Loi de programmation pluriannuelle de la recherche : les raisons de la grève

Le monde de la recherche est en grève ce jeudi 12 mars pour protester contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), en cours de finalisation par le gouvernement. Ce qui est particulièrement problématique à l’heure où certains chercheurs travaillent sur le coronavirus…

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. Oui, nous, les journalistes qui, depuis quelques jours, sont privés d’un outil qui peut parfois s’avérer précieux pour enjoliver en un temps record nos articles : le dictionnaire électronique des synonymes du laboratoire Crisco (université de Caen de Normandie). Celui-ci est en effet suspendu pour protester contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), en cours de finalisation par le gouvernement.

Comme de nombreux acteurs du monde de la recherche qui ont appelé à faire grève ce jeudi 12 mars contre la future loi de programmation pluriannuelle, le laboratoire Crisco est « solidaire de l’ample mobilisation actuelle de la communauté universitaire en France » : enseignants-chercheurs, étudiants, personnels de BIATSS (Bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, sociaux et de santé), départements, laboratoires, UFR…
 
À l’image de la mobilisation pour sauver l’hôpital public, le mouvement s’est accéléré quand plus de 800 universitaires ont menacé de démissionner collectivement de leurs responsabilités administratives pour protester contre le projet de LPPR, dans une tribune publiée le 4 mars 2020 dans Le Monde.

Dégradation accrue des conditions d’enseignement et de recherche

Si ce projet venait à être appliqué, il conduirait « inévitablement à une dégradation accrue des conditions d’enseignement et de recherche, ainsi qu’à une amplification inacceptable de la précarisation, pourtant déjà si répandue dans ce service public », estiment les 800 universitaires.
 
Selon eux, la modulation des services (sans l’accord des intéressés et sans plafond d’heures) « découplerait mécaniquement l’enseignement et la recherche, au mépris de la démarche même de construction et de transmission des savoirs ». Par ailleurs, la remise en cause du statut d’enseignant-chercheur (système de « tenure track », « CDI de chantier »…) « précariserait encore davantage les personnels, pour qui la perspective d’obtenir un poste de titulaire s’amenuise dramatiquement », poursuivent les universitaires.

La recherche sur le coronavirus impactée

Mais ce projet de loi pourrait aussi avoir d'autres conséquences dramatiques. Interrogé sur la LPPR par franceinfo, le microbiologiste Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS, a déclaré : « Ce qui pose problème dans les laboratoires, c'est que nous avons des charges croissantes de travail, qui consistent à écrire des projets très faiblement financés. »
 
Basé à Marseille, son laboratoire, "Architecture et fonction des macromolécules biologiques", travaille sur le coronavirus depuis l'épidémie du Sras en 2003. Pour répondre à la crise du Covid-19, il aimerait avoir des financements suffisants et pouvoir consacrer suffisamment temps à la recherche.
 
Mais « la majorité des projets qu'on avait sur ce virus étaient en stand-by, en partie à cause de problèmes de financement, a-t-il déclaré à franceinfo. Une société moderne doit assumer le fait qu'on cherche dans différentes directions, sans savoir pour autant, au préalable, quelles vont être et d'où vont venir les avancées majeures ».
 
 

Portrait de Julien Moschetti

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