Le SML vole au secours de son ancien président

Mais le Dr Cabrera prend cher par ailleurs

Les déclarations du Dr Dinorino Cabrera, fondateur et président historique du Syndicat des médecins libéraux (SML), ont déclenché l’ire des syndicats et de nombreux médecins. Ce vendredi, son bébé vient courageusement le défendre, seul contre (presque) tous.

« Le fondateur du SML, Dinorino Cabrera, met les pieds dans le plat ! », titre le SML dans un communiqué paru ce vendredi. C’est le moins que l’on puisse en dire. Dans une lettre adressée au Généraliste et publiée le 22 février dernier, le médecin, aujourd’hui à la retraite, fulminait contre le manque de médecin disponible pour rendre visite à sa mère de 94 ans, récemment opérée du coeur et résidant dans les Yvelines.

« Je suis outré. Il n'est pas normal que la profession libérale ne s'organise pas pour suivre et prendre en charge les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer », avait-il notamment lancé, avant d’en remettre une couche sur le dos des praticiens. « J'ai envie de dire à la profession, il faut que vous vous réveilliez ! Organisez-vous au plus vite notamment par des délégations ou transfert de charges. (Peu importe l’expression). Ou il ne faudra pas s'étonner si les politiques cognent ! »

Tentative de traduction made in What's up Doc : « Médecins jeunes et feignants, mettez-vous un peu au boulot, faites des gardes et des visites à domicile ».

« La nausée »

D'un coup le Dr Cabrera semble avoir perdu de son pouvoir de séduction sur ses confrères. Son envolée n’a pas – mais alors pas du tout – plu à l’ensemble de la profession, en commençant par les responsables syndicaux. Jean-Paul Hamon, de la Fédération des médecins de France (FMF), a fait valoir l’évolution de la profession de généraliste, qui complique les visites à domicile. « Les conditions d'exercice se sont aggravées depuis 2008 et la visite à domicile est toujours à 35 euros », a-t-il notamment répondu dans le JIM, citant également les problèmes de stationnement lors des déplacements.

On monte d’un cran avec Éric Sayag, délégué des Hauts-de-Seine de l’Union française pour une médecine libre (UFML). Dans un billet d'humeur paru sur le site du syndicat, intitulé « La nausée », il reproche à l’ancien président, dont la carrière syndicale a duré de 1981 à 2008, de ne pas réaliser « le marasme et l’état catastrophique dans lequel lui et ses coresponsables syndicaux ont conduit la médecine libérale en France ». Il tente une comparaison entre le Dr Cabrera et la cigale de la fable de La Fontaine.

« Allant de réunion en réunion en salons feutrés, je "vendais" l’âme des médecins et la santé des patients en acceptant et en signant tout et n’importe quoi des pouvoirs publics et de la CNAM contre des subventions », lui fait-il dire dans son affabulation.

« Le fossoyeur »

On continue ! La contestation atteint son paroxysme dans le texte du Dr Christian Lehmann, un habitué des sorties remarquées, et qui a cette fois-ci lâché les chevaux en s’adressant à son aîné. On vous conseille vivement de lire l’intégralité de l'article qu’il a publié sur son blog En attendant H1N1, sur le thème d’Audiard « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait ». Le Dr Cabrera y est le « fossoyeur de la médecine générale en France », et « vient se plaindre du désastre qu’il a contribué à créer ».

Le Dr Lehmann lui reproche en substance d’avoir participé à une entreprise de destruction de la profession, en tentant de sauver le secteur 2 à tout prix, notamment en dissuadant les médecins qui voulaient adhérer au système de médecin référent. Il avait ensuite accompagné la réforme du médecin traitant, un système « destiné à ne pas fonctionner », « une simple usine à gaz de remboursement ».

« La médecine générale a été poignardée en 2005. Vos empreintes sont sur le manche. Est-ce trop vous demander de montrer un minimum de dignité au-dessus de son cadavre agonisant, et de vous taire ? », conclut Christian Lehmann… Ça, c'est dit. Les joutes verbales/éditoriales entre médecins ne sont pas toujours aussi théâtrales. Et chez WUD, on aime bien quand ça s'agite un peu !

Merci patron !

Heureusement, le Dr Cabrera obtient quelques (rares) soutiens de confrères, qui ont posté des commentaires sous sa lettre – bien dilués, il est vrai, dans la masse de réactions scandalisées. Mais c’est surtout de son ancien syndicat que vient son salut. Le SML, visiblement loyal envers son fondateur, tente une diversion. « Le SML partage pleinement le point de vue de son fondateur et va plus loin », explique-t-il dans son communiqué.

« Le syndicat estime qu’il est urgent de dégager les médecins libéraux de certaines tâches chronophages et inutiles afin qu’ils puissent à nouveau se consacrer à leur cœur de métier. Secrétariat médical, coopérations avec d’autres professionnels de santé libéraux et entre médecins sont autant de pistes à développer d’urgence ». Il en profite pour faire passer une petite demande en plus. « Le SML considère qu’il y a lieu de revaloriser la visite, en étendant le dispositif des visites longues (VL) à tous les patients en ALD de plus 70 ans ». Il remet aussi la polémique du stationnement sur le tapis, en se glorifiant d’une rencontre à ce sujet prévue avec le ministère de l’Intérieur. Heureusement, le SML est là !

Retrouvez ci-dessous La Consult’ de Philippe Vermesch par What’s up Doc !

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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