Triche à la fac de Versailles : « Quand une majorité de la promo a 20, ce n’est pas possible »

En 2e année de médecine de l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, la majorité des étudiants d'une promotion sont suspectés de triche massive et organisée. Entretien avec le doyen, Pr Djillali Annane. 

Les épreuves de 2e année de médecine à l’Université de Versailles ont amené leur lot de surprises. Mais cette fois, ce n’était pas pour les étudiants. « Nous avons constaté la semaine dernière, une fraude massive dans le cadre d’épreuves organisées en distanciel », nous explique le doyen Pr Djillali Annane.

A priori, une très grande majorité de la promotion est concernée par cette fraude. « Une enquête interne est en cours. Elle permettra de savoir combien d’étudiants sont concernés. On a également déposé une plainte, la police fera la part des choses. Une chose est sûre, cette fraude a été organisée pour qu’elle soit aussi massive et importante, l’enquête permettra d’en comprendre les détails », poursuit le doyen.

Les soupçons ont été immédiats dès les premières corrections. Ce qui a mis la puce à l’oreille des correcteurs ? Des notes bien trop élevées pour des épreuves de ce type. « Quand une majorité de la promo a 20, qu’il y a des clusters géants d’erreurs, statistiquement ce n’est pas possible. Les notes étaient invraisemblablement trop élevées, chaque enseignant séparément en a fait la remarque. »

« Lorsque l’on fraude à un examen, c’est le patient qu’on trahit »

Une première dans cette université. « On était surpris et déçus surtout. Non pas qu’il y ait eu de la fraude mais qu’elle soit planifiée, organisée. C’est toute la singularité de ce qui s’est passé. » Les conséquences ont été immédiates. « Cela a entrainé l’annulation et le report de toutes les épreuves qui seront organisées en présentiel, à une date ultérieure, pour mettre en place des mesures de sécurité pour prévenir la fraude. »

« Les coupables seront identifiés et les sanctions seront prises, il n’y aura aucune complaisance. Elles sont décidées par une commission de discipline, qui dispose de textes règlementaires et peuvent aller de la relaxe si la fraude n’est pas avérée jusqu’au blame ou l’exclusion définitive. »

Et pour les étudiants qui n’ont pas fraudé ? « Ils sont victimes de ceux qui l’ont fait. Il n’y avait plus d’équité dans la notation. Si on a 10 alors que tout le monde a 19, on a intérêt à ce que l’épreuve soit refaite pour éviter d’être mal évalué. »

Djillali Annane rappelle également qu’au-delà d’une note ou d’un examen réussi, les études de médecine sont là pour former… des médecins. « Les évaluations visent à apprécier leurs acquis en matière de connaissances et ces acquis permettent de les préparer à exercer un métier dans lequel des gens confient leur vie et leur santé à des professionnels. Lorsque l’on fraude à un examen, que l’on cherche à échapper à l’évaluation de ces compétences, c’est le patient qu’on trahit. La faculté de médecine est là pour préparer les étudiants à un métier dont la base est la transparence et la confiance. »

Portrait de Constance Maria

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