Gaby (Matzneff) le "pas magnifique du tout", par le Dr Christian Lehmann

Le Dr Christian Lehmann n'a pas attendu de crier avec les loups, aujourd'hui, pour dénoncer la pédophilie et la perversité de cet écrivain, Gabriel Matzneff, objet d'un roman à paraitre en janvier*, où il est décrit comme un pédophile assumé. Il y a trente ans, alors jeune romancier, le Dr Lehmann avait croisé Matzneff, et l'avait décrit alors sous ses vrais traits. Avec l'autorisation de l'auteur, nous reproduisons une partie du billet que le Dr Lehmann a consacré à ce romancier, et à l'effroi qui l'a saisi lorsqu'il s'est rendu compte que celui qui était célébré dans tout Saint-Germain-des-Prés comme un grand artiste, était aussi un pédocriminel revendiqué. 

Pendant près de trente ans je me suis posé (comme quelques autres, certainement ) les questions qu’aujourd’hui la publication de l’ouvrage de Vanessa Springora ( Le consentement, Ed. Grasset) amène à toutes les consciences. Comment Gabriel Matzneff, un pédocriminel revendiqué, a t’il pendant si longtemps pu bénéficier d’une telle impunité?

Parce que je suis un boomer, que j’ai connu cette période, que j’ai côtoyé Matzneff un temps, j’aimerais porter ici témoignage, celui d’un étranger à la marge du clergé culturel français, un pied dedans, un pied dehors. Pour ne pas laisser les admirateurs de Matzneff mettre en doute la parole ou les motivations d’une victime, pour ne pas les laisser salir les rares lanceurs d’alerte de l’époque, pour ne pas leur permettre une fois de plus de prétendre qu’ils font face à une résurgence puritaine en se drapant dans la bannière de la libération sexuelle quand toute leur vie ils sont restés muets et aveugles face à un système de prédation organisé sur les plus vulnérables. [...]

Je les avais feuilletés, les uns et les autres, et j’avais lu « Ivre du vin perdu », de Matzneff. D’abord intrigué par cette histoire d’un homme, adulte, qui aime une très jeune fille, puis l’a perdue. Il est malheureux. C’est très touchant. Très photogénique la souffrance de l’artiste maudit. Je lis parce que j’essaie de comprendre. Le personnage est à l’époque connu comme le loup blanc dans le milieu de l’édition. Il ne fait pas mystère de sa vie, mais, en bon pervers narcissique, se présente toujours au mieux en fonction de son public, détaillant ses ébats avec de très jeunes mineurs (10, 11 ans) dans les livres que liront ses admirateurs ou dans des émissions dont les animateurs sont acquis à sa cause, parlant plutôt seulement de jeunes filles en fleurs en 17-18 ans et de catéchisme orthodoxe lorsqu’il s’agit de subjuguer un public plus conservateur. Je lis, donc, parce que j’essaie de comprendre. Matzneff est-il cet artiste maudit, victime de passions que le vulgum pecus ne peut comprendre ? ( ce qu’il serine à qui veut l’entendre à l’époque et jusqu’aujourd’hui, reléguant dans le même purgatoire tous ces culs-bénits, ces hystériques, ces mal baisés qui jalouseraient sa folle liberté) Je lis, donc, cette ode sensuelle à la jeune fille aimée, et au cours de cette lecture je tombe sur un passage qui m’éclaire brusquement sur le type d’homme qu’il représente. Le narrateur a perdu son amoureuse depuis des années et la retrouve par hasard assise à une table dans un restaurant. (Pardonnez-moi mais je me refuse à retrouver le livre et à vous citer exactement le passage, je m’en réfère à ma seule mémoire). Et là, c’est le drame. Car la jeune vierge qui avait été toute à lui, sur laquelle il avait emprise, est aujourd’hui, à vingt ans passés, assise à table avec un jeune homme de son âge, barbu qui plus est. Un mâle, quoi. Avec une queue. Dieu du Ciel, le monde est cruel avec l’archange Gabriel. Celle qu’il aimait est maintenant ramonée par la grosse queue d’un autre homme. C’est dégueulasse. Le monde est un cloaque. Lui l’avait eue enfant, l’avait fait sienne. Aujourd’hui, ayant englouti des kilomètres de verge, elle est souillée. Berk. En le quittant, elle s’est perdue…. Je lis, à trente ans, ce passage effarant, qui me révèle à l’évidence quel type d’homme se cache derrière le masque du Casanova des collèges. Un masculiniste de la pire espèce, haïssant les femmes si elles lui échappent, terrifié à l’idée d’être comparé à d’autres hommes. Et je réalise que celui que les Jaccard, les Marsan, les critiques de ces années-là, comme les Beigbeder et Moix d’aujourd’hui, veulent nous faire passer pour un surhomme bien éloigné de notre conformisme moral, un Lord Byron magnifique, un martyr de l’amour pur, n’est en fait qu’une merde masculiniste, qui a peur des femmes dès qu’elles ont du poil et une opinion, ainsi que des hommes qu’elles aimeront et qui les aimeront. Cette obsession de la virginité, qu’on retrouve aujourd’hui chez les incels, dégoûtés par le vagin des femmes non vierges, constamment occupés à les dénigrer parce qu’elles baisent, et pas eux…, elle est là, éclatante, chez Matzneff. Lire la suite ici. 

* Vanessa Springora, Le Consentement, Ed. Grasset.

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