Urgentistes, participez au No Bed Challenge

Il suffit de savoir compter

Samu-Urgences de France a lancé une initiative visant à alerter l’opinion publique et les décideurs politiques sur l’état des Urgences en France. Chaque matin, un décompte des patients qui ont dormi sur des brancards est réalisé. Relevé du jour : 305. Et il est loin d’être exhaustif.

Les urgentistes sont à bout de souffle, des mouvements de grève germent dans les hôpitaux aux quatre coins de la France, des patients meurent avant d’avoir été pris en charge, d’autres sont traités à la va-vite, faute de pouvoir faire autrement… Bref, les Urgences craquent.

Dans de nombreux services, les brancards jalonnent les couloirs, occupés par des patients en attente, dans des situations médicales plus ou moins graves. Souvent, ils y passent la nuit. Pour faire comprendre l’état de tension dans lequel se trouvent les services, Samu-Urgences de France (SUdF) a lancé une initiative intéressante : le No Bed Challenge.

Un indicateur simple

Chaque jour, la page de SUdF qui y est consacrée rapporte le nombre de patients qui ont passé la nuit sur un brancard dans la France entière. Chaque jour et chaque semaine, des classements sont réalisés, pointant les Urgences les plus et les moins surchargées. Au grand dam de quelques cadres hospitaliers, comme l’explique dans le Quotidien du Médecin le Dr François Braun, président du SUdF. Il mentionne des « menaces de certaines directions sur les personnels ».

L’initiative est intéressante à plusieurs égards. Dans un premier temps, elle permet d’alerter : elle met en lumière la constance de la surcharge, que le grand public et les responsables politiques et hospitaliers ne pourront plus ignorer. Au niveau local, les classements pourraient également faire réagir des directions inquiètes de la réputation de leur établissement. Elle permettra ensuite, si elle s’inscrit dans la durée, de mettre en place un indicateur simple de l’état de saturation des services d’Urgences.

Trop de bad

SUdF a lancé l’opération le 12 janvier dernier. Le No Bed Challenge fonctionne de la manière suivante : les médecins responsables d’une structure d’Urgence sont invités à se connecter une première fois (avec leurs identifiants BOW) afin d’associer leur structure au projet. Ensuite, chaque jour avant 10 heures, les services sont invités à relever le nombre de patients qui sont restés sur des brancards la nuit, faute de lit d’hospitalisation. Au moment de la relève, un médecin du service peut se connecter pour le renseigner.

Ces données sont traduites sur une échelle de couleurs allant du vert pour aucun patient-brancard, au noir pour plus de huit. En plus de ce code et des classements journaliers et hebdomadaires, le No Bed Challenge décerne le « Bad de la semaine », le « Bad du mois » aux deux pires établissements, ainsi que le « Gagnant de la semaine » et le « Gagnant du mois » aux deux meilleurs élèves. Les classements hebdo et mensuel reposent sur le ratio lits-brancards/nombre de boxs de soins.

Bourges au sommet

Ce mardi 13 janvier, 305 patients ont passé la nuit sur un brancard, d’après les données recueillies sur toute la France. L’Hôpital nord de Grenoble (38), le CH Robert Ballanger d’Aulnay-sous-Bois (93) et le CHU de Strasbourg (67) composent le podium des services d’Urgence les plus surchargés du jour.

Pour la semaine, le CH Jacques Coeur de Bourges (18), l’Hôpital Charles Nicolle de Rouen (76) et le CHU de Limoges (87) décrochent la timbale. Bourges est décidément à l’honneur : il est également détenteur du Bad du mois.

17 000 patients-brancards en 2018

Dans un communiqué publié le 9 mars, SUdF annonçait que plus de 15 000 patients avaient passé une nuit sur un brancard des Urgences depuis le début de l’année (17 218 au 13 mars, pour être précis). « La surcharge des Urgences par manque de possibilité d'hospitalisation est clairement identifiée », rappelle l’association, qui ajoute que les solutions sont pourtant identifiées. « Trop nombreux sont encore les hôpitaux qui ne peuvent ou ne veulent pas mettre en place ces solutions. Les conséquences pour les patients sont dramatiques lorsque l'on sait que cette surcharge entraîne une augmentation de la mortalité de 9 % pour tous les patients et de 30 % pour les patients les plus graves ».

François Braun s'étonne encore du manque d'adhésion. Pour l’instant, seulement une centaine d’établissements sur les plus de 600 participent. Et encore, pas de manière continue. « On essaie d’être des lanceurs d’alerte, mais on a le sentiment de prêcher dans le désert », explique-t-il dans le QDM.

Faisons un calcul à la louche rapporté à l’ensemble des services d'Urgence : 17 000 x 6, cela ferait 102 000 patients-brancards en deux mois et demi, sans compter ceux qui ne participent que de manière ponctuelle. Tout de suite, le problème est plus évident...

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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