Priscilla Dray.
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La cour d’appel de Bordeaux a confirmé, jeudi 15 janvier, la culpabilité pénale du Dr François Vandenbossche dans l’affaire dite « Priscilla Dray ». Chef de clinique aux urgences gynécologiques du CHU de Bordeaux au moment des faits, il a été reconnu coupable de blessures involontaires pour des manquements dans la prise en charge d’une patiente victime d’un sepsis grave après une interruption volontaire de grossesse en juillet 2011. La juridiction a toutefois réduit sa peine, la ramenant de neuf à six mois de prison avec sursis, tout en maintenant l’amende de 8 000 euros prononcée en première instance.
Un second praticien, le Dr Martial Dekhili, également chef de clinique dans le même service à l’époque, avait été condamné en première instance à six mois de prison avec sursis et 8 000 euros d’amende pour les mêmes faits. Ayant renoncé à faire appel, sa condamnation est devenue définitive.
Une IVG qui termine par des amputations
Les faits remontent au 23 juillet 2011. Priscilla Dray, alors âgée de 35 ans, consulte aux urgences gynécologiques du CHU de Bordeaux, 24 heures après une IVG, pour fièvre et céphalées. Elle est renvoyée à domicile sans prescription antibiotique. Le lendemain, face à une aggravation rapide de son état, elle revient aux urgences, munie d’un courrier d’adressage jugé alarmant par son médecin traitant. Malgré la présence de signes évocateurs d’un sepsis grave et l’insistance de la famille, les premiers soins ne lui seront administrés que plusieurs heures après son arrivée. Dans la nuit, l’infection progresse, entraînant une détresse respiratoire. La patiente devra être amputée des deux jambes, de l’avant-bras droit et de la main gauche pour survivre.
En première comme en seconde instance, les juges ont estimé que les deux médecins avaient commis des erreurs de prise en charge, notamment un retard fautif dans l’administration d’antibiotiques, ayant causé des blessures irréversibles. Les décisions judiciaires ont retenu des manquements relevant de la maladresse, de l’imprudence, de la négligence ou de l’inattention, sans intentionnalité.
« Les médecins sont responsables des séquelles que je subis à vie »
À l’issue de l’audience en appel, Priscilla Dray a une nouvelle fois exprimé sa colère face à une sanction qu’elle juge insuffisante. « Les condamnations ne sont pas à la hauteur des préjudices que je subis depuis quinze ans. On a eu les preuves que les deux médecins ont failli me tuer et sont responsables des séquelles que je subis à vie », a-t-elle déclaré à Sud Ouest. Elle a également regretté l’absence d’interdiction temporaire ou définitive d’exercer, pourtant requise par le ministère public.
Sur France 3 Aquitaine, elle souligne également l’absence de remise en question des praticiens : « J’ai survécu par miracle mais c’est plutôt moi qui suis condamnée à vivre avec ces séquelles tandis qu’eux vont continuer à travailler et vivre normalement ». Les deux médecins ont depuis quitté le CHU de Bordeaux. L’un exerce désormais comme gynécologue en clinique, l’autre en médecine esthétique.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/comment-reagir-face-une-erreur-medicale
« Vous avez tellement soigné votre patient que vous êtes condamnés à la prison »
Pour l’avocate de la victime, Me Aurélie Coviaux, la peine reste néanmoins significative au regard des standards habituels. « Ça reste une peine considérable pour un médecin. La justice dit quand même que vous avez tellement mal soigné votre patient que vous êtes condamnés à la prison », a-t-elle déclaré à France 3 Aquitaine, tout en pointant le décalage entre la gravité des faits et la réponse pénale tardive.
La procédure judiciaire, engagée après le dépôt de plainte en 2011, aura duré plus de quatorze ans. Priscilla Dray a annoncé son intention de saisir le Conseil de l’Ordre des médecins et envisage également une action contre l’État pour la durée jugée excessive de la procédure.
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