‘Melody’, l’échographie de l’espace à la terre

La robotique, au service de la télémédecine a repoussé ses frontières. L’Agence spatiale européenne (ESA) a mis au point un système d’échographie pour le spatial permettant le télédiagnostic sur la Terre. Entretien avec Arnaud Runge, ingénieur santé à l’ESA.

Arnaud Runge est ingénieur santé à l’ESA, il y exerce depuis 17 ans. Alors qu’il hésitait entre un métier de pilote de ligne ou de médecine, il a trouvé ce cursus, comme une passerelle entre les deux mondes.

« Je venais de finir ma prépa l’année où une école d’ingénieur a ouvert à Besançon, en 2001. Ils proposaient quelque chose d’innovant, d’orienté spécifiquement en biomédical. L’école a été créée à la demande de médecins qui voyaient arriver des ingénieurs qui ne connaissaient pas le métier, ils avaient juste suivi un module sur les six derniers mois », se souvient Arnaud Runge.  

Au sein de l’Agence spatiale européenne, sa mission est multiple. « J’ai commencé au sein du directorat des vols habités, en 2003-04, pour gérer la sélection des expériences sur les campagnes de vol parabolique et la description des besoins en technologies biomédicales sur les missions spatiales. En clair, si on fait un vol vers la lune ou Mars, de quoi va-t-on avoir besoin ? On ne peut pas tout emmener dans le vaisseau. Le médical avance plus vite que nous, que doit-on prioriser pour développer des choses spécifiques. Ensuite je suis passé au directorat technique de l’ESA. Le travail est plus technique et consiste à développer de nouveaux prototypes et les tester. Enfin, il y a aussi un travail avec le centre européen des astronautes, nos utilisateurs finaux. Je collabore avec les équipes médicales : médecins de vols, kiné, préparateurs physiques etc afin de savoir ce dont ils ont besoin. »

Parmi ces besoins, celui d'un matériel d'échographie s'est fait sentir tôt. Et c'est comme ça qu'est né un projet novateur : Melody, un système qui permet de réaliser cet examen à distance (et pas des moindres). 

« L'ESA travaille sur la télé-échographie depuis que je suis sur les bancs de l’école, j’avais déjà vu passer les prémices de ce projet pendant mes cours de télémédecine. C’est intéressant, car dans l’espace, nous avons des capacités limitées, on ne peut pas amener une machine à rayon X pour le moment. On utilise donc particulièrement l’ultrason. Mais il n’y a pas forcément un médecin à bord. Que ce soit pour faire du clinique ou de la science, étudier la dynamique du cœur en microgravité, on perdait du temps pour avoir les bonnes informations. Melody permet de garder la technique de la maîtrise de la sonde mais reproduire le mouvement de la main du radiologue à bord de la station », détaille Arnaud Runge. 

© ESA 

« La première mission de Thomas Pesquet a fait office d’essai de cette technologie dans l'espace. A côté, une entreprise s’est créée, AdEchoTech, et ils ont conçu le système Mélody », poursuit l’ingénieur. « La seule contrainte est le temps de réponse. Avec une connexion internet par satellite, il y a un léger temps de latence, même s'il est très infime. Depuis une station spatiale ça passe très bien mais pour une mission sur la lune par exemple, le délai serait de 3-4 secondes. Encore jouable mais cela ne pourra pas marcher sur Mars et il faudra trouver de nouvelles solutions, qui vont plutôt dans le sens de l'autonomie de l'équipage. »

Dans un contexte plus terre à terre (littéralement), Melody permet également d’examiner à distance certains patients en pleine crise sanitaire. « On a cherché à montrer comment l’ultrason peut limiter les contaminations, ne pas exposer les soignants pendant les examens mais aussi limiter déplacements et le brassage des foules. »

Autre intérêt, « dans certaines régions isolées, comme en Ecosse, l’utilisation de l’écho à distance est intéressante pour permettre de les désenclaver. Idem pour les routes inondées, qui ne sont ainsi plus un problème. » Autrement dit, de la terre à l'espace, la télé-échographie a un bel avenir. 

Portrait de Constance Maria

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