Le point gé(néral) sur un sujet orgasmique !

La simulation, lecteurs assidus, vous en aurez compris les bénéfices pour votre pratique médicale. Ou alors ne lisez-vous que PoubMed dans What’s Up Doc ?

INTRODUCTION
S’il y a bien une simulation que tout un chacun a déjà pu pratiquer, gratuitement et – a priori – sans mannequin de latex, c’est bien celle sous la couette. Que peut nous dire la Science sur le « Fake Orgasm », comme le surnomment nos confrères et poètes anglosaxons ?

MATÉRIEL ET MÉTHODE
L’idée, évoquée en comité de rédaction, d’une étude expérimentale fut rapidement retoquée par le comité d’éthique. Nous avons donc effectué une revue de la littérature (non cochonne). Avec seulement 6 occurrences sur PubMed, c’est à se demander si la recherche sur le sujet ne devrait pas figurer sur la liste des Grandes Causes Humanitaires à Financer de Toute Urgence.

RÉSULTATS
Tout d’abord, une échelle, la Faking Orgasm Scale for women (FOS)1, fait état de 4 facteurs poussant ces dames dans la course aux Oscars (ou aux Cris d’Or, c’est selon).
1. LA SUPERCHERIE est qualifiée d'« Altruiste » lorsque la simulation a pour rôle de ne pas heurter les sentiments du partenaire. Faire contre mauvaise fortune bon coeur est ainsi un des motifs les plus fréquemment avancés.
2. LA PEUR ET L’INSÉCURITÉ peuvent intervenir quand il s’agit d’éviter des émotions négatives associées à l’expérience sexuelle.
3. L’EXCITATION SEXUELLE est un renforcement auto-érotique, il s’agit d’un artifice pour augmenter le plaisir réel ressenti.
4. Enfin, dans le très politiquement correct ABRÉGEMENT DE L’ENNUI, il s’agit de prétendre prendre son pied pour pouvoir prendre ses jambes à son cou(p).
Fait notoire, il n’y a pas d’association retrouvée entre simulation du Grand Frisson et absence de désir sexuel, du moins en Finlande2 – petite digression intéressante –, où cette défaillance de libido temporaire ne concernait que 1,5 % des hommes et 3,3 % des femmes de l’échantillon, chiffres si bas qu'ils donnent envie de (se) taper (un) Henrik ou (une) Birgit sur Tinder/Grindr.
Chez les hommes, à mesure que les tabous entourant la sexualité tombent, la parole se libère dans les vestiaires. Un papier scientifique des confrères de Rue89 détaille par le menu des données qualitatives et non censurées sur le pourquoi et surtout le comment3. La seule étude se penchant sur les duperies de ces messieurs fait état de 25 % des hommes déclarant avoir déjà simulé un orgasme4 contre 50 % des femmes. Les 4 facteurs sus-cités (cf. p. 62) sont retrouvés, auxquels se rajoute le cas de figure où il s’agit de faire passer incognito une petite mort un petit peu trop précoce.
Chez les deux sexes, les auteurs soulignent qu’un stéréotype est à l’origine de ces performances improvisées : la femme doit jouir avant l’homme, les hommes étant responsables des orgasmes féminins. Ceci est source d’une anxiété de performance qui peut se révéler antinomique avec le plaisir pendant l’Acte.

POUR CONCLURE (COMME DISAIT LE CÉLÈBRE JEAN-CLAUDE D.)
La simulation, si elle peut être une doublure utile quand le casting est un peu bancal, semble tout de même le fruit, non pas de la passion, mais de diktats
normatifs. Une piste d’ouverture pour la recherche serait le « Jouissons
sans entraves » de nos aînés.

SOURCES
1. Cooper E et al.The Faking Orgasm Scale for women: psychometric properties. Arch Sex Behav. 2014 Apr.
2. Höglund J et al. Finnish Women and Men who self-report no sexual attraction in the past 12 months: prevalence, relationship status, and sexual behavior history. Arch Sex Behav. 2014 Jul.
3. http://rue89.nouvelobs.com/rue69/2012/06/24/orgasmesi-si-les-hommes-aussi-simulent-233283
4. Muehlenhard CL, Shippee SK. Men's and Women's Reports of pretending orgasm. J Sex Res. 2010 Nov.

Portrait de Jean-Victor Blanc
article du WUD 19

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