Terres Australes et Antarctiques Francaises : Isolement extrême garanti

Qui l'eut cru ? Du Taf aux TAAF, c'est possible en tant que toubib !

À quelques encablures de la fin du monde, la France possède des territoires âprement défendus contre vents et marées. Les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) regroupent plusieurs îles et une étendue glacée du pôle Sud parmi les plus préservées du monde.

Chaque année, 120 « hivernants », scientifiques pour la plupart, viennent travailler sur 4 districts : Kerguelen, Crozet, Saint-Paulet- Amsterdam, et la Terre Adélie (en antarctique). Pour veiller à leur santé et contribuer à l’activité de recherche biologique, 5 médecins sont répartis sur l’ensemble du territoire.

Isolement garanti pour l’équipe médicale qui est affectée sur chacun des districts. Très précisément, 4 seniors urgentistes ou généralistes, avec un minimum d’expérience d’urgence, assurent cette veille médicale. L’effectif se renforce de 2 juniors, de fin d’internat de médecine générale. Enfin, la station Concordia, située sur le plateau antarctique, compte aussi un médecin de profil plutôt « recherche » particulièrement engagé dans les travaux scientifiques. Il y a là, sans nul doute, pour ceux d’entre nous qui cherchent une expérience en conditions extrêmes, en quasi-indépendance, des sensations fortes au-delà de toute imagination. Les médecins « hivernants » sont essentiellement recrutés au sein du Service de santé des armées, mais les postes sont aujourd’hui ouverts au civil et chacun d’entre nous peut être candidat s’il en a le niveau et la volonté.

L’antenne parisienne des Taaf abrite le « QG » avec Claude Bachelard, en médecin-chef, responsable des missions (lire l’article « Adresses & Liens utiles pour partir dans les îles »). Avant de partir près des élevages de moutons, des usines baleinières de Kerguelen ou de la conserverie de langoustes de Saint-Paul, le passage par une formation en métropole est obligatoire pour une durée de 3 mois. Après quoi, c’est un exil de 12 mois, sans communication ou presque.

Les bases sont desservies par mer, avec le Marion-Dufresne, au départ de La Réunion vers les 3 districts austraux, et avec L’Astrolabe, depuis Hobart en Australie, vers le district antarctique de Terre Adélie. Cet éloignement implique la mise en place par l’administration des Taaf de chaînes logistiques complexes et de soins de premiers secours dont nous sommes un maillon indispensable sachant que les Evasan sont très rares et compliquées à réaliser.

Pour comprendre, il faut savoir qu’il y a en moyenne 4 Evasan par an (1 en urgence et les autres différées). Mais il est impossible d’évacuer pendant les 8 mois d’hiver en ce qui concerne la Terre Adélie et Concordia ! Et il faut compter 10 à 15 jours pour les autres sites, sans jamais de possibilité d’Evasan par voie aérienne. Ça calme, non ?

Évidemment, pour s’engager il faut montrer patte blanche et avoir le profil requis. En dehors de l’aspect technique d’urgence, il faut des qualités humaines d’écoute et d’empathie (indispensables), avec une grande maîtrise de soi en cas de situation difficile. Les urgences vitales sont rares mais l’environnement nous laisse face à nous-mêmes avant de pouvoir bénéficier d’une assistance et d’un transfert. Même si la télémédecine offre plus de recours qu’auparavant, cela reste une situation d’exercice particulièrement isolée. Un goût prononcé pour la logistique médicale et l’organisation matérielle des soins est donc très recommandé. Il est de plus préférable d’être intéressé par la technologie biomédicale et la recherche en biologie humaine. Et tout ça, en anglais, bien sûr…

Bref, ce n’est pas le profil de tout le monde, mais pour qui veut vivre des sensations fortes, la mise à niveau ne devrait pas être un problème.

C’est le ministère de la Défense, lui-même, qui nous recrute pour les expéditions, en tant qu’officiers sous contrat ou officiers commissionnés du Service de santé des armées pour une durée de 18 à 20 mois, comprenant le stage préparatoire, le séjour sur le terrain et les congés qui en résultent.

La rémunération est à la hauteur de l’effort. Seulement 2 250 €/mois en moyenne en métropole, mais, à multiplier cela par 2,6 pendant les missions… nourri, logé, blanchi !

Alors, à qui le tour ?

Portrait de La rédaction
article du WUD 8

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