Rien Deneuve, docteur!

Critique de "Fête de famille", de Cédric Kahn (sortie le 4 septembre 2019).

Andréa est décidée à fêter paisiblement son anniversaire avec son mari, ses deux fils et leur famille. C'est sans compter sur l'irruption de Claire, sa fille issue d'un premier lit, décidée tout autant à régler ses comptes qu'à rattraper le temps perdu. Une réflexion intéressante sur le rôle de l'environnement dans la maladie psychique, ainsi que de l'enfant-symptôme dans le pseudo-équilibre familial. Dommage que le film soit si classique...

Il faudra le rappeler tout au long de cette critique, Fête de famille n'est pas un film nul. Il est même intéressant à plus d'un égard. Il est le reflet, également, d'un certain savoir-faire à la française. Peut-être trop, et c'est ce qui nous a dérangé. Le titre, d'abord, traduit une certaine paresse. Il correspond au sous-titre de l'inoubliable Festen qui, sur des thèmes assez proches, était aussi explosif qu'un baril de poudre, mais à côté duquel le film de Cédric Kahn ne fleure guère plus que la bougie parfumée. Dès la première scène, deux jolies têtes brunes poussent un portail à l'ancienne, comme s'ouvrirait un rideau. Il manque juste les trois coups, mais le spectacle commence néanmoins. Dans le genre comédie de caractères...

Voici donc la grand-mère, main de fer dans un gant de velours s’accrochant coûte que coûte au roman familial, auquel personne n'oserait apporter la moindre correction. Jouée par une Deneuve tellement à son aise et tellement conforme à ses derniers rôles qu'on en vient à regretter le froid mystère qui imprimait la plupart de ses films. Voici aussi ses deux fils, si dissemblables qu'on les croirait issus d'une fable de La Fontaine ou d'une pièce de Labiche. Au risque de la caricature... Ils sont bientôt rejoints par Claire, véritable détonateur qui donne au film son souffle, son intérêt aussi. Elle est jouée par une Emmanuelle Bercot terriblement attachante, habitant son personnage avec une sincérité qui nous rappelle que, mine de rien, elle est peut-être l'une de nos plus grandes actrices. Claire a toujours dérangé au sein de cette famille dont la solidité semble assurée avant tout par le rôle prédéfini que chacun, même elle, s'évertue à tenir. Alors, à chaque tentative de redistribution des cartes, la folie ne devient-elle pas un alibi pratique pour assurer la pérennité de la partie? Cédric Kahn illustre ce passionnant propos au travers d'une histoire qui tient la route et dont la part de non-dits est suffisamment dosée pour ne tomber ni dans l'alourdissement du propos ni dans la frustration de ne pas en savoir plus (quoique...). Là encore, tradition française: le scénario sans fausse note, sans faux pli. Sans surprise.

Ce qui gêne, finalement, est sans doute le procédé inutile et déjà vu que Cédric Kahn s'évertue à vouloir utiliser, cette propension à balancer de la mise en abîme cinématographique, ce qui finit par saturer le film. Le personnage joué par Vincent Macaigne a en effet décidé de planter sa caméra d'éternel cinéaste débutant au sein de cette famille dysfonctionnelle, ce qui ne manque pas de pimenter la journée et d'exacerber les réactions - ajoutons qu'excepté Deneuve, tous les acteurs principaux du film sont également cinéastes, ce qui n'est probablement pas une coïncidence. On est beaucoup trop proches du dispositif de Festen, à nouveau, et du Pardonnez-moi de Maïwenn (âme-soeur de Bercot) pour ne pas y voir de la facilité. Cette comparaison à son détriment a même tendance à faire ressortir les faiblesses du film. Et c'est bien dommage...

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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