^Etre médecin, ca craint

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Les sondages se suivent et se dégradent

^Etre médecin, ca craint

Les chiffres du baromètre Odoxa pour MNH révèlent une détérioration du sentiment de bien travailler dans les hôpitaux, ainsi qu’une santé physique des soignants plutôt inquiétante.

« J’en ai assez du discours catastrophiste sur l’hôpital », déclarait ce dimanche la ministre de la Santé dans les colonnes de Libération. Pour elle, seuls quelques services d’urgence – 10 à 14 %, d’après ses chiffres – sont en surchauffe. De nombreux indices pointent pourtant dans la direction opposée. Suicides de soignants, d’internes, succès du #BalanceTonHosto, chiffres du No Bed Challenge, morts sur des brancards, grèves dans les services d’urgences, et des hospitaliers en général… Ceux qui y travaillent encore semblent trouver que l’hôpital est bien moins accueillant que ce qu’en dit Agnès Buzyn.

Le Carnet de santé des Français et des personnels hospitaliers, un baromètre réalisé par Odoxa pour la Mutuelle nationale des Hospitaliers (MNH) (1), publié ce lundi, fournit aussi des résultats inquiétants. Le personnel soignant se déclare insatisfait à 40 % de son travail. C’est presque deux fois plus que le reste de la population (21 %). Du côté physique, le constat n’est pas brillant non plus : au cours des deux derniers mois, 37 % ont eu un problème de santé ponctuel (grippe, gastro, migraines, allergies etc.) contre 20 % chez les Français.

87 % de soutien aux mouvements sociaux

Par son exposition aux pathogènes, le personnel soignant est évidemment plus susceptible de tomber malade. Mais cette explication ne suffit pas à justifier la différence avec le reste de la population et, corrélée à leur insatisfaction au travail, les chiffres peuvent inquiéter. Ils sont à mettre en parallèle avec ceux du Baromètre 360°, paru en janvier, qui suggérait que près de huit médecins sur dix étaient satisfaits de leur travail, spécialistes, généralistes, en ville et à l’hôpital réunis.

Différence ville-hôpital ? Conséquence d’un hiver particulièrement long et gris qui a pesé sur le moral et les organismes ? Effets d’un mouvement médiatique de grogne hospitalière, ou d’un désordre structurel qui prend de l’ampleur ? Le Dr Philippe Denormandie, chirurgien orthopédiste et directeur des relations santé chez MNH fait, lui, le lien avec un autre résultat intéressant : celui du soutien des hospitaliers aux mouvements sociaux.

« Ce haut niveau d’insatisfaction explique sans doute la puissance de la colère sourde des personnels soignants, qui sont tout de même 87 % à soutenir les mouvements sociaux actuels d’opposition à la réforme de la fonction publique », analyse-t-il.

La qualité des soins en question

Agnès Buzyn aime à le rappeler, et elle a sans doute raison de le faire : l’hôpital est un monde qu’elle connaît très bien, elle y a passé plus de trente ans. Mais le monde hospitalier a peut-être changé depuis qu’elle l’a quitté, les services qu’elle a fréquentés étaient peut-être privilégiés, et ses préoccupations ont peut-être évolué… Quoi qu’il en soit, le mal-être hospitalier grandit.

Nouvelle pierre à l’édifice : Hôpitaux en détresse, patients en danger, un recueil de témoignages de praticiens hospitaliers, signé par le Pr Philippe Halimi, chef du service de radiologie à l’hôpital Georges Pompidou (AP-HP) et président de l’association Jean-Louis Mégnien (créée à la suite du suicide du médecin du même hôpital), et par le Pr Christian Marescaux, ancien chef du service de neurologie aux Hôpitaux de Strasbourg. L'ouvrage dénonce le harcèlement à l’hôpital, souvent associé aux conséquences des réformes, des pressions et des rythmes de travail qu’elles ont imposés.

Une question essentielle se pose alors, à la lumière des difficultés éprouvées par les soignants : la qualité des soins baisse-t-elle ? C’est en tout cas ce que les Français semblent penser. Le baromètre santé 360° d’Odoxa publié fin mars suggère qu’ils sont de moins en moins nombreux à estimer que les meilleurs soins hospitaliers sont dispensés en France. Ils étaient 74 % en juin 2016, et seulement 59 % en mars 2018. Individuellement et en tant que patients, le constat est similaire. Ils étaient 9 % à se plaindre de leur dernier passage à l’hôpital en mai 2015, et 24 % en mars 2018. Un patient sur quatre, ça commence à faire beaucoup, Mme Buzyn.

(1) Sondage « Carnet de santé des Français et des personnels hospitaliers » réalisé par Odoxa pour la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH), Le Figaro santé et France Info.
Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet les 22 et 23 mars 2018. Échantillon de 1 018 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Enquête réalisée auprès d’un échantillon d’adhérents de la Mutuelle Nationale des Hospitaliers  et des professionnels de la santé et du social (personnels hospitaliers soignants et non-soignants) interrogés par Internet du 8 au 21 mars 2018. Échantillon de 820 adhérents MNH (569 personnels hospitaliers soignants et 251 non soignants).

Source:

Jonathan Herchkovitch

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