49% des médecins ont eu mal à leur éthique, pendant l'épidémie de Covid19

C'est une enquête originale et nécessaire que vient de publier l'éditeur américain Newsmed, qui porte sur l'éthique et les médecins en France pendant l'épidémie de Covid19. 

L’épidémie de Covid19, dans sa soudaineté et l’impréparation du corps médical français, a  pu poser des problèmes d’éthique, que Newsmed s’est empressé d’explorer, dans une enquête inédite publiée ce jour. Les médecins y participant sont inscrits sur le site d’informations medscape édition française et ont répondu à un sondage entre les 16 avril et 19 mai dernier. En tout et pour tout, 470 témoignages ont été reçus et les données de 336 médecins vivant en France sont passés au tamis de newsmed. 51% de l’ensemble de ces médecins ont soigné des patients covid19, une proportion qui monte à 61% chez les médecins généralistes. 41% de ces médecins n’avaient pas d’équipements de protection. Chez les MG, ce sont 57% d’entre eux qui n’étaient pas protégés. 19% des médecins ont prescrit des médicaments hors AMM, et dans 75% des cas il s’agissait d’hydoxychloroquine/chloroquine avec ou sans azithromycine. Aussi lorsqu’on leur demande s’il faut accélérer les processus d’autorisation des médicaments, les « médecins sont très partagés » : 49% sont pour, 38% sont contre et 13% ne se prononcent pas. Autre enseignement : près d’un médecin sur 10 a exagéré pour ses patients leurs facteurs de risques cliniques sous-jacents afin de leur obtenir un test PCR, mais seuls 3% l’ont fait pour eux.
Pour ce qui concerne les ressources humaines, 41% des répondants ont estimé que les soignants (non spécialisés, retraités, étudiants en médecine, etc.) n’étaient pas suffisamment formés. Un généraliste dénonce « la gestion catastrophique des ressources médicales, de nombreux praticiens en activité se retrouvant au chômage technique, pendant qu’on demandait à des retraités, voire des étudiants et du personnel non formé, à aller dans les services techniques de réa, ce qui constitue une perte de chance pour certains patients »

Euthanasie active

Enfin 49% des répondants affirment avoir rencontré des problèmes éthiques. Les médecins ont regretté les problèmes d’accès aux soins, la saturation des lits,  dans les services de réanimation. Un urgentiste va même jusqu’à décrire « la sensation de pratiquer une euthanasie active dans une situation très traumatisante ». Aussi le « retard de prise en charge des patients non covid » est est un des éléments qui a le plus préoccupé les médecins, en particulier en oncologie. D’autres problèmes éthiques se sont posés, comme le manque de matériel, en particulier en matière de tests : « Ne pas pouvoir tester tous les patients suspects de Covid » ou faire face à des refus « de service pour tester ses patients », a été une source d’inquiétude pour les médecins.
Le secret médical vis-à-vis du statut viral des patients a aussi été l’objet de pressions. Ainsi des résultats de tests ont été transmis à des administratifs ne concourant pas à la prise en charge du patient. D’autres médecins évoquent la pression des employeurs pour divulguer le nom des patients atteints de SarsCov2. Suivre des directives avec lesquelles ils étaient en désaccord ou suivre des « recommandations qui évoluent de jour en jour » a été pour les médecins une grande source de frustration. Si 70% des médecins répondants sont fiers d’avoir participé à la prise en charge de la pandémie, ils invitent aussi à la modestie : « Nous faisons notre travail comme toujours », résume un chirurgien. Un anesthésiste se dit « dégouté des débats des médecins sur la prise en charge médicamenteuse, qui fait remettre en question la confiance dans la médecine par les patients ».  

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