Le Pr Raoult, l’élite et les Pieds nickelés

Dans sa dernière vidéo, le Pr Raoult tire à boulets rouges sur les auteurs de l’étude du Lancet publiée le 22 mai, qualifiés de Pieds nickelés qui font de la science. Et en profite pour critiquer le sérieux de prestigieuses revues médicales (The Lancet, New England Journal of Medicine, BMJ). Avant de justifier en partie les critiques dont il est l’objet par la haine des élites, dont il fait évidemment partie...

« Le Lancet Gate, c’est un symptôme tellement comique que l’on dirait « Les Pieds nickelés font de la science » », a déclaré Didier Raoult dans sa dernière vidéo daté du 2 juin. Aucun doute. L’homme a toujours le sens des formules et un certain sens de la communication. En particulier quand il s’agit de défendre ses travaux et tirer à boulets rouges sur ses contempteurs.

À l’origine du scandale du Lancet Gate, l’étude du Lancet publiée le 22 mai, qui avait disqualifié le recours à la chloroquine, avant de se rétracter. L’étude établissait que plus de 8% des patients traités contre le Covid19 avec de l'hydroxychloroquine et un macrolide avaient développé une arythmie cardiaque, sans pour autant que ce traitement ait démontré un quelconque bénéfice contre le Covid19. Une étude qualifiée d’« espèce de fantaisie complètement délirante » par le Pr Raoult.

Dans sa dernière vidéo, le médecin s’en prend tout d’abord à l’équipe qui a écrit le papier à l’origine du scandale. Celle-ci serait notamment composée d’« une fille qui apparait comme étant une star érotique » et d’un « type qui n’est pas compétent dans ce domaine là, qui envoie un papier sans aucune donnée d’éthique, sans aucune donnée sur ses sources, sans aucune donnée pratique. (…) Quand vous voyez cet article, vous voyez immédiatement que c’est un faux. Il y a plus de morts dans cet article que dans les pays qui les ont déclarés. »

L’argument choc du Pr Raoult ? La réalité du terrain, c'est-à-dire la sienne, a nettement plus de valeur scientifique que les autres réalités qui sont éloignées du terrain. « Les gens ne font plus la différence entre les données réelles et les données digitales de la big data », claironne le médecin qui ajoute : « Quand vous me dites « dans tous les malades qui sont passés ici (IHU Méditerranée ; NDLR), il devrait y avoir 10 % de malades morts avec l’hydroxychloroquine », je ne sais pas de quoi on parle. Il y a une telle différence entre la réalité et un article que l’on est capable de faire avec un ordinateur sans avoir vu un seul malade. »

Dans sa vidéo, le professeur s’en prend également aux revues médicales qui seraient en perte de crédibilité : « L’infrastructure d’analyse des articles s’est dégradée aussi bien dans The Lancet que dans le New England (New England Journal of Medicine; NDLR) qui a publié une étude tout aussi fantasque de la même équipe de pieds nickelés. » Et de s’attaquer également au British Medical Journal (BMJ) « qui fait enlever tous les tests significatifs en faveur de la chloroquine dans un article », et dans un autre papier, « refuse d’analyser le fait que l'association hydroxychloroquine + azithromycine est plus efficace que tous les autres traitements prévus ».

Le Pr Raoult estime donc qu’il y a aujourd’hui un « emballement » qui devient « plus important que la réalité scientifique », que l’on finit par oublier qu’à la fin, « il y a de vrais docteurs qui voient les malades et les analysent ». Comme par exemple à l’IHU Méditerranée où « 250 à 300 médecins, pharmaciens, internes, étudiants en médecine » auraient fait « 150 000 tests pour 54 000 personnes ».

Traduisez : « Chez nous, c’est du béton ». Rien à voir avec les auteurs du papier à l’origine de la polémique car « 5 personnes dans un office » ne peuvent pas faire « 20 fois plus que ce nous avons réussi à faire avec plus de 250 personnes. Je n’y crois pas car je ne crois plus aux contes de fée depuis très longtemps. » La suite de la vidéo vaut également son pesant de formules savoureuses. Enfin, tout dépend de quel côté on se place… « Il y a une communication sur la chloroquine qui est devenue passionnelle à un point extraordinaire, motivée à la fois par la haine de Trump et de Bolsonaro qui ont dit à mes dépens que la chloroquine est quelque chose de très bien », assène le médecin.

Haine des élites ?

Avant de sortir son laïus sur la « haine des vrais élites » dont il fait évidement partie. Lui qui est « une star des maladies infectieuses », lui qui a « eu tout ce qui fait rêver à peu près n’importe qui », lui qui a occupé des fonctions officielles : « J’étais le plus jeune président de l’université de France, le plus jeune des présidents de médecins, le plus jeune de tous les professeurs à classe exceptionnelle. C’est moi l’élite. » Tout simplement.

Voilà donc le fond du problème pour le Pr Raoult : la haine des élites. En particulier dans notre beau pays qu’est la France où l’on a régulièrement « des crises durant lesquelles il (le pays ; NDLR) veut décapiter son élite. » Pour étayer ses propos, le médecin ajoute : « La révolution a décapité Lavoisier. L’Inserm en 1980 a décapité les 5 médecins les plus célèbres de France. »

Conclusion du Pr Raoult : cette polémique autour de la chloroquine n’est pas étonnante : Car « ce sont les seconds couteaux qui sont contre moi, ceux qui haïssent les premiers couteaux. Ce sont les gens qui n’ont pas réussi dans le métier qui font ça ». Car « ils ont de temps en temps des poussées de haine contre les stars scientifiques ». Et de conclure sa vidéo ainsi : « Pourquoi on n’arrive pas à traiter correctement dans ce pays les gens qui sont les meilleurs dans leur domaine ? (..) Pourquoi on déteste tellement les gens qui sont la gloire de ce pays ? »
 

De l'hydroxychloroquine administrée sans le consentement des patients ?

Le Pr Raoult ferait l'objet d'un signalement à la justice pour avoir administré de l'hydroxychloroquine à des patients sans leur consentement, selon La Provence qui reprend les révélations du Canard enchaîné. Le parquet de Marseille aurait reçu « un signalement remettant en cause le cadre légal de ses recherches. Des accusations qui soutiennent que l'infectiologue aurait prescrit de l'hydroxychloroquine pour l'un de ses essais à des patients sans avoir leur consentement "libre et éclairé", comme l'impose la loi. »

Portrait de Julien Moschetti

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