Simuler pour améliorer l’empathie, ou bien simuler l’empathie ?

Voici de quoi relancer le débat sur l’enseignement du « savoir-être » et l’intérêt de l’empathie*, si ce n’est sincère, du moins correctement feinte… plusieurs simulateurs de type avatars dans un environnement virtuel ont été créés pour développer cette dernière, de même que les capacités de communication, chez les professionnels de santé.

Faut-il être empathique pour être un « bon » médecin ? C’est probablement vrai pour certaines spécialités, moins pour d’autres… Une étude1 sur ce brûlant sujet, conduite par une équipe de l’université de Wollongong en Australie, a montré que dans la formation médicale, les techniques permettant d’augmenter les comportements empathiques faisaient paraître les étudiants plus compétents, aux yeux des patients mais aussi des examinateurs. Les auteurs concluent, avec une certaine inquiétude, que cela soulève le problème de l’authenticité de l’empathie : les étudiants pourraient juger qu’il est payant de feindre l’empathie à défaut d’en éprouver réellement…

La réalité virtuelle pour susciter l’empathie ?

Mais comment faire pour développer son empathie ? La simulation, qui a réponse à tout, commence à être utilisée dans ce but. Un simulateur d’empathie, destiné initialement aux étudiants en orthophonie, a été développé par le Dr Janet Beilby et son équipe de l’université Curtin en Australie (les Australiens sont décidément passionnés par ce sujet), en partenariat avec l’université George-Washington aux États-Unis. L’objectif : développer les capacités de communication et d’empathie envers les patients, notamment les personnes âgées atteintes de démence.

Jim (en illustration) est un avatar doté d’une cinquantaine d’expressions verbales et non verbales. Ses réponses sont pilotées par un facilitateur placé derrière une vitre sans tain, et adaptées au comportement de l’étudiant qui interagit avec lui, à voix haute. Jim a les traits et la personnalité d’un vieux fermier atteint d’une démence modérée, vivant à domicile avec son épouse Moira. L’interaction est filmée, et donne lieu à un débriefing.

Pour évaluer son simulateur, l’équipe australienne a réparti aléatoirement une soixantaine d’étudiants sur 3 ateliers de 30 minutes, autour d’une conversation avec une personne âgée en maison de retraite médicalisée, un acteur âgé, et Jim. Les résultats2 montrent que les scores d’auto-évaluation des compétences de communication et de confiance en soi augmentent de manière similaire avec les 3 ateliers. Cependant, seuls les étudiants ayant été en relation avec la personne âgée en maison de retraite ont amélioré leur score d’empathie. Dans un avenir proche, Jim sera doté d’une intelligence artificielle, d’un logiciel de reconnaissance vocale, et il ira faire un séjour à l’hôpital pour enrichir les scénarios déjà proposés.

Améliorer ses compétences relationnelles

Si la réalité virtuelle ne peut pas faire naître l’empathie, du moins semble-t-elle efficace pour améliorer le savoir-être. L’entreprise Kognito, spécialisée dans la simulation en santé, a développé des environnements virtuels d’apprentissage conversationnel mettant en scène des avatars sous forme de serious-games. Leur plate-forme propose un large éventail de situations, avec des « missions » à accomplir : trouver la bonne approche pour annoncer une mauvaise nouvelle par exemple, ou encore amener l’avatar adolescent à parler de ses conduites addictives. Plusieurs études3 semblent valider cette démarche : amélioration statistique et pérenne des compétences, du comportement et de l’efficacité de communication, quelle que soit la population ciblée, suite à des entraînements sur des séquences de 10 minutes environ.

Et pour les réfractaires aux univers virtuels ?… Il reste une méthode IRL (In Real Life) qui permettrait – entre autres bienfaits – de développer sa compassion4 : la méditation en pleine conscience. Ommmmmm…

________________________________

Sources

1 Empathy is related to clinical competence in medical care. Ogle, J., Bushnell, J. A. & Caputi, P. (2013). Medical Education, 47 (8), 824-831.

2 Student self-reported communication skills, knowledge and confidence across standardised patient, virtual and traditional clinical learning environments. Michelle Quail, Shelley B. Brundage, Josh Spitalnick, Peter J. Allen and Janet Beilby. BMC Medical Education, 2016.

3 Harnessing the power of conversations with virtual humans to change health behaviors. Albright G., Adam C., Serri D., Bleeker S., Goldman R. mhealth 2016.

4 Does mindfulness decrease stress and foster empathy among nursing students? Beddoe AE, Murphy SO ; J. Nurs Educ. 2004

*Empathie :

- Compréhension des sentiments et des émotions d'un autre individu, voire, dans un sens plus général, de ses états non émotionnels, comme ses croyances. (Wikipédia)

- Faculté intuitive de se mettre à la place d'autrui, de percevoir ce qu'il ressent. (Larousse)

Portrait de Sarah Balfagon
article du WUD 33

Vous aimerez aussi

Grâce à une équipe de chirurgiens viscéraux de Poitiers, la simu chirurgicale passe au niveau supérieur avec des cadavres revascularisés et ventilés...
L’une des constantes de la simulation haute fidélité est que le mannequin ne meurt jamais. Mais ce principe est actuellement interrogé. Des...
La simulation numérique apporte de nouvelles solutions pour la formation, l’entraînement et la thérapeutique. Or, ces dispositifs utilisant des...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.