L’accident est inévitable, pour Samu-Urgences de France

Les urgentistes interrogés lors d’une enquête centrée sur leurs conditions d’exercice mettent en lumière un cruel besoin de moyens dans leur exercice quotidien, que ce soit en service d’accueil des urgences, au Samu ou au Smur.
 

« Quelle compagnie aérienne laisserait ses agents 12 heures ou 24 heures durant, en sous-effectif permanent, et soumis à un productivisme aveugle » ? Le SNPHARe et SUdF se posent la question, en pleine grève des services d’accueil des urgences de l’AP-HP. Pour montrer le ras-le-bol des urgentistes, ils s’appuient sur le résultat d’une enquête pour, une fois de plus, « tirer la sonnette d’alarme » que plus grand monde ne semble entendre. « L’accident est prévisible, annoncé… mais le commandant reste aveugle et sourd ».
 
L’enquête, lancée en janvier 2019, a été menée auprès d’un échantillon représentatif de 1092 urgentistes de la France entière, et concerne leurs conditions de travail. Des conditions de travail notamment rendues difficiles par le manque de personnel.

"J’suis obligé"

Dans 85 % des cas, les répondants ont signalé que leurs équipes étaient incomplètes. Et dans la moitié des cas, le delta entre les effectifs réels et théoriques est supérieur à 30 %. Une pénurie qui impose un rythme anormal, qui ne permet pas de respecter le temps non posté. Il n’existe que dans 16 % des cas. Bizarre, cette correspondance statistique équipes incomplètes/respect du temps non posté…
 
Dans la même veine, 83 % des urgentistes ne respectent pas leur temps de travail, et les deux tiers font plus de six gardes par mois. Certains répondront que ces heures, ils les font par vocation, plaisir, ou parce qu’ils ont pris le pli dans leurs années d’internat où on ne comptait pas les heures comme les jean-foutre d’aujourd’hui.
 
Mais plus de la moitié des urgentistes intéressés (56 %) précisent qu’ils se passeraient bien de ces heures supplémentaires, mais qu’ils les effectuent car ils se sentent « obligés vis-à-vis de leurs collègues et de la permanence et de la continuité des soins ».

Les urgentistes prêts pour la grève ?

La pénurie est ressentie de la même manière du côté des médecins régulateurs du 15. Deux tiers (65 %) des répondants estiment qu’ils sont en sous-effectif, et dans la moitié des cas, ils rapportent la présence d’un seul médecin la nuit.
 
« L’activité continue à augmenter de 10 % par an alors que la pénurie médicale des structures de médecine d’urgence de l’hôpital public s’accentue », rappellent le SNPHARe et SUdF dans un communiqué publié le 17 avril. « Cette situation est explosive ». Si les médecins n’ont pas encore rejoint la grève parisienne, il s’en faut peut-être de peu. « Nous, Samu-Urgences de France et le SNPHARe, prendrons nos responsabilités pour éviter un cataclysme sanitaire qui préfigure une multitude de drames à venir », préviennent-ils solennellement. Cela ressemble à un préavis de préavis de grève !
 

Les urgences de l’hôpital de Lens craquent

La moitié des 17 urgentistes « dont plusieurs piliers du service, en burn-out, ont annoncé leur départ au cours de l’hiver, sans même se concerter », raconte Patrice Ramillon, secrétaire adjoint FO du CH, dont les propos sont rapportés par France3 Hauts-de-France.
 
Le CH est en surchauffe, avec souvent deux fois plus de patients que de places en déchocage, souligne un aide-soignant. Dix à vingt personnes finissent chaque matin dans les couloirs.
 
Entre surcharge de travail et « maltraitance institutionnelle », les personnels sont à bout.
 

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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