"Nous ne voulons pas de cette appellation de praticien attaché en intégration"

Demain, 8 juillet, les représentants des Padhue (praticiens diplômés Hors Union européenne) seront reçus à la DGOS pour une concertation sur le décret concernant la création du statut de praticien attaché en integration (PAI). Une appellation rejetée par les principaux concernés. Le Dr Nefissa Lakhdara, membre du conseil d'administration du syndicat de Padhue SNPADHUE, nous explique pourquoi. 

What's up Doc. D’où vient cette appellation de praticien attaché en intégration ? 

Dr Nefissa Lakhdara. Praticien attaché en intégration (PAI) provient de la loi du 24 juillet 2019. L’article 70 prévoyait un statut pour des praticiens qui voudraient passer par la procédure transitoire, et les pouraient les amener à passer par une phase de consolidation. Ils ont donc créé ce statut et un projet de décret le détaille, dont nous allons discuter demain. 

WUD. Pouvez-vous nous préciser ce qu’est la période transitoire ? 

Dr N. L. On y rentre par dépôt de dossier selon des critères d’éligibilité et en suivant un passage en double commission régionale et nationale, pour les médecins, et un passage uniquement en nationale pour les chirurgiens dentistes, les pharmaciens et les sages-femmes. 

WUD. Après cet examen de dossier, on rentre en phase de consolidation ? 

Dr N. L. Pas forcément. Le dossier peut être rejeté. Si le dossier n’est pas rejeté, on peut les autoriser à exercer, ou alors ils rentrent en phase de consolidation. Donc actuellement, ils sont en train de préciser ce qu’est ce statut de PAI. 

WUD. Que pensez-vous de ce nouveau statut de PAI ? 

Dr N. L. Pour nous, l’appellation pose problème, nous la trouvons péjorative. En quoi consiste l’intégration ? S’il s’agit d’intégration sociale, les Padhue habitent en France,  Leurs enfants vont à l’école, ils connaissent les codes sociaux en France et les ont adoptés. Pour ce qui est de l’intégration professionnelle, ils travaillent tous, donc comment veut-on plus les intégrer ? L’appellation de « praticien associé » suffirait amplement. Nous serions alors amenés à travailler sous la coupe d’un médecin inscrit à l’ordre des médecins, qui peut être le chef de service, un autre praticien hospitalier, en attendant l’inscription à l’ordre. Un praticien de santé est un praticien, on pratique tous les sciences médicales, on ne comprend pas pourquoi on y ajoute cette notion d’intégration. Pourquoi aurait-on besoin de l’ajouter ? 

L’appellation de « praticien associé » suffirait amplement

WUD. Avez-vous fait part de vos griefs auprès de la DGOS ? 

Dr N. L. Nous avons reçu tout comme les autres syndicats le projet de décret. Nous avons en effet fait part de nos remarques auprès des autorités compétentes. Nous ne voulons pas de cette appellation, aucun Padhue ne l’accepte, et nous nous rendons à cette réunion du 8 juillet pour en discuter.  

WUD. Vous pensez que cette appellation est discriminatoire ? 

Dr N. L. Je pense en effet qu’elle sera discriminatoire et pour les patients et pour les praticiens. Le patient pourra fort bien se dire que la prise en charge n’est pas à la hauteur de ce qu’il attendait s’il est pris en charge par un PAI, ça risque de créer des tensions au sein du système de santé. 

WUD. Un nouveau statut de praticien contractuel a été proposé aux syndicats de médecins. Ne pensez-vous que l’on puisse fusionner le statut de praticien contractuel avec celui de PAI ? 

Dr N. L. Je ne pense pas que la DGOS en soit arrivée à ce niveau là de réflexion, car il s’agit de deux procédures différentes. Il faut que nous, padhue, puissions nous inscrire pour pouvoir prétendre au statut de praticien hospitalier contractuel. 

WUD. Le statut de PAI précède donc un éventuel statut de PHC ? 

Dr N. L. Oui c’est cela, si l’on désire travailler dans le public. Après l’obtention d’autorisation d’exercice, vous vous inscrivez à l’Ordre et ensuite vous embrassez la carrière quez vous souhaitez, vous pouvez travailler à l’hôpital comme en libéral. À l’hôpital en effet on peut être concerné par cette nouvelle procédure. 

WUD. La publication de ce décret est toujours prévu pour juillet ? 

Dr N. L. Oui, la publication de ce décret « stock » est prévu pour la mi-juillet au plus tard. On appelle stock les 5000 Padhue en attente de régularisation. 

WUD. Il y a d’autres procédures, pour les praticiens étrangers, afin d’accéder à l’autorisation d’exercice ?

Dr N. L. Les praticiens étrangers, pour obtenir leur autorisation d’exercice, peuvent passer un concours EVC (évaluation de vérification des connaissance) (liste A). Par cette voie, le nombre de postes accordés est extrêmement limité. Il existe une autre procédure (liste B), pour les réfugiés, les apatrides, les Français qui ont vécu à l’étranger ayant été rappélés par l’Etat français. 

WUD. Pourquoi les praticiens en « Stock » ne passeraient pas le concours de la liste A ? 

Dr N. L. Parce qu’il n’y a pas assez de poste offerts. Par exemple, en gynécologie cette année il y a eu 40 postes ouverts pour environ plusieurs centaines de gynécologues praticiens étrangers en attente d’autorisation d’exercice. Qui plus est on n’a pas le droit de concourir plus de quatre fois, et les candidats peuvent être recalés au 0,25e de point. Ce qui m’est arrivé par exemple. 

WUD. Actuellement les Padhue inscrits sur la liste Stock travaillent sous quel statut ? 

Dr N. L. Praticiens attachés associés, assistants associés, FFI, stagiaire associé, attaché de recherche clinique… Il y a de tout, pour travailler, les Padhue prennent n’importe quel statut pourvu qu’ils aient un contrat et qu’ils pratiquent leur métier. 

 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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