment enchanté cette proposition. « Ca me cassait les pieds, j’avais une activité pas possible », se souvient Bernard Accoyer. Il accepte tout de même, conquiert la mairie d’Annecy-le-Vieux en 1989 et devient député de Haute-Savoie quatre ans plus tard. Deux mandats qu’il a conservés sans interruption depuis lors.

Go Fillon, go !

Pendant toutes ces années à l’Assemblée, Bernard Accoyer a tenu à conserver une activité médicale. Mais par la force des choses, il s’est progressivement éloigné de son métier d’origine. « J’ai décroché ma plaque en 2007, quand je suis devenu président de l’Assemblée nationale », explique-t-il. « Ce n’était plus possible de continuer. »

S’il n’exerce plus, le député s’intéresse toujours au secteur de la santé. Il est notamment intarissable sur ce qu’il appelle « le déclassement de la médecine française. » Rien ne l’irrite davantage que les conditions matérielles dans lesquelles doivent exercer les médecins aujourd’hui.

A 71 ans, Bernard Accoyer a sa carrière médicale derrière lui. Mais sa carrière politique ? Cela reste à voir. Dans la course à l’investiture à droite, il soutient François Fillon. « J’ai apporté ma contribution partielle à son programme santé », indique-t-il modestement. Interrogé sur une possible candidature aux législatives de 2017, il cite le cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. » Avant d’ajouter rapidement : « Mais j’ai l’investiture ! »

Lorgne-t-il sur un éventuel maroquin ministériel, qu’il n’a pour l’instant jamais obtenu ? Il restera muet.

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Des propositions pour la santé

Avec le Pr Jean-Michel Dubernard, rencontré lors de son internat, Bernard Accoyer a tout récemment publié des Propositions pour l’avenir de notre système de santé. Le but ? Faire de la santé l’un des grands thèmes de l’élection présidentielle. Ce document en appelle notamment à plus de coopération entre les différents secteurs. « Je considère que nous devons mieux coordonner la médecine de ville, l’hospitalisation publique et l’hospitalisation privée », explique le député. Il s’en prend notamment aux Groupements hospitaliers de territoire (GHT) institués par la majorité actuelle. « Ils méconnaissent l’hospitalisation privée, c’est tout à fait dogmatique : le service public de l’hospitalisation est assuré par les établissements publics tout autant que par les établissements privés. »

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What’s up Doc a entamé une série de portraits sur les médecins en politique.

-          Pour lire le premier épisode sur Bernard Jomier, généraliste et adjoint écolo à la maire de Paris, c’est par ici.
-          Pour lire deuxième épisode sur Jacqueline Fraysse, cardiologue et députée Front de gauche, c’est par là.

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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