Michèle Rubirola : « On ne peut pas faire de la santé sans médecin »

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Michèle Rubirola, 63 ans, est la première femme à prendre la place de maire à Marseille. Un exploit pour cette médecin, après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin. Généraliste dans le centre de Marseille pendant vingt ans, elle s’est ensuite spécialisée en médecine de prévention, et exerçait dans les quartiers nord, où elle était responsable d’un programme d’éducation thérapeutique pour des malades chroniques au centre de prévention de la caisse primaire d’Assurance maladie. Entre deux rendez-vous, elle répond à What’s up doc.

What's Up Doc. Vous aviez la sécurité de l’emploi public, la sympathie de l’opinion publique… Et vous décidez de tout plaquer pour devenir maire de Marseille. Pourquoi ?

 
Michèle Rubirola. (Rires) Je me suis régalée pendant mes études de médecine. Puis, après, pendant l’exercice de mes fonctions de médecin. Pour autant, aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir été désignée à la tête de la ville de Marseille. Je suis surtout heureuse de faire partie d'un collectif. Parce que pour gérer une ville comme Marseille, il faut que l'on soit une sacrée équipe et robuste qui se retrouve autour des mêmes valeurs ! Mais être politique, ce n’est pas un métier, c’est une fonction temporaire. Ce qui me permet de ne pas devenir une professionnelle de la politique.
 

WUD. Est-ce que le fait d'être médecin va changer votre façon de gouverner la ville ?

 
M.R. Disons que je suis médecin et je serai présidente de l'AP-HM. Il est vrai que mes connaissances dans le domaine de la santé publique pourraient aider. Le précédent service de santé de la ville de Marseille était composé de personnes très compétentes qui ont mis en place des choses extraordinaires. Seulement, au fil des années, ces personnes ont laissé ce service s’effriter peu à peu. Les médecins qui y étaient sont tous partis à la retraite. Je vais donc m’atteler à remettre du médical au sein du service de santé parce que l'on ne peut pas faire de la santé sans médecin. Et on ne fait pas de la santé qu'avec des médecins.
 

WUD. Comment comptez-vous rendre les hôpitaux de l’AP-HM attractifs ?

 
M.R. Pour travailler sur un dossier comme celui-ci, j’ai rencontré le directeur de l’AP-HM [Jean-Olivier Arnaud] et c’est ensemble que l’on va avancer. Les pôles d’excellence vont être dotés de moyens pour être maintenus, que ce soit dans les quartiers nord ou dans le centre-ville. Au sein de l'hôpital public, il existe des praticiens d'excellence qui sont à la disposition de toutes et tous. Je vais aussi accompagner la rénovation des hôpitaux et permettre que tout le monde puisse travailler dans les meilleures conditions possibles. Mon soutien à l’hôpital public passe aussi par favoriser l’AP-HM plutôt que les cliniques privées qui se construisent.

Didier Raoult, je l'ai connue quand j'étais externe, il était mon interne

 

WUD. Ici, c’est aussi la ville du professeur Didier Raoult. C’est obligatoire d’être proche de lui quand on dirige Marseille ?

 
M.R. (Rires) Didier Raoult, je l'ai connue quand j'étais externe, il était mon interne dans un service de maladies infectieuses. Mais, ce n'est pas parce que je m'affiche avec Didier Raoult que je suis proche de lui et loin des autres. Il faut arrêter de dire que quand on discute avec l'un on ne discute pas avec l'autre. Il n'y a aucune division. J’en profite aussi pour rappeler que pendant la crise sanitaire, le personnel hospitalier de l’APHM a aussi relevé ses manches et s’est battu pour prendre en charge au mieux les Marseillaises et Marseillais. Mais regardez, au début il était le seul à prôner un dépistage massif. Qui peut dire aujourd’hui qu’il avait tort ? Après, il a mis en place un protocole thérapeutique, sur lequel je n'interviendrai pas puisque je ne suis plus médecin praticienne maintenant.
 

WUD. Pendant la campagne des municipales, un de vos vieux tweets est ressorti sur votre soutien aux professeurs Joyeux et Montagnier, deux antivaccins. On peut être antivaccin quand on a été médecin de famille ?

 
M.R. J'aimerais bien que l'on ne dise pas que je suis antivax parce que ce n'est pas le cas. En tant que médecin, je suis contre l'obligation vaccinale des onze vaccins dans les premiers mois de la vie. Ce qui n'est pas tout à fait pareil. Mes enfants sont vaccinés contre la méningite, contre la diphtérie. En revanche, ils n’auraient pas été vaccinés contre le pneumocoque à l'âge de deux - trois mois. C'est une maladie qui est grave quand on présente des facteurs de risques respiratoires comme des bronchites chroniques et quand on a un certain âge. C'est le côté obligatoire dès le plus jeune âge qui me pose un problème. Non le vaccin en lui-même. Et puis, j'ai toujours dit que l'obligation favorisait l'opposition.
 
 

Portrait de Elodie HERVE

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Fabrice, 31 ans, est chef de clinique en psychiatrie à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris.
Chirurgienne en chirurgie plastique reconstructive de l’oreille, Clinique Georges-Bizet, Paris.

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