Médecine générale : la formation, tremplin primordial vers l’installation

Une nouvelle enquête de l’Isnar-IMG évalue l’influence de la formation, notamment de certains stages ambulatoires, sur l’installation des futurs généralistes.

Hé mec, t’sais quoi ? Ya du scoop dans l’air ! Du neuf, du frais, du juteux qui vient d’sortir ! Non, non, j’te raconte pas des craques ! C’est du lourd, du fat ! L’Isnar-IMG (intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale) vient de publier une enquête (1) pour évaluer l’influence de la formation et notamment de certains stages ambulatoires sur l’installation des futurs généralistes.
 
Trop d’la bombe ! Et alors, elle dit quoi c’t’enquête ? Tout d’abord que le nombre de médecins généralistes diminue d’année en année et que le creux démographique devrait s’accroître jusqu’en 2040, selon la Drees qui annonce néanmoins que le nombre de médecins généralistes augmentera progressivement à partir de 2025 (2).
 
C’est la raison pour laquelle « l’installation des jeunes généralistes et leur répartition dans les territoires est donc un enjeu majeur pour l’accès aux soins », estime l’Isnar-IMG qui pense que des solutions existent pour inciter la nouvelle génération de médecins à s’installer durablement dans tous les territoires. Des solutions qui ne vont pas dans le sens d’une suppression de la liberté d’installation, précise l’intersyndicale qui rappelle que les mesures coercitives en Allemagne, au Royaume-Uni ou au Canada ont été inefficaces selon les études sur le sujet.

Ouvrir la formation à l’ensemble des territoires

Que faire alors ? Pour le syndicat, il paraît fondamental d’ouvrir la formation des futurs généralistes à l’ensemble des territoires, afin de les accompagner dans la construction d’un projet professionnel.
 
En effet, 82% des internes en cours de DES et des jeunes généralistes non thésés se disent prêts à s’installer en médecine générale ambulatoire. mais il existe des freins à l’installation : méconnaissance des aides à l’installation, crainte des démarches administratives, appréhension de la gestion d’un cabinet… D’où l’importance de la formation et de « la découverte des exercices et des spécificités de la médecine générale ambulatoire pendant les stages réalisés au cours du DES », soutient l’Isnar-IMG.
 
Et d’évoquer les stages ambulatoires qui sont une porte d’entrée dans la pratique ambulatoire (le plus souvent libérale) pour une majorité des étudiants en médecine. Or, si de plus en plus d’étudiants de deuxième cycle peuvent réaliser le stage de médecine générale, « près d’un étudiant sur trois ne découvre la médecine générale ambulatoire qu’au bout de la 6e année des études médicales, lors de leur stage praticien niveau 1 », constate le syndicat qui plaide pour le développement de l’accueil des étudiants de deuxième cycle et milite pour que tous les étudiants puissent réaliser ce stage.

Saspas comment ? 

Quant au Saspas (stage d’autonomie supervisée), il contribue quant à lui à « une réelle mise en autonomie face au patient dans un exercice ambulatoire mais également dans l’exercice libéral le plus souvent », estime le syndicat qui en conclut qu’il permet de construire un projet professionnel.
 
Les chiffres de l’enquête sont en effet assez éloquents : 90 % des internes en cours de DES qui ont réalisé un Saspas projettent de s’installer. Tandis que près d’un jeune généraliste sur trois installé a réalisé un Saspas au cours de sa formation.
 
Conclusion : la réalisation d’un Saspas « participe activement à la construction de projet d’installation en médecine générale ambulatoire et s’accompagne concrètement de significativement plus d’installation », considère l’enquête.

Comment accélérer l'installation ?

L’installation est également plus rapide pour les jeunes médecins qui ont réalisé un Saspas. Les résultats de l’enquête montrent en effet que près de 75% des jeunes généralistes installés dans les moins de 14 mois avaient réalisé au moins un Saspas. Mais aussi que plus de 75% des internes et jeunes diplômés non thésés qui ont réalisé au moins un Saspas projettent de s’installer dans les trois ans suivant la fin de leur DES.
 
Par ailleurs, l’accumulation des stages ambulatoires accélère aussi l’installation. On retrouve en effet une nette augmentation du taux de projet d’installation chez les internes ou jeunes diplômés non thésés qui ont réalisé au moins 3 stages ambulatoires, près de 90% d’entre eux envisageant de s’installer contre seulement 69% de ceux ayant réalisé un seul stage ambulatoire, précise l’enquête.
 
Une tendance qui s’explique probablement par « l’opportunité que donnent ces stages ambulatoires de créer et perfectionner un projet professionnel et de commencer à construire un réseau de professionnels dans le territoire rencontré », indique le syndicat. Mais aussi que les jeunes et futurs généralistes s’installent dans des exercices et des zones qu’ils connaissent, d’où l’importance de les leur faire découvrir.

Découverte du territoire 

D’ailleurs, l’enquête constate que les caractéristiques géographiques de l’installation des jeunes généralistes sont corrélées au nombre de stages en ambulatoires réalisés dans une zone. Elles sont aussi influencées par la zone de réalisation du Saspas. En effet, la propension à s’installer en zone rurale ou urbaine est deux fois plus importante quand les généralistes ont réalisé un Saspas dans ces zones.
 
« L’accès à un Saspas dans l’ensemble des territoires est donc un levier pour accompagner les internes vers une installation effective dans les zones dans lesquelles ils auront appris à travailler », conclut l’Isnar-IMG qui ajoute qu’un nombre important de MSU (maîtres de stage des universités) dans des territoires et des modes d’exercice variés est « nécessaire pour maintenir la diversité des pratiques et des lieux d’installation dans le temps ».
 
 

Encadré : quels leviers pour favoriser l’installation ?
Dans son enquête, l’Isnar-IMG identifie plusieurs leviers pour favoriser les installations dans les territoires. Premièrement, la poursuite du recrutement des MSU pour l’accueil aussi bien en deuxième qu’en troisième cycle des études. Deuxièmement, l’accueil des étudiants en santé dans les stages ambulatoires. Si la formation est un levier déterminant de l’installation, celle-ci doit « s’assortir de mesures d’accompagnement pour aboutir à la concrétisation d’un projet professionnel. Le seul recrutement de MSU ne sera pas une mesure suffisante pour permettre à tous les étudiants de découvrir l’ensemble des territoires au travers des stages ambulatoires », estime le syndicat qui évoque des logements tels que les hébergements territoriaux des étudiants en santé (HTES) pour « accueillir des étudiants issus de différentes formations aux professions médicales et paramédicales dans le but de développer l’offre de stage dans les territoires, mais également de développer le travail en interprofessionnalité dès la formation ». Troisièmement, l’enquête évoque les indemnités d’hébergement et de transport qui sont proposées aux internes de médecine générale, afin de les aider à se loger et se déplacer au cours de leur stage. Et, enfin, la promotion de certains territoires sous-dotés pour inciter les jeunes et futurs médecins à découvrir leurs richesses au travers de stages ambulatoires.

 
1 : L’enquête se base sur des travaux de thèse.
2 : Rapport de la DREES mai 2017 - Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ?
 

Portrait de Julien Moschetti

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