Artemisia : remède ou fakemed ?

L'Académie nationale de médecine vient d’alerter sur les dangers de l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia pour traiter le paludisme. N’en déplaise à Juliette Binoche et Cédric Villani. 

Difficile d’y voir clair dans cette histoire, de séparer le bon grain de l'ivraie.

Côté pile : l'Académie nationale de médecine met en garde contre les « dangers immédiats de l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia pour le traitement et la prévention du paludisme », dans un communiqué publié le 19 février. Selon les sages, l'artémisinine, la substance active issue de l'Artemisia annua, est recommandée pour traiter le paludisme, mais il « doit toujours être associé à un autre antipaludique d’action plus prolongée (CTA) afin de parachever le traitement et d’entraver la sélection de résistance ». L'utilisation de cette plante seule n'aurait donc aucune garantie d'efficacité.

Côté face : l’association française « La maison de l’Artemisia » et ses personnalités médiatiques (Juliette Binoche et Cédric Villani en tête de gondole) militent pour traiter les malades avec des tisanes ou des capsules de feuilles séchées d’Artemisia annua. Leur exposition s’amplifierait depuis le début du mois de novembre, selon l'Académie nationale de médecine. Audition à l’Assemblée nationale, publications dans la presse (Le Monde 24/04/2018, L’Obs 9/10/2018, Paris Match 06/11/2018, Le Figaro 23/11/2018, La Croix 17/12/2018…)…

Avec, parfois, aussi, la complicité de grandes chaînes de télévision. A l’image de France Ô qui évoquait l’affaire dans le cadre d’une émission dédiée au business des médicaments diffusée le 20 février. L’un des reportages est présenté de la manière suivante : « L'Artemisia annua est une plante venue de Chine, qui est interdite en France et en Belgique, sous la pression des laboratoires pharmaceutiques et de l'Organisation mondiale de la santé. » Les médicaments à base d’artémisinine ne seraient pas jugés pas assez rentables par les labos.

Arte s'en donne à cœur joie

Arte s’en est également donné à cœur joie il y a quelques mois en invitant dans une émission Lucile Cornet Vernet, vice-présidente de « La maison de l’Artemisia » et auteur d’un livre sur le sujet. La chaîne a ensuite relayé sur son compte Twitter le message suivant : « L’#artemisia est une plante naturelle qui se boit en tisane. Elle pourrait aider 3,3 milliards de personnes sur Terre à lutter contre le #paludisme... Mais reste interdite en France ! » Ce qui a jeté de l’huile sur le feu sur la twittosphère.

Selon l'Académie nationale de médecine, ces discours s’appuient sur des expérimentations d’une biologiste américaine, Pamela Weathers, qui a testé la plante chez des rongeurs et tenté d’identifier et de doser des composés autres que l’artémisinine présents dans les Artemisia. Un essai contrôlé chez l’homme a aussi été publié en décembre dernier dans une revue spécialisée de phytothérapie. Réalisée en 2015 dans cinq bourgades de République Démocratique du Congo, l’étude compare l’efficacité d’une tisane d’Artemisia consommée pendant sept jours au traitement par l’artésunate-amodiaquine (ASAQ), un CTA recommandé en RDC, pendant 3 jours.

Or, taclent les sages, « malgré un évident lien d’intérêts et de nombreuses insuffisances méthodologiques qui auraient dû entraîner un rejet de l’article par les relecteurs, les auteurs proclament la supériorité de la tisane d’Artemisia sur le CTA en utilisant trois critères : disparition de la fièvre, de la parasitémie et taux d’échecs entre J21 et J28 qui atteint le niveau invraisemblablement élevé de 65,6% dans le bras ASAQ, aucun test n’étant effectué pour différencier les rechutes (vrais échecs) des réinvasions. »

Et d’ajouter que « la consommation d’Artemisia seule pendant 7 jours, par des litres de tisane de composition incertaine, expose les jeunes enfants (<5 ans) impaludés à un risque élevé d’accès pernicieux ». Cette monothérapie favoriserait aussi l’émergence de souches de P. falciparum résistantes. Cerise sur le gâteau : l’OMS et l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) ont affiché des « positions fermes » (hostiles à l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia) sur cette question.

Enfin, l'Académie nationale de médecine met en garde « les autorités de santé, les populations des zones de transmission du paludisme, les voyageurs séjournant dans ces pays, face aux recommandations scientifiquement incertaines et irresponsables pour l’utilisation de cette phytothérapie, dangereuse pour l’avenir de la lutte antipaludique. » Avant d’exiger que « cesse une campagne de promotion organisée par des personnalités peut-être bien intentionnées mais incompétentes en paludologie ».

Un coup d’œil au compte Twitter de Cédric Villani permet de rendre compte que sa « campagne de promotion » s’est arrêtée le 14 novembre dernier, le lendemain de la projection du documentaire "Malaria business". L’homme politique écrivait d’ailleurs : « On finira par l'avoir ce putain de #moustique !! »

Le mathématicien est depuis passé à d’autres combats qui semblent revêtir une haute importance à ses yeux. Comme par exemple, sauver le journal L’Humanité...

Source: 

Avec AFP.

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