MSP VS hôpital : quand David parle à Goliath

Et ne gagne pas à tous les coups

Les maisons de santé ont encore du mal à créer des protocoles avec l’hôpital, malgré leurs projets de santé territoriaux et leur force de frappe supérieure à celle des praticiens isolés. Mais les choses pourraient changer.

Les médecins installés en ville en font parfois les frais : il n’est pas toujours évident de discuter avec l’hôpital. La peine s’applique aux médecins isolés comme aux cabinets de groupe, et les maisons de santé pluriprofessionnelles n’y échappent pas non plus . « Parce que c’est nouveau déjà », estime le Dr Anas Taha, généraliste en MSP à Sucy-en-Brie (Île-de-France). « Les structures ont l’habitude d’avoir leurs contacts, mais de là à formaliser des protocoles pluriprofessionnels avec d’autres structures, c’est plus compliqué ».

Les différents acteurs du système de santé ont encore du mal à intégrer les maisons de santé. « Lorsqu’on tente de travailler avec les hôpitaux, on se rend vite compte que les MSP sont des structures qui restent trop petites pour être des interlocuteurs qui en valent la peine », poursuit le généraliste. « Il y a plein d’autres structures et ils ne peuvent pas se permettre d’avoir un protocole ou un projet pour chacune ».

Écoute coco…

Les hôpitaux ont aussi leur propre fonctionnement à gérer, et des actes à réaliser pour satisfaire les exigences de la T2A. Les services de gériatrie insistent par exemple souvent pour que les patients de plus de 65 ans leur soient adressés pour un bilan – MMS, bilans cognitif et neuropsycho, pré-incontinence, urodynamique… « Nous, nos besoins sont plus de la télémédecine, dans le cadre des escarres par exemple », explique Anas Taha. « Un avis téléphonique peut nous suffire, mais à l’hôpital, on nous a dit clairement que ce n’était pas ce sur quoi ils aimeraient travailler ».

Travailler en lien étroit avec les hôpitaux, une fausse bonne idée ? Le généraliste francilien explique qu’il y a beaucoup de choses à faire, en première intention, avec les professionnels de secteur, avant d’imposer des relations avec les hôpitaux, même dans le cadre d’une rémunération au parcours de soins. Le risque, si des relations étaient formalisées, c’est de voir les hôpitaux imposer leurs règles en jouant sur l’asymétrie des rapports et la pression du conventionnement.

L’union fait la force

Une solution pour fluidifier les discussions : les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), créées par la Loi de modernisation du système de santé en 2016. La pierre angulaire de ces regroupements est le projet de santé territorial, autour des MG, des spécialistes, des sages-femmes, des odontologistes, des auxiliaires médicaux, des pharmaciens et d’autres acteurs médico-sociaux.

Les CPTS peuvent regrouper une centaine de professionnels de santé sur un territoire, et représenter un interlocuteur mieux armé pour l’hôpital. Elles pourraient faciliter les discussions directes avec les directions d’établissements, qui n’ont pas le temps de formaliser des protocoles avec chaque structure indépendante.

Pour leur donner encore plus de poids, elles se sont regroupées en fédération, sous l’impulsion de cinq syndicats représentatifs (CSMF, MG France, SML, Bloc et FMF). Le 18 janvier dernier, les mêmes ont proposé la création d’un comité d’interface syndical. « Celui ci a pour vocation d’ouvrir un dialogue permanent entre les acteurs de terrain qui sont les seuls gestionnaires de la FCPTS et les organisations représentatives qui auront en charge de négocier le moment venu avec les pouvoirs publics », ont expliqué les syndicats dans un communiqué commun. Le début d’une nouvelle ère ?

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

 

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